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12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 20:00

robert-m.jpgmisrahi 15

 

 

S'il est un livre qui fait du bien, ce sera bien celui-ci !

"La nacre et le rocher", la biographie de Robert Misrahi est le récit de sa vie, écrit avec sincérité, humilité, et en amitié avec le lecteur.

Robert Misrahi nous convie à le suivre, à ses côtés, pour une promenade sur ses terres humaines. Nous allons alors, on le sait, entamer le chemin de sa construction,  du philosophe qu'il est, d'intellectuel, et surtout de "sujet" vivant et vibrant de la vie, et pour la vie.

Comment est-il  devenu philosophe ?  Sans doute n'y avait-il pas d'autre espace à déchiffrer pour lui que celui de penser la joie, quand l'évidence des chagrins de l'enfance et  les épreuves familiales ouvrent à ce point l'intelligence, une capacité à questionner  précocément le monde et à l'éprouver,  pour accueillir  ce qui est là, donné, offert, une écoute de soi et des autres.

La biographie de Robert Misrahi ressemble à une sorte de long poème en prose, "une litote", dit-il. Le moins pour exprimer le plus de cette grâce d'être libre en recherche de la joie et du plaisir, et ainsi rendre hommage à Spinoza, le philosophe qui l'a précédé dans une même ardeur à développer le bonheur, dans la liberté immanente à l'être. 

 

On se rend compte que toute sa philosophie a inondé sa vie.

- Un ample mouvement de "réflexions" dont ses livres témoignent, une tranchée creusée  profond, adossée à ses expériences et au réel.

-  Le Désir, toujours le Désir, comme fil conducteur de la liberté et inversement, l'un s'abreuvant de l'autre, une nécessité pour être ouvert à toutes les grâces de l'Amour. (Par Amour, Robet Misrahi entend le rapport permanent à l'objet de l'amour et à l'amour même, soit les actes de la joie : le pouvoir d'autonomie et le désir d'accomplissement, la jouissance de vivre qui fait sens,  crée du sens. Ce choix, très tôt conçu, s'est alors toujours renforcé.)

- La liberté pour la jouissance de la vie, une conversion sans cesse exercée.

- La philosophie au service de l'humain, une grille de lecture au vif du vivant.                                            

"Qu'il s'agisse de l'opposition aux croyances d'une société, ou de la défense contre la persécution et l'oppression, j'ai toujours mis en oeuvre une véritable conversion. Il en fut de même pour la maîtrise de l'affectivité et de l'instauration d'une joie substantielle de vivre et d 'agir." 

 

 Ainsi, Robert Misrahi rejette les déterminismes et pense l'Etre dans sa singularité et sa liberté, dans son existence concrête et réfléchie.

L'Etre (le sujet) n'a pas le pouvoir de sa vie, il EST le pouvoir.

 

"Ce que je propose, c'est le pouvoir du désir lui-même. C'est celui du sujet lui-même. C'est le sujet qui est, de toute façon, désir de vie et de joie, c'est ce Désir qui est porteur de réflexivité capable de se réfléchir, de se motiver à nouveau, et de se réorienter. [...]

C'est toute une théorie de la conscience qui est ici engagée."

 

                                    x                  x                    x

 

"La conversion est l'acte d'un Je.

Ce n'est pas par nécessité mécanique que j'ai accompli tel ou tel choix, mais par l'activation et le renouvellement constants de mon attitude non conventionnelle et de mon choix d'autonomie. Je pensais explicitement aux implications de mon choix fondamental de distanciation et de renversement : il n'est pas évident qu'un jeune garçon doive s'interdire d'aimer une jeune femme ; il n'est pas évident qu'on doive obéir aux décisions d'un Etat antisémite ; il n'est pas évident qu'Israêl soit un Etat "sûr de lui et dominateur", colonialiste et impérialiste ; il n'est pas évident qu'à l'Université l'amour doive être interdit ; il n'est pas évident que le Parti socialiste soit l'incarnation d'une politique satisfaisante ; il n'st pas évident qu'on doive se rallier au marxisme, au nietzschéisme, à Heidegger, à Freud, à la linguistique, au structuralisme, aux maoïstes, aux Punks, au rock. Et il n'est pas certain qu'on ne puisse aujourd'hui se défendre du bruit, de la consommation, de la hâte ou de la violence."

 

Robert Misrahi est un esprit libre. Il aura veillé, par sa liberté recréée sans cesse, à  affirmer le sens de sa  vie par la vie-même et, depuis longtemps, par la réflexion philosophique et l'écriture.

harpa-doris.jpg

Cette force de la conversion vaut pour lui comme un Rocher, le socle stable de sa détermination. "Je ne penserai jamais comme l'opinion dominante..." (p. 228)

Quant à la nacre, elle sera celle de la lumière répandue dans les yeux de Colette, la femme aimée, celle de la couleur du coquillage "Harpa Doris" , volumineux comme une grenade, associé à la vie intectuelle et la philosophie de Robert Misrahi, l'amoureux  de la musique, des Arts, de Soledad, de l'amour, le Tout Autre, et de la réflexion créatrice.

 

"La vraie joie n'est pas une réception passive, elle est un acte, elle résulte d'un acte qui est celui-là même de la conscience comme Désir.

...

Ce sont ces actes associés qui, accomplissant vraiment le Désir, forment une vie digne d'être dite heureuse."


 

 

 

"La nacre et le rocher" une autobiographie | Robert Misrahi | Encre marine

 

 

 

commentaires

Stéphane 20/03/2013 11:38

Je suis en train de lire avec jubilation et admiration ce livre de Robert Misrahi. Admiration devant son courage. Qu'il soit celui d'ôter son étoile ou d'affirmer ses convictions sans se laisser
endoctriner par la pensée dominante et le qu'en dira-t-on. A ce titre et avec sa poésie en bandoulière, c'est l'anti-bourgeois parfait, cher à Ferré.
Jubilation devant les preuves de sa liberté, comme voie royale du désir d'accomplissement ; destination : bonheur. Et puis jubilation face à l'évocation de ses souvenirs, des personnes et paysages
rencontrés et aimés.
je venais de regarder le DVD "la construction du Bonheur" où, au delà du contenu, j'étais enthousiasmé à la vue de paysage connus, de Challain-la-Potherie à Tournedos. Il ne s'agit pas que de
décors à mes yeux, et je crois à la force de l'empreinte de ces lieux sur les esprits sensibles.Maintenant, si la lumière des bords de Seine est la source enchantant le site, j'ai le sentiment que
l'esprit des personnes viscéralement attachées à la beauté du lieu court le long des rives et nous accompagne dans la contemplation, comme lors des flaneries dans les cloîtres.
Merci de ce partage, Brigitte.
Portes toi bien.

brigitte giraud 20/03/2013 14:44



Merci merci Stéphane, pour ce commentaire pertinent, argumenté et sensible. Ce livre a été pour moi aussi une jubilation et j'aime qu'elle ait pu être communicative. Merci encore !



Cédric 12/02/2013 20:17

Et je me souviens de ces entretiens. De cet épisode de la nacre. Que j'avais adoré.
Voilà un imprévu qu'il va falloir prévoir.

Je partage, parce que je me souviens enfin du plaisir que j'avais eu à ce qu'on me le partage.

Bonne soirée, amitiés !

brigitte giraud 12/02/2013 20:42



Oui, dans une de mes vidéos. Je me souviens aussi.


Merci à toi du partage, Cédric !



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