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21 juillet 2009 2 21 /07 /juillet /2009 15:15






Je rêve d'écrire sur un fil.  
Sur le fil des mots, oui. 
Puis réellement sur un fil, bout de ficelle, en chanvre, une corde.

Un fil.
Un fil à terre duquel il faudrait prendre soin. Parce qu'on pourrait s'y prendre les pieds.
La chute sans cesse possible. Tomber au fond du fil comme dans un trou... L'étoile dans un trou. Aragon en parle de cette étoile. Est-ce la même ?

 

La chute viendra, c'est certain. C'est à peu près certain. Un mouvement dont on prend conscience peu à peu.
La distance entre la chute et soi ne peut que se réduire. 
La longueur qui nous en sépare se divise toute seule, y'a presque rien à faire. Le mouvement est un déséquilibre contenu. Et ça déraille. Ca met du temps, peut-être... Mais ça déraille. L'équilibre veut son contraire, aller là-bas, en quelque sorte, où la corde lisse ne l'est plus. Où les noeuds apparaîssent enfin. On n'est pas dupe du fil ! 

 L'essentiel contenu dans un bout de ficelle, un espace délimité, un territoire offert à arpenter, des pas possibles derrière d'autres possibles, des arrêts soutendus par une pensée, pensée pleine et vide, vide, tellement vide parfois, mais qui est là quand même, dont on ne se départit pas. On ne se défait jamais de la pensée, même vide. La pensée vide est un signe. Elle prévient d'un état à venir un peu étrange et douloureux. Pas le vide pour le vide.

J'écoute d'une oreille un film dont je ne vois pas les images. "Changement d'adresse". M'a pas l'air très bon. Des dialogues flottent.

"- Elle n'a jamais manqué de rien !" Je vous assure, dit la mère. 
 - De rien, vous êtes sûre ?
 - A la voir, on dirait un ange, vous voyez, un corps étranger."

Ben non, rien ne manque. Rien. La bonté du corps étranger est une enveloppe à déchirer.
Un fil à tordre, à soulever doucement pour passer dessous.
Une ligne d'horizon à traverser.
Un fil tendu sur lequel l'ange disparaît. Pouf ! Ailleurs, parti, oublié.
La rugueuse tendresse de la famille inoubliable ! Je pense à Fritz ZornMars aux éditions Gallimard. Savait lui !
 Le fil tendu comme fil de fer, tellement qu'on voudrait une autre forme, modeler ce qui ne se peut pas, une rigidité plus dure que tout, un non-recevoir du dessin et des lignes.
Attention au fil, ma fille ! Attention au fil !

"- Elle a eu le nécessaire. Y'a ici le nécessaire, vous savez !
"- Vous croyez. Oui, vous avez raison, y'a le nécessaire."

Le fil  (Mince, j'ai failli... Putain de fil ! ) que je ne ramasse pas. Le choix de le faire disparaître ? Non. Se peut pas. Fait partie de la donne humaine.

Au lieu de se dire bonjour, "Comment ça va ?" et aucune réponse n'est jamais attendue à ce qui n'est que ponctuation de langage, on pourrait tout aussi bien demander des nouvelles du fil " Tu t'arranges comment, toi ?
Comment tu fais avec ton fil ?"

Je serais alors bien obligée de répondre que je le regarde, que je le pousse du pied, qu'il m'a fait devenir ce que je suis, ligotée comme tous, un peu plus à me débattre peut-être, que je sais cela et que savoir cela ne résoud rien, qu'un désir de vivre peut s'étioler et renaître, qu'on devient fou dans le territoire restreint de la figure géométrique du fil, qu'il faut savoir se sauver et courir vite, vite quand on a du souffle et de l'endurance. Et aucune honte à ressentir ce point de côté qui ralentit la course. Stop !
Est-on jamais sûre d'avoir passé la ligne de "démarcation" ?
La ligne de démarcation existe-t-elle en vrai ? On s'épuiserait peut-être pour que dalle. J'ai souvent eu le sentiment de n'avoir pas de prises et que les mains s'écorchent et saignent. Tellement beau, une main à cause de ça !
On demeure dans ses limites humaines, en élargissant les côtes, en gonflant les poumons, pour sentir le vent du large et observer ce qui est beau et grand et immense.
On veut aimer comme ça. Pareil. 
Donner du sens au non-sens du fil, de tous les fils, avec des mots. Et des émotions à parer le monde et l'autre, à éprouver.
Etre une personne convenable, en somme.
Ce ne serait déjà pas si mal ! 
"C'est un rêve modeste et fou
Il aurait mieux valu le taire
Vous me mettrez avec en terre
Comme une étoile au fond d'un trou."


Attention au fil, ma fille ! Attention au fil !

commentaires

marie guegan 22/07/2009 12:44

J'aime bien votre fil, perdu, retrouvé, têtu en somme.

brigitte giraud 22/07/2009 13:04


Merci Marie. Ben oui, si on considère que la vie ne tient  parfois qu'à un fil, alors mieux vaut qu'il soit comme vous dites, retrouvé et têtu...


soulef 21/07/2009 20:38

Chacun esssaie et s'essaie à tisser avec son fil une toile et si par malheur elle s'effiloche , il ne faut pas hésiter,à mon avis , à recommencer , elle n'aura que meilleure forme.

brigtte giraud 21/07/2009 23:34


Repriser l'ouvrage, oui, oui. Comme on le peut, si on le veut. Et cette imbrication du pouvoir et du vouloir est assez vite compliquée, parce que nous ne sommes pas des marionnettes.


Horatio 21/07/2009 18:28

Bon, dirai plus rien. voilà.

brigitte giraud 21/07/2009 18:39


Vous pouvez dire, dire et redire, horacio, et avez bien raison.


Horatio 21/07/2009 18:13

Le fil à la patte, le fil d'Ariane, le fil à couper le beurre, les fils de la vierge, le fil à retordre, le fil de fer, le « file tout droit », le fil de la pensée, etc. Mais les fils, c'est fait pour ça, pour s'emmêler, et pour être démêlés. Un fil qui resterait là, bêtement, ça deviendrait une chaîne. Et puis, avec tous ces fils, au bout, des fois, on trouve des marionnettes. Juste un fil de soie, de soi à soi si j'ose dire, après tout c'est déjà pas si mal, non ?

brigitte giraud 21/07/2009 18:25



Un fil bêtement là ? Est-ce cela que je dis ? J'ai dû mal m'exprimer sans doute. Dommage que quelques couleurs ne viennent pas ici, je passerai pour une conne...



dominique boudou 21/07/2009 17:49

La chute a déjà commencé ; le fil est déjà rompu.

brigitte giraud 21/07/2009 18:07


COMMENTAIRE DE TEXTE, COMME A L ECOLE... La chute commence rapide quand au fil...


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