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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 17:45

Poème de Pablo Neruda - Il meurt lentement

 

Il meurt lentement
Il meurt lentement

celui qui ne voyage pas,
celui qui ne lit pas,
celui qui n'écoute pas de musique,
celui qui ne sait pas trouver
grâce à ses yeux.

Il meurt lentement
celui qui détruit son amour-propre,
celui qui ne se laisse jamais aider.

Il meurt lentement
celui qui devient esclave de l'habitude
refaisant tous les jours les mêmes chemins,
celui qui ne change jamais de repère,
Ne se risque jamais à changer la couleur
de ses vêtements
Ou qui ne parle jamais à un inconnu

Il meurt lentement
celui qui évite la passion
et son tourbillon d'émotions
celles qui redonnent la lumière dans les yeux
et réparent les coeurs blessés

Il meurt lentement
celui qui ne change pas de cap
lorsqu'il est malheureux
au travail ou en amour,
celui qui ne prend pas de risques
pour réaliser ses rêves,
celui qui, pas une seule fois dans sa vie,
n'a fui les conseils sensés.
Vis maintenant!
 

commentaires

stéphane 08/03/2011 12:55


gloups...le lien avec cette chanson

http://www.musicme.com/Charlelie-Couture/albums/Le-Pecheur-0035627037825.html


brigitte giraud 08/03/2011 14:01



merci à toi, et de ton passage ici.



stéphane 08/03/2011 12:54


Ta remarque sur les bons élèves a fait écho à cette chanson de Charlélie que tu connais peut-être et qui exprime très bien la convenance, le conformisme, le sérieux bien loin de la pluie, d'un
regard, d'un instant, du printemps et de la poésie.
Charlelie en tournée, à ne pas manquer.
Sympathie


brigitte giraud 08/03/2011 14:02



Oui, oui, je vois bien ça, même si je n'ai pas bien suivi la carrière de Charlélie...


Amitiés à toi



giulio 06/03/2011 10:31


Lui, en tout cas, n'est pas encore mort :

Joyeux centenaire, Pablo !

Nous avions poussé l’une contre l’autre deux tables du bistro et rassemblé six chaises. Le regard atone d’un consommateur appuyé au zinc s’anima, se fit ébahi, le regard, bien sûr, pas le zinc.
L’oeil du barman itou. Ils devaient se demander pourquoi Rogers et moi avions besoin de tant de place.
- Crénom, pesta Louis, un coup d’oeil en coulisse sur le siège inoccupé. Va-t-il encore nous laisser poiroter longtemps, le Pablo? Je m’en souviendrai, de ce 12 juillet. Je n’a pas l’éternité
devant moi.-
Là, il avait tout faux. Mais la patience n’était pas le point fort d’Aragon. Federico Garcia Lorca fit un signe discret à Paul Eluard, que la mauvaise humeur de son vieux copain n’impressionnait
guère.
- Et si, en attendant, tu nous lisais un extrait du poème que tu as composé pour lui, proposa-t-il à Louis.- Ricardo (1) sera certainement coincé par ses supporters. Ils sont des milliers,
agglutinés depuis midi dans le parc de la Villa Vauban, à être venus entendre les vers de son «Canto General». C’est que les militaristes Yankees en prennent pour leur grade.
- Ce n’est pas une raison.
- Que si, objecta Rogers Delgado, le seul parmi nous à avoir combattu aux côtés de Salvador et Pablo.- Si un pour cent seulement des victimes des militaires sont venues écouter le récital de son
centenaire, il n’est pas sorti de l’auberge. Ajoutes-y les échanges de souvenirs avec des vieux copains, un sourire charmeur au-dessus d’une gorge sexy, les autographes, et ce n’est pas demain la
veille.
- Tant pis, soupira Federico.- Mais toi et ton ami, n’êtes vous pas un peu jeunots, pour venir vous attabler avec des revenants comme nous? Louis est de 1897, Paul de 1895, Pablo a cent ans et moi
je suis né en 1898.
- La valeur n’attend pas le nombre des années. J’ai été invité personnellement, moi, ensemble avec Giulio et Salvador, qui n’a pas pu venir. Une inspection à Santiago.
- A Santiago du Chili? grogna Louis.- Quelle blague! Il n’y a rien à y inspecter. La démocratie a été rétablie, et vous avez même un gouvernement de centre-gauche.
- Tu parles d’un centre-gauche! Salvador n’en dort plus. Les bourreaux de 1973 courent toujours, le Capital continue à écraser le peuple et le peuple à écraser les cancrelats dans ses masures, ce
qui en prive les rats qui se refont sur les orteils des gosses.
- Et qui fait l’affaire des compagnies américaines et des gros bourgeois. Mais il est cinq heures, et toujours pas de Neruda!
- A las cinco de la tarde. Eran las cinco en punto de la tarde(2), murmura Federico rêveur, interrompu aussi sec par Paul Eluard.
- Arrête ton char, Federico! Tu ne vas pas commencer à nous bassiner avec tes complaintes. On fête les cent ans de Pablo et non les tiens. Ecoutez plutôt ce que j’ai préparé : «Au nom des hommes en
prison / Au nom des femmes déportées / Au nom de tous nos camarades / Martyrisés et massacrés / Pour ne pas avoir accepté l’ombre // Il nous faut drainer la colère / Et faire se lever fer / Pour
préserver l’image haute / Des innocents partout traqués / Et qui partout vont triompher.(3)»
- Pas mal! commenta Louis Aragon.- Mais de 1943, du réchauffé!. Pourquoi pas le chant des partisans, tant que tu y es? Moi, je vous propose quelque chose de plus, comment dire…
- Contemporain, suggéra Louis.- Le plat du chef. Vas-y, on t’écoute.
- Je vais dire la légende / de celui qui s'est enfui / et fait les oiseaux des Andes / se taire au coeur de la nuit.- Aragon respira profondément. Le coin de son œil gauche brillait, humide. Il
poursuivit: «Si bas que volât l'aronde / dans le ciel de par ici, / la plus belle voix du monde / effaçait les prophéties. // Comment croire, comment croire / au pas pesant des soldats, / quand
j’entends la chanson noire / de Don Pablo Neruda»(4).
- Tiens, tiens, s’écria Federico.- Le voilà enfin, mon vieil ami. Quand on parle du diable on en voit la queue.
- Ho, ho, ho! Celle-là, je la réserve aux dames, répondit Neruda, la voix encore toute rauque de sa récitation, en repoussant derrière lui la porte du bistro.
- Qu’est-ce que tu as l’esprit mal tourné, Pablo, répliqua Lorca, l’air comiquement vexé. Ce n’était qu’une façon de parler.
- Ça va; je connais tes goûts. Je ne suis pas un polyvalent comme Dali, moi, précisa Neruda en riant. Puis, après s’être assis, tourné vers Rogers.- Mais, je te connais, toi. Je t’ai vu à Valdivia
lors de ma campagne pour les présidentielles, non? N’étais-tu pas dans les Elenos et aussi chef des Jeunesses socialistes?
- Les Elenos, s’exclama Aragon. Oh lala! C’était des vrais guévaristes, ça.
- Eh oui, nous expliqua Neruda.- Au Chili, la gauche, ce n’était pas comme en Europe. Les socialistes étaient des vrais marxistes et non des sociaux-démocrates inféodés au grand capital. A certains
égards, on pouvait les considérer plus à gauche même que le PC Chilien qui, malgré une certaine fidélité à Moscou avait balancé par-dessus bord la dictature du prolétariat. Salvador Allende, lui,
était un vrai révolutionnaire. Il disait de lui-même: «Je suis un militant de toute ma vie», et il finit en héros et en martyr, comme le Che qu’il admirait, et comme bien d’autres, assassinés par
la CIA, les militaires à leur solde ou les milices.
- Les USA ont toujours considéré l’Amérique Latine comme leur colonie. C’est eux, les maîtres, dit Louis.
- Non là où aura triomphé le socialisme, répliqua Neruda et ajouta: «Mais si tu envoies tes armées, oh Amérique du Nord, / pour détruire cette frontière pure / et pour envoyer le boucher de Chicago
/ contrôler la musique et l’ordre / que nous aimons, / nous surgirons des pierres et de l’air pour te mordre: / nous surgirons de la dernière fenêtre pour t’inonder de feu: / nous surgirons des
ondes les plus profondes pour te clouer avec des épines: / nous surgirons du labour pour que la semence te frappe comme un poing colombien, / nous surgirons pour te refuser l’eau et le pain / nous
surgirons pour te faire brûler en enfer. // Et ne mets pas le pied, soldat...
- A Tocopilla (5), poursuivit Rogers.- «Ne viens pas y pêcher, car l’espadon y connaîtra vos dépouilles, et l’obscur mineur ira à travers l’Araucanie (6) ramasser les anciennes flèches cruelles qui
attendent, enterrées, de nouveaux conquistadores» (7).
- Ah, tu me connais bien, jeune ami.
- Hélas, non, Pablo, pas vraiment. Mais tes poèmes, oui. J’étais socialiste, moi, mais je reconnais volontiers que la culture et le folklore c’était surtout la force des communistes. Ta poésie
était notre étendard à tous.
- Déchiré, lacéré, Rogers, foulé aux pieds après trois années d’amère victoire.
- Oh oui, approuva Rogers.- Je me souviens de ces moments, de cette fin, et à l’époque je ne comprenais pas pourquoi un chanteur si formidable comme Victor Jara était assassiné par les militaires.
Je ne comprenais pas pourquoi Allende, mon Allende, l’ami de mes parents, le docteur des pauvres, était assassiné. Toutes ces questions, ces amertumes ont certainement accéléré ta mort. Tu ne
pouvais survivre à la mort des tiens, de tes idées, à la destruction de tes livres, à la mort de tous ces jeunes militants de l’unité populaire.
- Et pourtant, tu vois, je suis toujours là. Seul les hommes meurent, non la mémoire, observa Pablo Neruda en souriant. Puis, en levant son verre: «Venceremos!»
Federico, Paul, Louis, Rogers et moi levâmes aussi nos verres et répondîmes: «Hasta la victoria siempre!» et les vidâmes cul sec. Je fis signe au barman, qui vint emporter les verres vides. Un
instant plus tard, il nous rapporta les deux verres fraîchement remplis.

* * *

1) Pablo Neruda est un pseudonyme, devenu nom d’art et de combat. Il s’appelait Neftali Ricardo Reyes Basoalto.
2) Il était cinq heures du soir. Il était cinq heures précises du soir. Les deux premiers vers de «La cogida y la muerte».
3) Deux strophes extraites de «Les sept poèmes d’amour en guerre» de Paul Eluard.
4) Les quatre premiers et les huit derniers vers de la «Complainte de Pablo Neruda» de Louis Aragon.
5) Tocopilla: port chilien dans la province d’Antofagasta.
6) Région déshéritée du sud chilien, chère à Neruda, où il passa son enfance et où vivent les derniers indigènes Araucans.
7) Aussi bien les vers déclamés par Neruda, que les derniers, dits par Rogers, sont traduits par moi et extraits du Canto General de Chile de Pablo Neruda.

Giulio-Enrico Pisani, Zeitung vum Lëtzebuerger Vollek, juillet 2004


brigitte giraud 06/03/2011 12:09



Merci Giulio


d'avoir mis en ligne ici ton texte pour le centenaire de la naissance de Pablo. Superbe texte ! Autour d'une table, ils sont là. Se réuniront-ils encore dans 3 ans ? Même heure même estaminet,
tous les dix ans ? 



Max-Louis 05/03/2011 21:22


Bon jour Brigitte,

"Mieux vaut mourir d'indigestion que de faim" nous dit Cicéron. Neruda nous développe le propos.

Max-Louis


brigitte giraud 06/03/2011 03:44



On peut le dire comme ça !


amitiés



Mireille 05/03/2011 19:33


Magnifique texte du poète; merci du partage! Il meurt lentement... ils sont nombreux à être moribonds. Bonne soirée.


brigitte giraud 06/03/2011 03:50



Oui. Peut-être qu'on oublie vite que la vie peut se vivre, en se foutant la paix. Peut-être qu'on se laisse vite prendre par les "convenances" et par ce qu'il "convient" de faire, ça plutôt que
ça. Peut-être qu'on apprend à être de bons élèves. Peut-être qu'on ne sait pas assez dire Stop dans cette drôle d'histoire que c'est, l'existence !


Alors relire ce texte.


Amitiés



DEB 05/03/2011 19:02


Je le signerais volontiers des deux mains ce texte...


brigitte giraud 06/03/2011 03:41



Il est de la vie. Un texte de la vie et pour le vivant.



marie-claude 05/03/2011 18:42


Celui là est déjà mort ...
mais il l'ignore !
faut que je me décide à le lire enfin !
amitié .


brigitte giraud 06/03/2011 03:43



Je regrette un disque que j'avais, des textes de lui "je demande un châtiment" ça s'appelait. Magnifique et on ne le trouve même pas sur le net. Chanté par Manuel et Isabelle Parra, je crois bien
me souvenir...



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