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6 février 2011 7 06 /02 /février /2011 15:31

 

Prenez Boris Cyrulnik. Il parle du souvenir. De la complexité du souvenir.  De la souffrance psychique. De construction et de déconstruction. De cohérence et d'incohérence du récit. De l'imaginaire. Du réel "vrai faux". Des représentations du réel. ... De tout ce qui fait l'humain et sa misère. De la beauté et la monstruosité que nous portons en nous, parce qu'humains justement. Seulement humains. Et la souffrance va, vient et bat comme une porte (qui claque parfois...) !

 Il n'y a que des analyses, des singularités, des étonnements, des approches qui ne seront jamais données d'emblée, pour essayer de comprendre l'autre. Rien n'est jamais transparent comme une plaque de verre. Et "les fantômes murmurent" toutes les langues. Boris Cyrulnik ne met rien de côté. Alors, il a ses approches, des enquêtes, des écoutes. De l'analyse toujours. Pas de "tout fait" prêt à servir puisque  les événements, les hommes, le contexte culturel et social, les non-dits, des dits... le sont toujours.

 Ce qui est toujours majeure, c'est qu'aucune souffrance n'est à oublier, quelle qu'elle soit.

Non. Aucune.  La souffrance est vaste comme le monde. Chacun sait bien cela.

 

 Cependant, ce qui m'intéresse ici, c'est l'emballement de l'imaginaire collectif qui   prend  corps, comme un organisme vivant. La dynamique du groupe exite. On le sait bien. Il est une force terrible. Tout groupe a sa loi et ses codes. Une espérance. Et une terreur.

Boris Cyrulnik écrit :

"Il y a toujours un écart entre le réel et la représentation du réel, c'est-à-dire, ce qu'on en fait. 

 ...La fiction (du réel) étant composé de détails vrais, il faut maintenant provoquer le réel, afin de se prouver que la chimère est vivante".

 Des mots, oui, qui résonnent et hurlent quand ils s'incarnent dans l'événement.

La chimère devra être vivante...

Ainsi,   le groupe   tricotera une manière de récit  dans laquelle d'autres s'engouffreront, libérés qu'ils seront de trouver une norme, une cohérence à ce qui ce sera élaboré. On fabrique tellement facilement des boucs émissaires, des folies collectives, en  ajustant des images à ce qu'on voudra entendre, en trafiquant la représentation d'un réel qui viendra se coller exactement à d'autres images ! Alors, on aura place dans un  récit que les autres ne remettront pas en cause.    Chacun se soumettra à un récit qui fera du bien, et tant pis pour l'analyse !!!

C'est ainsi, sur des images perverties par une morale, un désir d"appartenance à un groupe, et de reconnaissance par celui-ci, qu'on  a brûlé, qu'on brûle et qu'on brûlera longtemps encore des sorcières, en jurant son effrayante bonne foi.

Et même une plume d'ange pèsera des tonnes !

 

 

 

 

commentaires

Max-Louis 06/02/2011 22:21


Bon jour Brigitte,

Nous sommes tous des post-traumatiques, dès le sortir du ventre de notre mère. Ce qui sous-entend une souffrance dès le départ déjà bien marquée. Et qui n’est pas sans constituer un bagage, voire
une casserole (en terme vulgaire), difficile à assumer, car, n’oublions pas l’historique de l’embryon gorgée de toutes les vibrations de la maman et de son sang porteur de sa biographie et ne pas
oublier non plus l’ovule et le spermatozoïde, eux même décorés d’une mémoire qui n’est pas négligeable.

Bref, aux premiers cris, au moins un chapitre de la souffrance est écrit.

En ce qui concerne le groupe, le collectif et l’individuel, je suis toujours étonné, voire médusé, que peu de gens connaissent "Masse et Puissance" de Canetti Elias, et que cette œuvre devrait être
lu dès le collège.

Max-Louis


brigitte giraud 06/02/2011 22:40



Je ne la connais pas non plus. Alors je note. Merci à vous.


Bonne soirée



miguel staes 06/02/2011 22:09


je voudrais juste dire aux personnes que j'aimais que je suis abasourdie par leur délire. je suis à une année lumière


brigitte giraud 06/02/2011 22:28



Vous deux associés, toujours. Votre commentaire, là, est précieux. A bientôt. 



marie-claude 06/02/2011 18:25


et il est si facile de soulever la foule en mettant l'accent sur ce qui ne va pas ...
faire regarder le beau côté des choses ... c'est comme parler dans un désert ... la foule ne veut pas voir ... la plume ...
amitié .


brigitte giraud 06/02/2011 22:31



Cette image de la plume est allégorique. Mais oui, ne plus en entendre parler.  



Dominique Boudou 06/02/2011 18:17


Excellent texte. Il me fait penser à la meute, allégorie autant que concept philosophique.
Prenons une meute.
Quelques loups et quelques louves expriment une émotion qu'ils partagent. Les autres loups et les autres louves vont aussi exprimer cette émotion et la partager pour rester dans la meute.
Mais il y a un loup ou une louve dissident (e). Il/elle n'exprime pas cette émotion, ne la partage pas.
Il/elle est exclu (e) de la meute.
Les communautés humaines fonctionnent souvent comme les meutes.La philosophie, la psychanalyse, l'éthologie, et même les neuro-sciences s'intéressent depuis toujours à ce phénomène.


brigitte giraud 06/02/2011 22:35



Deleuze en parle oui de ce concept. Qui est. Son Abécédaire est une mine de pépites. 



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