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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 16:42

Ce qui est très singulier et qui me frappe dans l'écriture de Yoko Ogawa que je ogawa.jpgdécouvre, c'est cette sorte de minutie des émotions, inscrite jusque dans les lieux. Les personnages ont besoin d'un espace à eux, d'une bulle de protection où l'imaginaire ne risquera rien : derrière un frigidaire, un recoin de cuisine, dans une grotte, un lieu au ras du sol où se recroqueviller avec ses rêves, ses souvenirs, ses morts, et ses tensions internes.

Ecrire alors sera la façon d'échapper au monde, pour entrer dans le sien, une forêt  de mots de la nécessité.

"Les adultes se sont aussitôt aperçus que leur fille écrivait quelque chose avec passion, mais ils ne s'en mêlèrent pas outre mesure... Aucun ne se montra intéressé par le contenu. Puisque de toute façon, il s'égissait de caractères que tout le monde connaissait."

Alors le narrateur de ces récits peut saisir un élément unique et l'imprégner de tout le mystère de la vie et de sa capacité émotionnelle et créatrice : une journée au cinéma, l'étrange échange d'un sac à vomi des Scandinavian Airlines, une odeur de pancakes, l'empreinte d'une aile de papillon etc...   porter "un hasard étincelant"  et tout à la fois, dans une douce mélancolie, remercier le rebond de la vie.

Les disparitions s'entêtent à égrener leurs douleurs, mais le stylo reparait toujours, là où il doit être, au creux de la main.

"Elle m'avait emmenée au bord de la piscine où je me tenais. Une piscine pleine à ras bord d'eau pure, qui avait reçu toute la bénédiction de toutes les choses en ce monde. Là nageait son frère cadet. Il s'étirait en souplesse dans toutes les directions, inspirant à plein poumons.

Je n'avais pas l'illusion que mon frère était revenu à la vie. Il était bien mort. Je comprenais que j'aurais beau tendre la main vers la piscine, je ne pourrais pas le toucher. Pour autant, je n'étais pas désespérée. Le récit se contentait de me donner confiance. ...

La sensation de saisir les mots que j'avais perdus depuis longtemps revenait distinctement. Il suffisait de faire résonner sa voix en moi."

commentaires

Emmanuel 25/05/2012 11:03

Très belle critique, pleine de poésie, de sensibilité et de lyrisme.

Beaucoup plus, je le crains, qu'il n'y en a dans le livre qui l'inspire. Bien que je ne connaisse pas le reste de son oeuvre, il me semble que le seul mérite de l'écriture d'Ogawa dans cet ouvrage
est d'être suffisamment neutre pour laisser le champ libre à l'imagination qui inventera ce que l'auteur n'a pas eu le courage ou le talent de vraiment suggérer/proposer.

brigitte giraud 25/05/2012 12:00



Je n'ai pas la même perception de l'écriture d'Ogawa. Sa force tient dans cette distance qu'elle tient toujours entre le réel et l'imaginaire, et c'est un véritable et immense talent, oui.


Amitiés à vous.



Dominique Boudou 14/05/2012 21:04

Ogawa nous enchante toujours sur le fil prêt à se rompre du réel.

brigitte giraud 15/05/2012 08:50



C'est vrai, on est dans une dimension si sensible de la sensation...



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