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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 11:35

Je reprends ce livre-là : "Fragments d'un discours amoureux".

C'est quelqu'un (l'amoureux) qui  parle, qui se parle intérieurement,dans un mouvement de la pensée. Souvent inexprimable.

Ecrire . Leurres, débats et impasses auxquels donne lieu le désir d'"exprimer" le sentiment amoureux dans une "création" (notamment d'écriture)."


"D'un côté, c'est ne rien dire, de l'autre c'est dire trop : impossible d'ajuster. Mes envies oscillent entre le haîku très mat, résumant une énorme situation, et un grand charroi de banalités. Je suis à la fois trop grand et trop faible pour l'écriture : je suis à côté d'elle, qui est toujours serrée, violente, indifférente au moi enfantin qui la sollicite. L'amour a certes partie liée avec mon langage (qui l'entretient), mais il ne peut se loger dans mon écriture. 
Ce que l'écriture demande et que tout amoureux ne peut lui accorder sans déchirement, c'est de sacrifier un peu de son Imaginaire, et d'assurer ainsi à travers sa langue l'assomption d'un peu de réel. Tout ce que je pourrais produire, au mieux, c'est une écriture de l'Imaginaire ; et, pour cela, il me faudrait renoncer à l'Imaginaire de l'écriture. 
Vouloir écrire l'amour, c'est affronter le gâchis du langage : cette région d'affolement où le langage est à la fois trop et trop peu, excessif (par l'expansion illimitée du moi, par la submersion émotive) et pauvre (par les codes sur quoi l'amour le rabat et l'aplatit). 
Savoir qu'on n'écrit pas pour l'autre, savoir que ces choses que je vais écrire ne me feront jamais aimer de qui j'aime, savoir que l'écriture ne compense rien, ne sublime rien, qu'elle est précisément là où tu n'es pas - c'est le commencement de l'écriture."
Roland Barthes

commentaires

Horatio 16/07/2011 00:56


L'amour, c'est comme la musique : c'est un cri venu de l'intérieur. Lavilliers.


brigitte giraud 16/07/2011 01:46



 


La chanson est belle.  Il parle de l'amour, oui.   


"...ils l'ont battu à mort, il a froid, il a peur, j'entends battre son coeur..."



Horatio 16/07/2011 00:39


"Vouloir écrire l'amour, c'est affronter le gâchis du langage..." Peut-être faut-il, pour écrire sur l'amour, être sorti de l'amour, ou rassuré, ou assuré d'être aimé...


brigitte giraud 16/07/2011 00:49



"sorti de...", "assuré de..." donc dedans. Ce qui signifie qu'on ne le pourrait jamais alors... Je ne sais pas.



giulioT'as pas vu 15/07/2011 19:35


"... Savoir qu'on n'écrit pas pour l'autre, savoir que ces choses que je vais écrire ne me feront jamais aimer de qui j'aime, savoir que l'écriture ne compense rien, ne sublime rien, qu'elle est
précisément là où tu n'es pas - c'est le commencement de l'écriture." ???

Kekseksa ? Sacré Barthes va ! Quelle horreur ! Et pourtant il a écrit... et des masses.

Comment écrire autrement que pour les autres ? quitte à endurer la frustration, voire la souffrance de ne pas en être lu. C'est de la masturbation. Que l’écriture puisse être maladroite, à côté de
la plaque, ou insuffisante à exprimer ce que l'on veut rapporter, raconter, témoigner à l’autre, notamment l'amour, je veux bien. Mais la perfection n'existe pas et s'il ne fallait extraire de
nous-mêmes pour donner à l'autre que ce qui est à 100% réussi, autant nous enfermer dans notre sac de peau ou entrer en clôture.


brigitte giraud 15/07/2011 20:04



Je crois que tu déplaces les lignes du livre, Giulio. Ceci est dans "fragments d'un discours amoureux" dans l'intitulé "Inexprimable amour". C'est une parole intérieure que  se dit
l'amoureux qui parle,  c'est lui qui parle tout le long du livre. L'autre est ici l'être aimé de l'amoureux qui parle. On peut considérer que "dire l'amour", en écriture, relèverait
d'un tour de force, parce que son mystère, sans être pour autant indiscible, ne peut être que tâtonnant.  Il ne s'agit pas, je ne crois pas, de réussite ou de perfection, mais d'approche
d'un lieu bien obscur. Et se poser le problème de "comment dire" me semble intéressant. Duras n'a peut-être fait que cela : tourner autour des mots qui disent, disent pas, forcer la langue, la
creuser encore et encore... Ceci, alors, est tout le contraire  de l'enfermement, tant dans l'écriture elle-même, que dans la perception du débordement de soi.


 


 



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