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2 mai 2011 1 02 /05 /mai /2011 18:18

Il va pleuvoir. Quelque chose se prépare sur le bout de la peau : une moiteur,  une fraîcheur. Le ciel, je le vois bien, vire à l'aigre doux.

Une beauté immatérielle   bouillonne là-haut. 

Ca sent la terre. Ca sent la mer.

Ca gonfle au-dedans, par-dessous, des voiles dans l'air, une fumée, de la lumière qui bouge ?  Quelque chose...

Transporte. Quitte. Glisse. Les pieds se cambrent, la cheville devient  cou d'oiseau.

Se débrouiller avec ce mouvement, cambrure de l'oiseau, lait d'oiseau dans une miette de chocolat. Dans son livre d'images.

Et le silence parle.  Un chuchotement. Une voix dedans.

Une indiscrétion de soi : dire "Vouloir cela : aimer par coeur."

Pour le savoir vraiment.

Comme les poèmes appris par coeur, par coeur, j'en connais des tonnes. Pour être sûre de les retenir, une façon que j'ai de me retenir moi-même... Allez donc savoir ce qui se trame vraiment sous les points, au crochet de son tricotin ?.

Un souffle inventé pour remplir mon carnet à spirales, soufflets en accordéon  musique à quatre sous, mauvaise respiration, ...marcher en plein brouillard, dans l'est,  là-bas, vers l'hiver et le gel... Brûlure des doigts , "T'as tes gants? Hein ?" J'ai toujours aimé ça, les gants et les mitaines.

Et le mouvement en moi tenant par coeur.. Par le coeur. N'être rien, rien du tout ...et puis être tout.

  Se tenir en se retenant...à une réalité vivante qui n'était pas tout à fait vraie, mais vraiment juste...  Ca tenait  du sable ou du chewing-gum. 

A quoi fallait-il m'en remettre ?Me cramponner ?  On se cramponne toujours à quelque chose quand on est petit, jeune, encore enfant ? Quoi désirer ?  Est-ce qu'on demande quelque chose ? Est-ce qu'il y a quelqu'un ?  Je ne désirais rien, véritablement. Pourquoi le sable, j'en faisais pas des châteaux ?  Je n'y pensais  pas, aux châteaux ? Qui m'aura jamais demandé : "A quoi tu penses, hein  ?  A quoi ? Il est où ton château ? "

Si seulement je me souvenais de la mer. Mes yeux l'ont vue, à deux ans et demie. Mes yeux ont oublié ce qu'ils ont vu.  Est-ce que des gosses avaient fait un château, avec des portes et des pinacles en sable sur cette plage où j'ai marché? Les ponts du bateau  dont j'avais conservé l'émerveillement avaient emmerdé tout le monde, j'en faisais des tonnes de ce pont et de ce bateau, sur la mer que j'ai oubliée.

Quoi faire de ces châteaux jamais contruits ?...

Avec mes ponts, mes îles, ma boussole déboussolée, mes rames quelquefois, mes cartes qui tombent  à pique, à l'as de... , avec qui m'aimera sans mal... Moi.

 

Quelques ondes, 4578370277_54bc712b7d.jpg

apprises par coeur...


Une musique dans une voiture, une berceuse à Satie qui pousse la route au bout du monde, une Gnossienne,  je ne sais pas... peut-être la Mer, les Nuages, des Arabesques, et Debussy qui veut bien nous accorder ce silence du livre de l'après sable,

et ce trois fois rien d'un bercement

qui ne serait jamais compté par le temps...

 

commentaires

Sienne 03/05/2011 12:10


Désolée

...à laquelle se mêlait l'âcreté ....

Merci pour ton texte, Brigitte .


brigitte giraud 03/05/2011 12:24



Merci à toi de tes commentaires. Touchée au coeur, je suis toujours !



Sienne 03/05/2011 12:07


Tiens, me voilà, humide, poisseuse de sel mouillé, d'eau salée qui ne sèche jamais vraiment, encollée de ce sable qui me pique et me gratte comme mille puces de mer .... C'est cela l'océan par gris
temps quand la brume est bruine et que les enfants emmitouflés par la peur maternelle du coup de froid s'amusent sur la plage à édifier ces châteaux branlants que la prochaine marée engloutira sans
regret .... Mais, il faut bien prendre l'air ... Ne pas rester à la maison, enfermés, ce ne serait pas hygiénique ... L'air marin, c'est le diktat des plages vides au ciel plombé, et moi, qui
préférais les promenades entre les pins, juste à la lisière des dunes, odeur d'humus mouillé et de bruyères en fleurs àblaquelle se levait l'âcrete de la résine suintant sur les troncs tordus de
ces pins en première-ligne face au vent d'hiver âpre et iodé .... On revient toujours à la mer !


brigitte giraud 03/05/2011 12:20



Oui, tu as raison, "quand la mer bergère m'appelle..." et ça rappelle quelque chose, des moutons, des broutards pas loin, on en croise en y allant, et on les rejoint tout au bord, fondus dans
l'écume qui mousse.


Amitiés à toi



Z 03/05/2011 11:31


Une évocation forte... on y est... jusqu'aux odeurs et à la brumisation des vagues sur le visage...
Même que ça me donne très envie


brigitte giraud 03/05/2011 11:42



Zineb... C'est tellement étrange la mer, quand on y pense...



C comme Corinne 03/05/2011 07:30


Une cheville devenue cou d'oiseau...c'est beau ça !
Des petites miettes de soi au bord d'une soucoupe, dans le froid du matin. Des grains de vie à picorer.
Tu es belle, dans tes attentes, tes mots. Aussi belle que le funambule qui joue sa vie à chaque pas sur le fil.
Je t'aime


brigitte giraud 03/05/2011 10:23



Le facteur ce matin... Voilà un pont d'une porte à l'autre, de la tienne à la mienne...


Je t'aime, ma Corinne (comme c'est étrange ces parallèles à l'aile !)



DEB 03/05/2011 01:26


Ce trois fois rien de vous... Et le silence retrouvé, comme l'éternité... C'est étrange cette expression "apprendre par coeur" ! "La mémoire je l'ai dans le coeur..." ?


brigitte giraud 03/05/2011 10:28



Ce que parler veut dire... Merci à toi...



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