Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
7 juillet 2009 2 07 /07 /juillet /2009 22:01




Après la pensée qui passe par les mains comme une pâte à modeler les heures (voir l'article d'hier), voilà que je malaxe cette idée entendue il y a peu : écrit-on avec la tête ou avec le corps ? A cette question, j'ai tout de suite envie de répondre qu'on écrit avec un stylo, pointe bic pour ma part.
Pourquoi cette dissection de l'être, assis à une table, une feuille devant lui.

Je me souviens de cette phrase de Kafka, notée dans mon calepin :
"Ecrire, c'est sauter en-dehors de la rangée des assassins", voilà qui me va !

Osciller entre la banalité du quotidien et l'émotion la plus extrême.
Sans grandiloquence, sans lyrisme, non pas ça, pas besoin de ça, les mots !
Des sensations et des regards montent à la surface de la page, qui n'ont pas beaucoup d'espace dans l'ordinaire des jours : un geste, un silence, un instant tout petit petit, vous voyez, qui vient fouiller la langue.
Donner la parole aux mots en quelque sorte, qu'ils échappent, à soi et au convenu, autonomes  qu'ils seraient les mots.
Des mots immenses, traversant les miroirs imaginables qui laisseraient la langue agir et réagir.
Dans tous les sens.
Un regard phénoménal porté par l'écriture sur l'humain, incarné, une matière aussi pauvre qu'elle est follement ambitieuse et élevée contre tout ce qui lamine les hommes et la pensée.
Faire ce qu'il m'est possible de faire, dans l'espace que j'occupe.



commentaires

Clarinesse 09/07/2009 23:07

Oh que oui : "donner la parole aux mots". En écouter les moindres résonances au lieu de les instrumentaliser, les laisser déployer tous leurs possibles, garder au contraire toute vigilance et délicate précaution, au lieu de les étouffer, sourd à leur beauté, dans "l'universel reportage" que déplorait Mallarmé.

Me fait penser à cette citation de Gracq :
« En desserrant de son mieux les règles mécaniques d’assemblage des mots, en les libérant des attractions banales de la logique et de l’habitude, en les laissant « tomber » dans un vide intérieur à la manière de ces pluies d’atomes crochus qu’imaginait Lucrèce, en mettant son orgueil dans une surnaturelle neutralité, [l’écrivain] observera et suivra aveuglément entre eux de secrètes attractions magnétiques, il laissera « les mots faire l’amour » et un monde insolite finalement se recomposer à travers eux en liberté. »
Julien Gracq, André Breton, quelques aspects de l’écrivain.

Brigitte Giraud 09/07/2009 23:19


Oui, c'est ça, une manière d'aller au bout, d'épuiser un sillon qui ne le sera jamais assez, mais creuser le plus au fond qu'il est possible de le faire. Leur faire "prendre l'air" aux mots et
qu'ils s'élévent de leur terre et de la glue.


brigitte Giraud 08/07/2009 09:58

Pour Katy, je n'ai jamais prétendu que les mots arrivaient du néant par la seule force du saint esprit. Sans doute faut-il apprendre, quand on tient un blog, à entendre les contresens possibles de ses lecteurs (on se sera alors mal exprimé!), à reconnaître la lecture rapide, trop rapide, à laisser filer ou à réajuster son propos. Ce que je choisis de faire ici. Quand je dis "donner la parole aux mots", c'est évoquer un engagement dans la langue et de la même façon, j'aurais pu ajouter "aux objets..." Voir, entendre et transformer ses sensations en langage qui creusera la langue. Et il s'agit toujours, toujours d'un travail.

dominique boudou 08/07/2009 08:53

En trois articles qui ne sont pas des articles quelque chose se dessine déjà, hésitant, et on ne sait pas au juste quel chemin prendre. Un chantier littéraire me semble s'ouvrir là, dans son brouillonnement jubilatoire que l'écran, peut-être, permettrait davantage. Suivons sans réserve aucune cette aventure.

katy 08/07/2009 08:11

c'est exact: donner la parole aux mots, laisser les doigts dicter leur logique, mais effectivement, comme Horatio, je pense qu'ils ont mûri à notre insu, tissé leur langage, et se mettent alors à déferler à l'ombre de notre sensibilité bienveillante.

brigitte giraud 07/07/2009 23:19

Pour Horatio, tu as raison, cependant heureusement qu'on ne maîtrise pas toujours tout.

Pour Carole, oui, je te sais. Nous sommes du même coin de la planète. Pourtant elle est si vaste !

carole 07/07/2009 23:07

moi je ne sais pas écrire comme toi, en revanche je vis respire et pense la meme chose que toi...je te sais comme tu me sais et ca c'est bien...

Horatio 07/07/2009 23:01

"Donner la parole aux mots en quelque sorte, qu'ils échappent, à soi et au convenu, autonomes qu'ils seraient les mots."

Oh que je méfie de cela. Pour ma part, je les crois incarnés les mots, chevillés aux corps. Je ne les crois pas quand ils arrivent en voulant nous faire croire qu'ils arrivent de nulle part.

Présentation

  • : Le blog de Brigitte Giraud
  • Le blog de Brigitte Giraud
  • : Donner mon regard sur le monde, ce qui me réjouit en cela que c'est la seule chose possible de faire.
  • Contact

Recherche