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17 avril 2011 7 17 /04 /avril /2011 13:59

Fragilité des choses. A l'ombre des mots.

De plus en plus fragiles, les choses et les mots, dans un monde  mouvant où l'inquiètude passe partout.

Danièle Sallenave relève que le mot" souci" remplace de plus en plus souvent le mot "problème". Je n'avais pas remarqué ça encore, moi.

Le "souci" va avec tout, dit-elle, et les situations s'y plient. Le "problème" veut une analyse, une réflexion, une implication de soi, le "souci" demande rien, il tombe dessus d'un coup et on n'y peut rien, on n'est pas responsable et il n'y a pas à penser, ça pense tout seul puisque ça ne pense pas, le "souci" ne pense pas, il est.

C'est vrai que dans un magasin de vêtement ou de chaussures, si on ne sait pas quelle taille ou quelle pointure choisir, la vendeuse arrivera pour nous soulager : "Vous avez un souci ?"

"T'as un souciiiiiiiiiiiiiiii ?"

- Non, s'insurge Danièle Sallenave, j'ai un "problème" ! Un problème de couple, un problème de voiture, un problème d'asthme, un problème d'identité, un problème de coeur... Et ce ne sont pas des soucis, ça !

Un mot ne peut pas être remplacé par un autre, à la va vite ! La langue travaille lentement. Signe des temps, à l'ombre des mots, des temps livides, à l'ombre des mots, des temps de sable, à l'ombre des mots...

Où l'homme, dit Danièle Sallenave, n'est plus au coeur de sa vie, où le coeur n'est plus le bon sujet, où la vie, au coeur des hommes, est tyrannisée et dépendante d'une reconnaissance venue de plus haut que soi, et de ce qu'on sait, implicitement : être le jeton jetable, le siège éjectable, l'exclu(e) du groupe sans avoir son mot à dire,  à l'ombre des mots , comme si "le problème" ne pouvait plus avoir de solution, ou alors seulement pour les mômes mauvais en maths, pour qui le problème de l'équation sera pour le coup un réel souci.

A l'ombre des mots, je me dis. "A l'ombre des mots", le titre du Trio Joubran, texte de Mahmoud Darwich.

A l'ombre des mots Et je me dis encore, je me le répète, qu'il faut en prendre soin.

Les soigner, les mots, dans tous les sens où le sens parle.

Mais c'est difficile ! Difficile, car comment dire ? Comment dire quand parfois on sait la réponse et que la réponse n'est pas explicable en cinq minutes, devant n'importe qui. Il faut du temps.

Je sais la pomme, le goût de la pomme, mais comment "dire vraiment" le goût de la pomme...

Je sais le vent sur ma peau un jour de sable, mais comment "dire vraiment" ce vent-là, ce jour-là, ce sable-là...

A l'ombre des mots de la poésie.

Parce que sans ça, sans eux, on tombe dans l'instant. Dans l'immédiat. Dans l'ordinaire de l'immédiat, limité à lui, limité à eux. On ne sait pas comment faire.

Alors la poésie, à l'ombre des mots...

 

commentaires

Nathalie Cailloux 18/04/2011 12:36


Bonjour Brigitte
Ton texte me plait, en ce sens que "je sais la pomme, le goût de la pomme, mais comment dire vraiment le goût de la pomme..." c'est long dire le goût de la pomme, c'est méticuleux, tout est dans le
détail sans en faire trop, ni trop peu, c'est la patience pour l'amour du mot, du mot juste, de l'allianc et même si c'est difficile...c'est en reste une quête fabuleuse, je suis sur Bordeaux
vendredi...ça te dit, un café? ou autre, je t'embrasse et mille mercis pour ton commentaire sur bébéblog, je ne l'ai pas vu ce week-end car nous étions tous les trois en poursuite de nos découverte
de l'art pariétal du coté des Eyzies, de Tayac, de Rouffignac, de la grotte du Sorcier!! changement de monde, retour 17000 ans derrière nous...quelle émotion!


brigitte giraud 18/04/2011 12:53



Vendredi ? Oh yes !!!!!!!!!!



Christine 18/04/2011 06:37


Notre monde est inquiet car il est fébrile, tout vite tout de suite, les mots sont consommés comme les paquets de lessive sans pose, on est assailli de mots, et puis quand tout va mal on te vend un
séminaire de « méditation-retour vers-soi » à la caisse du supermarché….
"Les communautés apparaissent et disparaissent, elles brillent comme des étoiles avant de s'éteindre.Car les réseaux ne sont pas faits pour bâtir des communautés, mais pour échanger des gazouillis
et pour produire un sentiment d'appartenance".(Zygmunt Bauman- courrier international, 27/O1/2O11)


brigitte giraud 18/04/2011 12:35



Des réseaux comme tu dis... Je préfère celui de Education Sans Frontière, qui touche à l'humain, parce que "ça" me touche.


Amitiés à toi



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