Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
8 août 2009 6 08 /08 /août /2009 15:03

J'ai retrouvé dans le jardin de mon amie, ma Cousette, trois taies d'oreiller et une serviette de toilette qui pendaient sur une corde à linge. Depuis quand ? Oubliées là. Qui pendaient comme des enveloppes vides. Qui avaient été pleines...  et qui étaient vides. Parce qu'elle n'était pas là.
"Des peaux de lézards ! " j'ai pensé. Je les ai décrochées ; elles ont repris leur apparence : trois taies à fleurs et une serviette blanche.
Les cordes à linge m'ont toujours inspirée, allez savoir !
Vont d'un bord à un autre bord, toutes tendues qu'elles sont sur des vêtements qui habillent des corps. Tant de corps en surimpression de l'absence du corps.
Une symbolique de la vie. Un  bord à un autre bord... La rectiligne du trait, vous voyez, une histoire sans histoire qui n'existe pas.
Tout n'est question que de perspective ? Oui. Tout dépend de l'angle de vue et de ce qui agite la pensée. Tout est limpide, on pourrait croire. On se tient à un bout de la corde et on a déjà absorbé l'autre bord. Mais tout cela est faux. On sait bien que ce serait regarder sans rien voir, ni les torons qui s'effilochent, ni les noeuds. L'histoire des hommes n'est jamais lisse.
Très tôt dans mon âge, j'étais effrayée par "l'autre bout de la corde". Devenir quoi ? Je n'avais pas envie de "devenir" quoi que soit, comme si un destin m'était indiqué et qui me désignait déjà l'autre côté.
On "devient" pourtant toujours. Par des hasards, des rencontres, des accidents de vie et de ce qui provient de la vie même.
Ce qu
i nous traverse d'expériences humaines est une construction qu'on sait être là.
"Quelque chose existe, de fort, de grand, de majeur pour moi,et qui retentira sous des formes que je ne sais pas être encore..." Je pourrais me dire ça, oui. 
En écriture, cela se passe peut-être ainsi.





Je relis ce que dit Francis Bacon sur sa peinture : " Lorsqu'on est sur la toile, on ne sait pas où on est, où l'on va et surtout pas ce qui va se passer. Et pourtant tout est sous nos yeux. L'atelier du peintre n'est pas celui de l'alchimiste qui cherche la pierre philosophale, quelque chose qui n'existe pas dans notre monde. Ce serait peut-être plutôt le laboratoire du chimiste où apparaissent des phénomènes inattendus."






Il y a des perceptions qui disent plus que l'image.
Des échos de la perception.

J'avance comme cela.
Ce qui est pousse, vaille que vaille, à l'affût de mes yeux et de mes mains.

commentaires

soulef 09/08/2009 00:57

Oui on sent que quelque chose se met à"filer" ,des personnages qui reviennent ;des scènes qui se chevauchent dans de bouts de textes d'esthétique littéraire , oui "ça prend" ,oui cette "quelque chose" se lie pour retentir merveilleusement ,sûr !

brigitte giraud 09/08/2009 15:59


Merci, Soulef. On ne sait jamais comment les choses retentissent en l'autre. Vous employez, ce mot-là "retentir",  un mot que, moi aussi, j'aime bien.


Loïs de Murphy 08/08/2009 20:37

"Qui pendaient comme des enveloppes vides. Qui avaient été pleines... et qui étaient vides. Parce qu'elle n'était pas là."
Vous êtes vraiment une femme magnifique pour écrire des choses pareilles.
@Dominique : bien vu la théorie des cordes, je n'y ai pas pensé.

Brigitte Giraud 08/08/2009 22:10


Quel beau compliment, Loïs, vous me faites là. Vous lisant, je vous le retourne bien volontiers.


Dominique Boudou 08/08/2009 17:12

Inépuisable symbolique de la corde qui fragilise l'espace à franchir autant qu'elle le matérialise. Et quand on sait que les scientifiques envisagent le temps constitué comme des cordes qui ondulent, qui font des noeuds... on se dit que tout l'humain peut-être là... renvoyé dans ses cordes.

brigitte giraud 08/08/2009 18:45


C'est exactement cela, tu comprends ce que je veux dire, nous partageons la même.


Présentation

  • : Le blog de Brigitte Giraud
  • Le blog de Brigitte Giraud
  • : Donner mon regard sur le monde, ce qui me réjouit en cela que c'est la seule chose possible de faire.
  • Contact

Recherche