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15 avril 2011 5 15 /04 /avril /2011 03:07

J'ai été très émue par un tetexte. Sur la passion. Un texte intelligent, mais l'intelligence pourrait s'absenter là, encore que... Non ! Elle accompagne ainsi que l'émotion toutes les réflexions. 

Une réflexion est de faire, par la pensée, un mouvement vers soi, de retourner vers soi pour examiner les choses à la verticalité de facettes autrement éclairées que ce qui est immédiatement supposé être. Analyser ce qui est senti, l'a été. Pas expliquer. Comprendre, "prendre avec" empathie le ou les sens que l'on ferait vibrer. 

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Le mystère de l'amour chez Marguerite Duras... Creusé, toujours plus loin, là où la faille des êtres révèle elle-même la faille qui permettra le déploiement du mystère du désir, un désir tout autant terrifié qu'il est terrifiant. Une sidération jamais délaissée, une tension tenue en puissance, à l'extrême supportable et désespéré dans ce qui est rejoint, au seuil d'un manque impossible à combler. 100_4577.jpg

Les mots qui parlent aux mots. Le désir entre deux voix. Comme une note tiendrait les gestes et les corps. Le désir est un narrateur on pourrait dire, une voix off qui incorpore le corps des amants. Deux corps dans une même enveloppe de peau très fine, tendue terriblement. Un mystère de comment "ça" ne peut pas tenir ce qui tient quand même ce qui ne tient pas...

Ne se délaisse pas. Jusqu'à la gorge et l'éboulement, le choc, le corps roulé, déroulé, laissé presque mort, mort une fois.

"L'homme assis dans le couloir" tue la plage, la mer, le sable, la lumière, la cabane, le ciel, le ressac, l'insupportable ressac, parce que la plage, la mer, la sable, la lumière, la cabane, le ciel, le ressac, l'insupportable ressac le lui demandent. Le désir de la passion et la passion du désir sont un seul corps. Indissociables et rivaux, peut-être. Je ne sais pas dire ça. Non, je ne sais pas.

Marguerite Duop.jpgras est toujours extérieure à ce qui se passe dans ses romans.  Elle est témoin, elle est le désir/témoin de ses personnages. Elle les laisse se débattre avec elle, avec lui.

Elle ne sauve rien. 

Elle assiste son propre mystère, à elle.

Elle ne sait pas non plus qu'en faire. 

Toute autant terrifiante que terrifiée. 

 

"Vous et la mer, vous ne faites qu'un pour moi, qu'un seul objet celui de mon rôle dans cette aventure. Je la regarde moi aussi. Vous devez la regarder comme moi, comme moi je la regarde, de toutes mes forces, à votre place.

Vous êtes sorti du champ de la caméra.

Vous êtes absent.

Votre vie s'est éloignée.

Votre seule absence reste, elle est sans épaisseur aucune désormais, sans possibilité aucune de s'y frayer une voie, d'y succomber de désir.

Vous n'êtes plus nulle part précisément.

Vous n'êtes plus préféré.

Plus rien de vous n'est là que cette absence flottante, ambulante, qui peuple à elle seule ces sables.

Tandis que je ne vous aime plus, je n'aime plus rien, rien, que vous, encore.

Ce soir il pleut. Il pleut autour de la maison et sur la mer aussi. Le film restera ainsi, comme il est. Je n'ai plus d'images à lui donner. Je ne sais plus où nous sommes, dans quel fin de quel amour, dans quel recommencement de quel autre amour, dans quelle histoire nous nous sommes égarés.  Je ne vous aime plus comme au premier jour. Je ne vous aime plus.

Restent cependant autour de vos yeux, toujours, ces étendues qui entourent le regard et cette existence qui vous anime dans le sommeil.

Reste aussi l'exaltation qui me vient à ne pas savoir quoi faire de ça, de cette connaissance que j'ai de vos yeux, des immensités que vos yeux explorent, à ne pas savoir quoi écrire, quoi en dire, et quoi montrer de leur insignifiance originelle. De cela je sais seulement ceci : que j'e n'ai plus rien à faire qu'à subir cette exaltation à propos de quelqu'un qui était là, quelqu'un qui ne savait pas qu'il vivait. Mais ne cherchez pas à comprendre ce phénomène photographique : la vie.

C'est à travers ce défaut de votre sentiment que je retrouve votre qualité, celle justement de me plaire. Je crois être seulement attachée à ce que la vie ne vous quitte pas, pas autrement, le déroulement de celle-ci me laisse indifférente, elle ne peut rien m'apprendre sur vous. C'est ainsi que vous vous tenez face à moi, dans la douceur, dans une provocation constante, innocente, impénétrable.

Vous l'ignorez."

                                                                   éditions de Minuit  "L'homme atlantique"

commentaires

Christine 16/04/2011 12:16


toujours été très forte en "voix off", c'est mon drame!


brigitte giraud 16/04/2011 12:19



Faire en sorte qu'elle aie de la "gueule", la seule chose qui tienne, l'univers des émotions mis en mots, on n'en sort pas !


Je t'embrasse



Christine 16/04/2011 08:22


l'impossible à combler qui fait que l'on essaie de ne plus aimer ce(lui) que l'on aimera toujours
alors rester en voix off
Duras, ça secoue, je suis d'accord avec toi!


brigitte giraud 16/04/2011 12:04



Voilà, finalement c'est ça et c'est toi qui le dit : la voix "off". J'aurais dû y penser. C'est chez Duras, senti comme ça. Une voix qui parle, se parle, résonne pour soi.


Je travaille justement sur une superbe vidéo avec une voix "off", un spectacle qui a eu lieu à Montréal, un texte "immémorial", de toute éternité.


 



C comme Corinne 16/04/2011 02:27


Superbe, ce texte.
Il pleut ce soir, partout.


brigitte giraud 16/04/2011 12:05



Très beau texte, oui. La pluie qui noie la mer, on dirait.



DEB 15/04/2011 15:26


Qui d'autre qu'elle pour écrire cela : "Tandis que je ne vous aime plus, je n'aime plus rien, rien, que vous, encore." C'est terrible !


brigitte giraud 15/04/2011 16:25



Qu'elle  ! Pour dire cela



Dominique Boudou 15/04/2011 11:46


Le désir comme narrateur, ça me plaît.


brigitte giraud 15/04/2011 16:26



Il regarde de loin, de haut, de plus haut encore et comprend toujours tout.



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