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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 03:45

"Les questions, ça a un ton",  a dit le petit Ruben. Et nous nous sommes amusés à inventer des questions. Une lui, une moi. Il a commencé, il avait bien compris.     Lui : "Est-ce que tu as une trousse ?"

Moi : "Est-ce que tu t'appelles Ruben ?"

Lui : "Est-ce que tu aimes les nouilles ?"

Moi : "Pourquoi tu as des cheveux ?" 

Parfois le petit répondait, comme il pouvait, il était tenté. C'était un signe, signe que quelque chose était demandé et signe qu'une réponse était possible. Donc c'était bien une question ! Ca allait tout seul. Le petit s'appliquait à faire monter sa voix, et son menton semblait gravir une montagne dans le même temps : il mettait le ton de la question.

A un moment, il a dû sentir qu'on pouvait pousser le bouchon un peu plus loin, un reste de petite petite enfance. Il a dit :

- Est-ce que je peux poser une question à ma maîtresse ?

 On abordait là à un autre continent. Sa question contenait la nécessité de la  question. Je me suis dit que les gosses intelligents sentent les complexités. Ils ont le chic pour chercher le pourquoi du pourquoi, et j'aime ça.

A pourquoi le ciel est bleu ?, on pourra évoquer la lumière et sa réfraction.

A pourquoi il y a un ciel qui n'a pas de bras bleus... ? Bon, je comprends qu'à un moment, ça agace et qu' on finisse par répondre " heu... ben parce que...parce que, voilà... heu... c'est comme ça, c'est tout !" 

Bien sûr, on pourrait expliquer à l'enfant que les réponses n'existent pas pour tout, que parfois, on ne possède pas les réponses. Que même les grands ne les ont pas toujours. Que parfois, c'est "juste comme ça !" Que parfois, on ne sait pas...

On pourrait alors avec lui jouer aux questions bizarres, tordues et tout de guingois. Montrer qu'à travers ces jeux, la langue fourche et dit autre chose qu'on ne savait pas d'abord trouver. Débusquer dedans une sorte d'émotion, ou un rire,  jaune, ou bien tout rouge. Sortir des chemins à balises.

Alors  à ce moment-là,  l'enfant saura bien que toutes les questions ne se ressemblent pas : qu'il y a les vraies, et les fausses. Que les vraies questions sont celles où on doit  réfléchir avant de répondre. Que dire oui ou non ne suffira pas. Que ce sera juste plus compliqué que ça. 

 

Alors après, il existe la poésie. Qui explore la langue et ses secrets. C'est pas une évidence.

Donc aujoud'hui, j'irai écouter Valérie Rouzeau chez Mollat. Son dernier livre c'est VROUZ comme V.ROUZeau qui a obtenu le prix Apollinair e, considéré comme le "Goncourt de la poésie".

 

 

 

Du vent me danse la têterouzeau-13.jpg
Je do do dodeline
Traverse une rue un fleuve
Une mauvaise passe une crise
Rien jamais ni personne
Ne me porte aussi bien
Que l'air assez remué
Qui me remue assez
Me chavire la caboche
La cervelle envolée
D'aptère qui va à pied
Sans gâcher le hasard
Difficile à mirer
D'un seul frisson de flaque.

 

Bonne qu’à ça ou rien
Je ne sais pas nager pas danser pas conduire
De voiture même petite
Pas coudre pas compter pas me battre pas baiser
Je ne sais pas non plus manger ni cuisiner
(Vais me faire cuire un œuf)
Quant à boire c’est déboires
Mourir impossible présentement


Sur le livre, Antoine Emaz écrivait : « Et la forme du « sonnet » se prête bien à la saisie de scènes brèves du quotidien ; bon nombre de poèmes ont un aspect polaroïd, saisie d'un moment particulier. Ce peut être une scène de voyage ou de rue, une brève rencontre, un événement aussi banal que changer de matelas ou se faire à manger… Mais tout cet « anodin », s'il est évoqué le plus souvent avec humour, révèle surtout la fatigue de vivre, la difficulté d'être qui est au fond de la poésie de Rouzeau. »

commentaires

Z 17/01/2013 22:36

ton extrait de V. Rouzeau me fait penser à cette chanson géniale de Brigitte Fontaine, "je suis malheureuse / parce que je suis CONNE" ... "je ne sais pas jouer de la guitare électrique" ... "je ne
sais même pas passer l'aspirateur!" ... à quoi tu rajoutes bien entendu une diction remarquable et une basse / batterie entêtantes derrière

brigitte giraud 19/01/2013 20:28



Valérie Rouzeau, c'est vrai que c'est du rythme. Et j'aime ça, le text dit, lu, balancé, et qui chahute, sur une bande sonore pas linéaire.



cafardages 17/01/2013 21:42

merci pour ce VROUZ

brigitte giraud 19/01/2013 20:26



C'est en lien, je trouve. Merci à toi.



marie-claude 17/01/2013 12:27

Qui apporte le plus de l'enfant ou du grand au jeu du questionnement ?
Je sais moi, que c'est eux qui aiguillent ma pensée à ce jeu ...
troublant non ?
amitié .

brigitte giraud 17/01/2013 12:58



Avec les petits, petits, ce devrait être étonnant, à tendre l'oreille.



Christine 17/01/2013 09:21

Mardi j'ai dit "La lune est malade".
Ils ont demandé : "C'est ça la poésie?"
J'ai répondu : "Oui, sans doute..."

brigitte giraud 17/01/2013 12:56



 Ils sont entrés ailleurs. Dans une image que tu leur as tendue.


 La lune a la grippe ?



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