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8 mars 2013 5 08 /03 /mars /2013 16:56

Cette nuit, encore,  commencera en avance sur les miroirs nus. Nus et vides.
Ils parlent la langue du silence, n'ont pas l'ivresse brouillonne de la parole crâne, perchée haut sur la rampe au vertige, un vrai charabia. 

moi 26 d-cembre 014
Quatre clins noirs, l'œil a sommeil, les points cardinaux piquent piquent sur l'horizon.
Je ne sais pas dormir.

Hier, dans une salle d'attente, tu as... Attendu. Silence. Tu es arrivée en même temps qu un homme, fringuant et frisé, qui t'a souri. Tu es allée t'asseoir dans le fauteuil en cuir noir. Tu préfères le marron qui fait face à la porte du couloir et que tu occupes le plus souvent quand tu viens ici. Tu as regardé la femme qui s y tenait, un air de ressemblance avec... Tu as cherché avec qui, et tu n'as pas trouvé. Son visage te disait quelque chose, plus précisément le bas de son visage : le modelé du menton et de la bouche.
Tu t'es demandée s'il était possible que la description d' un personnage de roman puisse rencontrer sa parfaite incarnation charnelle ?
Des mots mis en un seul et unique corps, est-ce que c'était, ou non, une idée  saugrenue ?
"-... Dites madame, est- ce que vous aimez Aurelia Steiner ?"
Tu aurais eu l'air de quoi ! Fracassée  comme Aurelia, voilà ! Aurelia  Steiner, l'errante, la folle.


Le frisé et Aurelia s'oubliaient dans leur iPhone 2, 3, 4, 5,...  Ils faisaient des jeux. Dingue comme les gens dans les salles d'attente peuvent jouer, le nez avachi sur un écran aux dimensions d'une grosse boîte d'allumettes, ils coulent littéralement sur eux-mêmes à se creuser la tête l'air de rien : un sudoku à cheval sur un solitaire et c'est l' échec assuré ! Alors ils se méfient, ne lèvent pas les cheveux de leur machine, ou bien  vous jettent parfois un coup d' œil inquiet.
Tu t'es subitement sentie en menace. De temps en temps, la boîte d'allumettes du frisé éructait des bip bip qui semblaient l'énerver, lui donnaient mauvaise mine, des plis au front.           

Tu as eu une furieuse envie de te regarder dans un miroir, voir l'attente en face et le coin de vide où ton esprit vagabondait. Tu pensais que tu ne penserais pas, anesthésiée par le vide.

Tu ne joues pas. Devant l'écran, un miroir, tu ne joues pas.

Tu t'immerges dans une flaque de lumière.

Du noir autour. Pour mieux atteindre au regard. Un nombre de pixelles  X, ou des poussières microscopiques à trois dimensions accrochées à la nuit qui traîne, t'entraîne, ne lâche pas.

 

 

 

 

Published by brigitte giraud - dans Mémoire vive
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commentaires

Dominique Hasselmann 10/03/2013 11:36

Ecran et miroir : certains peuvent (se) confondre, mais "l'oeil a sommeil".

brigitte giraud 18/03/2013 18:12



Laisser se reposer les yeux, parfois !



marie-claude 09/03/2013 16:23

J'en viendrais cruellement à aimer tes insomnies ... si riches de tes mots !
amitié .

brigitte giraud 09/03/2013 19:43



Il y a ça de bien, les mots. Intenses avec ce noir autour de l'écran.


Amitiés à toi, marie-claude.



marcel 08/03/2013 22:13

... Hiroshima Mon Amour.../...
...:...je te rencontre.
Je me souviens de toi.
Cette ville était faite à la taille de l´amour.
Tu étais fait à la taille de mon corps même.
Qui est tu ?
Tu me tues.
J´avais faim. Faim d´infidélités, d´adultères, de mensonges et de mourir.
Depuis toujours.
Je me doutais bien qu´un jour tu me tomberais dessus.
Je t´attendais dans une impatience sans borne, calme.
Dévore-moi. Déforme-moi à ton image afin qu´aucun autre, après toi, ne comprenne plus du tout le pourquoi de tant de désir.
Nous allons rester seuls, mon amour.
La nuit ne va pas finir.
Le jour ne se lévera plus sur personne.
Jamais. Jamais plus. Enfin
Tu me tues.
Tu me fais du bien.
Nous pleurerons le jour défunt avec conscience et bonne volonté.
Nous aurons plus rien d´autre à faire que, plus rien que pleurer le jour défunt.
Du temps passera. Du temps seulement.
Et du temps va venir.
Du temps viendra. Où nous ne saurons plus nommer ce qui nous unira. Le nom ne s´en effacera peu à peu de notre mémoire.
Puis, il disparaîtra tout à fait.../...

brigitte giraud 09/03/2013 19:40



Merci à toi...


Quel beau texte de Duras, hein ? 



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