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9 novembre 2012 5 09 /11 /novembre /2012 03:06

Imaginons un dégât intérieur en eau trouble. Un accroc dans l'écheveau intime, une relation capricieuse et terrifiante. 

Imaginons des événements cafardeux, marécageux, nocifs à une sérénité de la vie.

Imaginons ce qui gémit au creux de toutes les générations...

 

C'est que les livres parlent toujours de traces à sauver, et puis de visages, et puis de mots enfoncés dans la solitude. Les livres, par le récit-même, écrit le réel humain et le creuse. Parce que le récit produit toujours du sens, grâce à l'énonciation, à sa structure et à sa langue, alors que le réel peut demeurer dans son caractère incompréhensible. Le réel est parfois tant dépourvu de signification, on ne comprend rien à rien, pas suffisamment de recul, de distance, de vide en soi, l'affectif nous bouffe tout entier. L'écriture, elle, va venir transformer la matière chaotique et désorganisée de la vie... Des chefs-d'oeuvre vont naître...  tirés de la douleur, de la médiocrité de nos existences, de nos passions, de notre liberté, de l'expérience humaine, de nos épreuves.

 

Imaginons donc l'Epreuve. L'Epreuve (avec un grand E) qui malmène les jours.

 

Je me dis, (loin dans cette nuit, il est tard), que pour mieux vivre, pour vivre, mieux, il était absolument nécessaire de concilier la mémoire et l'oubli :

- la mémoire que l'on doit aux morts et aux vivants de notre histoire,

et

- l'oubli, que l'on doit à soi-même, parce qu'on se doit la liberté d'être dont chacun a droit.

Alors, seulement alors, il sera possible de s'élever au-dessus des saccages et  de s'émouvoir de la vie.  Une sorte de libération des émotions. Une simplicité des gestes possible, une balade, la tête tournée vers le soleil, devenir naturellement  un tournesol. Juste parce qu'on aimerait ces fleurs. 

 

Et puisque c'était l'anniversaire de Camus le 7 novembre dernier, je relis cette phrase tirée de "L'envers et l'endroit", je crois bien, que j'avais écrite dans l'un de mes carnets :

"Chaque fois qu'il m'a semblé éprouver le sens profond du monde,

c'est sa simplicité qui m'a bouleversé."

 

 

Texte écrit en pensant à ma soeur, Marie.

commentaires

stéphane 14/11/2012 12:27

C'est oublier l'égo mais avoir beaucoup d'ambition, l'ambition...d'être.

Christian Bobin est passé chez François Busnel dans le Grand Entretien sur France Inter, lundi 12 novembre. Un bel échange, en toute simplicité, que l'on peut réécouter sur le site internet de
France Inter.

brigitte giraud 14/11/2012 12:30



Oui, c'est cela, le vouloir être.


J'irai faire un tour sur France Inter dans le monde de Bobin.


Merci Stéphane.



Christine 11/11/2012 14:45

Être oublié n'est-il pas pire que s'oublier ?
Du fond de nos nuits, notre solitude nous talonne,
nous rend aphasique.

brigitte giraud 11/11/2012 15:34



"Etre oublié" vient des autres, on existe dans le regard de l'autre et par les autres.


"S'oublier" c'est soi avec soi, et c'est tout différent. L'oubli que l'on se doit n'est pas oublier l'autre, ni s'oublier soi. C'est un voir la vie, un devoir de vie avant qu'elle ne
s'éteigne en nous, "se procurer, dit Epicure, ce qui supprime la souffrance due au besoin." Au besoin élémentaire de la vie, c'est rire et pleurer, ce pouvoir-là des émotions qui nous rendent au
monde.



Dominique Hasselmann 10/11/2012 10:57

La mémoire et l'oubli : les deux côtés du "survenir"...

brigitte giraud 10/11/2012 23:22



Oui c'est ça, exactement ça.



marie-claude 09/11/2012 07:29

j'aime ces mots sortis de ta nuit blanche, ils éclairent mon matin, et déjà le soleil se lève sur mon jour ... en toute simplicité .
amitié .

brigitte giraud 10/11/2012 23:22



Je suis toujours touchée par tes commentaires...



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