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9 juin 2011 4 09 /06 /juin /2011 22:11

 Conversation.

Un adulte. Un enfant.

Entre eux, la langue.

 

"- Je te donne ce livre. Ce livre est à toi.

- Est-ce que je peux apporter lui à maîtresse et le porter après la maison à toi ?

- Oui, tu pourras l'apporter à ta maîtresse demain pour qu'elle le lise aux enfants, et tu l'emporteras ensuite à ta maison. Ce livre est à toi.

- Le porter la maison à toi ?

- Non, à toi, la maison à toi... ta maison. Ce livre est à toi. Je te le donne. Tu le rapporteras à ta maison. A toi. C'est ton livre. Il est à toi.

- ...A moi ?

- Oui, à toi. "

 

  ... C'est personnel. C'est privé, vous voyez bien.

Il est question de personnes. Personne ? Vraiment, vous croyez ? Personne ?

Enfin...si ! il est question de quelqu'un... Justement il est question de quelqu'un. De pronom...  pour  nommer personne. Nommer personne,  puisque c'est privé.                 

Donc, "pronom personnel"... Ouf ! ça y est c'est fait,  c'est laché, c'est dit ! Complément. Personnel et complément. Complément de quoi ? Complément personnel de quoi ? De qui ?

Complément personnel direct. Direct. Zouh !... Tout direct ! A peine parti, déjà arrivé, tu vois. Direct, je te dis, sans escale ici ou là. Direct à la personne ! En main propre, quoi.

Pronom personnel privé direct... Et indirect...  

Toi, moi, à toi...à moi... te, me, moi, à toi, moi... toi...

Je regarde l'enfant. Il sait bien que je m'adresse à lui, qu'il s'agit de lui, que  lui agit en moi, en quelque sorte.

Son visage cherche dans mes yeux qui est, très exactement, "toi", quand je dis "toi".

"Et alors pourquoi, se demande-t-il, pourquoi elle ne dit pas "moi", mais "toi", puisqu'il s'agit de moi ?"

Published by brigitte giraud - dans Mémoire vive
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commentaires

marie-claude 15/06/2011 18:27


j'ai tout compris dès que j'ai su qu'il s'agissait d'un enfant fraîchement arrivé, ayant à découvrir notre langue ...
Je suis sûre que dans sa langue maternelle ce petit arménien connaît la nuance ...
amitié .


brigitte giraud 15/06/2011 21:08



J'en suis sûre aussi.


Amitiés à toi



Christine 13/06/2011 13:38


Je sais que tu es tunisien,je voulais juste montrer qu'en matière d'éducation comme en d'autres domaines, les problèmes se complexifient, les interconnections entre cultures, pays, continents se
font plus denses et surtout rapides.
Etre conscient, savoir prendre son temps, ne pas céder au tourbillon qui veut nous entraîner


Mokhtar EL Amraoui 11/06/2011 07:45


@Christine
Avant toute chose, je tiens à rappeler que je suis tunisien donc, je connais beaucoup mieux la réalité tunisienne. Je suis d'accord avec toi sur tous les points que tu as évoqués mais il n'en
demeure pas moins que le problème du nombre d'élèves reste un grand obstacle en termes de temps d'écoute, de suivi, de diagnostic différencié et surtout de remédiation. Est-ce que cela est possible
avec des classes de 40 apprenants, voire plus? Je ne le crois pas.


Christine 11/06/2011 06:34


le nombre d'élèves, bien sût est un souci, mais pour avoir participé à de multiples expérimentations (je suis joueuse!)ce n'est pas le principal.
L'école est rarement en adéquation avec la société : il y a deux ans lors de mon dernier voyage au Maroc, j'ai longuement discuté avec des jeunes en BTS, ils ont été très étonnés de constater que
leurs problèmes étaient les mêmes que ceux des français dans leur situation, mêmes causes, mêmes conséquences...il faut que le système éducatif s'adapte à la société, j'y reviens, que l'on évalue
non pas des connaissances, mais des "comportements d'apprenant", que l'on pose, se pose, les bonnes questions et que les enseignants essaient de mettre l'enfant au cœur de l'apprentissage.(si les
stratégies d'apprentissage et la socialisation dispensées par l'école ne collent pas à la société comment peut-elle être lisible par les enfants et les parents? cf Bourdieu)
Quant aux réformes, une inspectrice générale (elles ne racontent pas que des bêtises) me disait un jour qu'entre le moment où une idée était lancée et son application réelle dans les écoles, il
fallait dix ans! (cf les cycles), ça c'est de la réactivité, non!


brigitte giraud 11/06/2011 12:58



Donc déployer des moyens (et non pas les réduire) pour un système éducatif vivant, intéressant, et qui aille chercher les enfants/élèves sur leur terrain de l'intelligence et du désir. Le champ
culturel a toujours été mon credo, il est d'utilité vitale.



Mokhtar EL Amraoui 11/06/2011 06:33


Chère Brigitte
Moi, je suis un EL Amraoui de Tunisie.Mokhtar


brigitte giraud 11/06/2011 12:54



Oh oui, excuse-moi...



Mokhtar EL Amraoui 10/06/2011 17:39


Le vrai problème c'est le nombre d'élèves, de manière générale. L'enseignant n'a pas suffisamment de temps pour s'occuper de manière approfondie de chaque élève complexion individuée à spécificités
variables. L'école en devient comme à la soupe populaire!Juste ce qu'il faut pour ne pas crever; Tout ça sans parler de la reproduction des privilèges et discriminations pernicieuses de toutes
sortes.Il est intéressant de relire Pierre Bourdieu.


brigitte giraud 10/06/2011 23:00



Eh oui ! je suis bien d'accord avec toi. Ce qui est vrai ici doit l'être peut-être plus encore au Maroc. Pierre Bourdieu nous manque.



christine 10/06/2011 16:08


voyez comme on dégaine facile et rapide sur certains sujets ;
Luc Chatel, tu dis, c'est qui celui-là?
nouveau ministre, vieilles idées


brigitte giraud 10/06/2011 23:04



SUJET SENSIBLE ENTRE TOUS ! Par quel bout prendre les choses, je crois bien que personne ne sait faire. Un ministre, une idée (!). Avec cette volonté de "dégraissage", le système éducatif rendra
l'âme bientôt.



giulio 10/06/2011 15:57


@ Christine: 1° je ne pouvais pas savoir qu'il s'agissait d'un petit arménien (idem pour n'importe quel petit immigré de langue étrangère - j'en étais un moi-même en Suisse à l'âge de 8 ans -
et...

2° Il n'est pas question de critiquer les enseignants à cause de cela et je regrette mon lapsus impulsif. En fait, pour ce qui est des petits (et jeunes) français "analphabètes", la faute en
incombe d'abord au système permissif et puis au parents qui trop souvent ne "couvrent", n’appuient ni secondent les instits, voire leur tombent carrément dans le dos.


brigitte giraud 10/06/2011 23:13



C'est plus simple de montrer des coupables, et ce n'est jamais "soi". Mais d'une façon globale, les parents veulent toujours la réussite de leurs enfants et le système éducatif ne met pas en
oeuvre les moyens nécessaires. "Donner plus à ceux qui ont moins" était une belle idée pourtant. Restent les hussards de la République, et il y en a... qui résistent à leur façon, par l'exigence
de leur pédagogie, un "plus" culturel, un supplément d'âme.



Christine 10/06/2011 15:20


Pas tout à fait d'accord,Guilio, il y a encore beaucoup d'enseignants en primaire qui ont des exigeances, des pratiques de qualité , qui savent cultiver ce qu'il y a de meilleurs et tenir compte du
petit arménien, ça existe, à côté, c'est vrai qu'il y aurait beaucoup de choses à dire... mais c'est un autre débat, l'école doit s'adapter à la société et non l'inverse malheureusement!c'est un
peu mon crédo.

-la résistance est encore possible dans certains domaines-


brigitte giraud 10/06/2011 15:39



Oui, je sais des enseignants de qualité qui se sentent floués ! Facile de rejeter les fautes sur eux.


Tiens ! Aujourd'hui Yaves Chatel a encore dit une "bêtise": Evaluer les enseignants, qu'ils fassent leur feuille de route... c'est dire en somme qu'ils ne remplissent pas leur mission et qu'ils
sont déméritants ! Quand on détruit tout d'un système, on peut bien chercher des coupables aux défaillances, pointer l'enseignant en déroute... En attendant, que fait-on pour les enfants/élèves ?



giulio 10/06/2011 13:39


Si ce dialogue est "made by Brigitte" et oeuvre de fantaisie, rien à redire. C’est rigolo et philosophiquement bien pensé.

Mais s'il a effectivement eu lieu, il exprime la situation désastreuse de l'enseignement primaire/élémentaire actuel, qui rejette tous les ans dans le secondaire des centaines de milliers
d'analphabètes ou de quasi-analphabètes.

J’ignore dans quelle classe étudie ton petit bonhomme, mais je peux t’assurer qu’aucun de mes deux gosses ne parlait ainsi au jardin d’enfant. La complaisance de trop d’éducateurs et le langage SMS
réussiront à détruire une langue dont la globalisation anglaise peine à arriver à bout.


brigitte giraud 10/06/2011 14:39



Je suis bien d'accord avec toi ! Mais ce que je n'ai pas dit, c'est qu' il s'agit d'un petit enfant arménien de 5 ans, en maternelle, qui vient d' 'arriver en France. Évidemment, n'est-ce pas, ça
change tout...



Christine 10/06/2011 06:35


...et quand il a compris "personnel", moi, pas l'autre, moi n'est pas lui, va lui faire comprendre qu'il a un Nom Propre, sans orthographe (sauf celle choisie par ses parents) mais avec
majuscule
(de toi à moi, le livre qu'il amène à l'école, ce n'est pas une BD ou un Walt Disney version Auchan? Sinon dissuade le de suite, la maîtresse a horreur de lire ça!)


brigitte giraud 10/06/2011 14:42



Exiger de la qualité, oui, oui ! Et les enfants savent bien voir, aussi, quand elle est là. Si on les porte jusqu'à l'apercevoir. Oui, oui.



Horatio 09/06/2011 23:34


"- Dis-moi...
- Moi !"
Je ne m'en lasse pas.
Je...
Personnel complément ou complément personnel ?
Des fois, je vous jure, on s'y perd.
Toi, moi...


brigitte giraud 10/06/2011 14:44

Difficile de s'y retrouver, on joue à se perdre !

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