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23 novembre 2013 6 23 /11 /novembre /2013 23:21

 

Hannah Arendt est la philosophe qu'on sait, même sans l'avoir jamais lue, (mais ce serait mieux !) juive, allemande, liée amoureusement un moment à Martin Heidegger, arrêtée par la Gestapo et internée au camp de Gûrs, et qui a abordé les problématiques de la révolution, de la liberté et du totalitarisme. Le film rend compte de ce qu'elle a appelé "la banalisation du mal", dans ses écrit après le procès et la pendaison d'Adolf Eichmann à Jérusalem.  

  Elle publie une série d'articles,  en mai 1962,  qui provoquent une tornade et l'incompréhension.

Hannah Arendt  dit que Eichmann, derrière sa cage de verre,  n'était ni un monstre, ni un diable, mais un être banal, falot, et pitoyable, un citoyen qui avait obéi à la loi, un être docile, rendu incapable d'exercer sa pensée  gommée par la monstruosité du système nazi.  L'horreur du système nazi résidait, entre autres, dans son aptitude à détruire la volonté des individus et mettait en place "la loi de la nécessité".

Hannah Arendt écrit : « Eichmann n’est pas une figure démoniaque, mais plutôt l’incarnation de l’"absence de pensée” chez l’être humain. »

Son concept de "banalité du mal" est inacceptable pour les survivants des camps et pour le monde "après Auschwitz". Comment un homme qui a été un organisateur de la mort de millions d'hommes pouvait ne pas ressembler à un monstre, mais, en réalité, être un personnage  veule, misérablement soumis à une autorité aussi terrifiante, terrible et scandaleuse dans l'idée-même que fut le nazisme ? La défense d'Eichmann a tenu en une phrase répétée tout le long de son procès : "J'ai exécuté les ordres, je n'ai rien fait, j'ai exécuté les ordres, je ne savais pas, j'ai exécuté les ordres, j'ai exécuté.."   Un exécutant auquel il n'est pas question de pardon. Il s'agit d'autre chose.

Il s'agit en réalité, pour Hannah Arendt, d'une étude philosophique sur le mal, ou plutôt sur les ressorts du mal qui ont rendu les camps d'extermination possibles.

  hannah-arendt.jpg

"Hannah Arendt", le film que je vois aujourd'hui et maintenant m'interpelle à plusieurs titres. Et je m'en décolle volontairement. Il induit deux réflexions.

D'abord, je vois une femme, sous les traits de Barbara Sukowa. Un corps de femme. Qui marche, qui fume. C'est fou ce qu'elle peut fumer et marcher, fumer en marchant ! C'est fou ce qu'elle peut penser ! Parce que la fumée et la marche disent la pensée qui s'élabore, l'esprit qui tient  bon face aux détracteurs et à leur violence. Ce corps qui se déplace, rit, pleure, et marche.... ce sont des images très fortes ! La pensée est un corps expressif en mouvements.

Puis, pour que la pensée soit, il faut qu'elle veuille comprendre, et observer. La pensée, dans son mouvement de pensée,  se déprend. Des convenances, de l'attendu, du prévisible, de la famille (d'appartenance). L'opposé de la pensée, donc de sa liberté, ce n'est pas une autre pensée, mais une rigidification, un gel. Le contraire de la pensée est une glaciation.

 

Finalement, c'est souvent ainsi que les choses se passent, non ? Quand on ne pense pas comme il est "entendu" que cela doit être pensé....

 

commentaires

Fabrice 05/12/2013 16:43

Annah Arendt, ou le courage de penser en dehors de la boite. Elle est étonnante, voire dérangeante, cette idée que le mal absolu ait pu être mis en en œuvre par des hommes privés de la capacité de
penser. Les musiciens de l’orchestre du mal auraient été incapables d’interpréter la partition, dont pourtant il a bien fallu qu’ils déchiffrent les notes pour pouvoir les jouer. Car si le système
nazi a été conçu par des têtes pensantes, aux idées mortifères, il a nécessairement fallu aussi que les opérationnels réfléchissent à leurs actions quotidiennes, concrètes, et peut-être même qu'ils
les passent au filtre de leur morale personnelle. Ce que je comprends d’Arendt, qui soupèse nazis et juifs à la même balance, c'est que ces hommes et ces femmes ont été placés, par ce système, en
situation de ne plus penser, que cette fonction de penser leur a été retirée. Les bourreaux ne se pensaient pas comme des bourreaux, et les victimes ne se pensaient pas comme des victimes. Ce qui
est peut-être le plus glaçant, c’est que ce mécanisme maintenant connu semble se reproduire sous nos yeux, sous diverses formes, dans ce monde soumis au totalitarisme de la finance et ses ratios
abrutissants. Qui sera la Annah Arendt de notre époque ?

brigitte giraud 13/12/2013 12:21



Voilà une bonne question. Espérons que dans nos têtes reste debout le pouvoir de s'indignez. Et ça fait penser au livre de Hessel "Indignez-vous !".


Amitiés



Claire Massart 02/12/2013 18:52

J'avais complètement aimé ce film (immense respect pour la réalisatrice) parce que faire ça, quelque chose qui doit bouger, images rapides et tou et tout, faire un film sur la Nécessité totale de
penser, c'est gonflé ! Et si c'est réussi en plus, chapeau bas !

brigitte giraud 03/12/2013 22:08



Chouette film oui, qui emplit. On est toujours content de ça quand ça arrive. C'est comme une belle rencontre au cours d'une journée qui illumine en nous quelque chose de l'intelligence et de
l'affectif.



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