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2 septembre 2010 4 02 /09 /septembre /2010 03:06

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Cette image n'a pas été utile ce soir,

soit ! Je la colle ici.

L'arbre calciné du papier d'arménie, cette odeur si particulière, des racines qui poussent à l'envers du décor, on dirait,

une fenêtre s'ouvre sur des ornières et des fourrés noirs,

ce qui fait qu'on se perd sur le chemin perdu,

et pas un bal ouvert,

ou bien on ne s'en souvient plus.

Demain, je serai Esperanza dans une roulotte de la bonne aventure,

et je me souviens tout d'un coup...

...de Gelsomina dans "La Strada" de Fellini.

Giulietta Masina et Anthony Quinn y sont grandioses.

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1 septembre 2010 3 01 /09 /septembre /2010 00:00

 

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La soie ! On dirait des cheveux

dans le vent.

Le nom de ce tissu retourne sa tessiture vers l'en-dedans.

Ma robe danse de toute sa soie...et voilà que j'imagine un miroir. Ce qui me vient à l'esprit est un miroir où la soie ("le soi") se réfléchirait.

Ah ! c'est étonnant non, la soie qui se réfléchit dans un miroir ?

ou bien

soi qui "se réfléchit" dans le miroir,

ou bien

soi revenu sur sa pensée en reflet,

un effet optique de soi qui revient sur une reflexion....

 

Suffit d'acheter une robe et c'est tout un panel de fils,

cheveux en écheveaux dans le vent,

éparpillés vers les quatre horizons.

Published by brigitte giraud - dans Mémoire vive
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31 août 2010 2 31 /08 /août /2010 17:38

 


Pour rendre hommage à Alain Corneau,
cet extrait de "Tous les matins du monde",
titre magnifique d'un  film magnifique, 
forcément traversée par la détresse humaine.

 


Published by brigitte giraud - dans Mémoire vive
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28 août 2010 6 28 /08 /août /2010 21:23

"La peinture occupe un rôle particulier dans la mesure où elle offre à l'artiste l'occasion de maîtriser un vide et de le fixer dans le tableau au sein d'un espace illusoire.

Il s'agit de savoir ce que l'homme fait, ce qu'il déclenche lorsqu'il introduit ainsi dans le monde ce signifiant qu'il a façonné et qui fait surgir son vide central."

 

"Le vide central de l'homme", est un point de conjonction entre la connaissance et l'ignorance, où le désir de création s'exprimera. C'est ce que dit Serge André dans son livre "Le symptôme et la création".

 

"Il y a identité de structure entre le mouvement de la parole et la construction de l'oeuvre : ce qui nous fait parler et ce qui nous fait créer, c'est le fait qu'il y a quelque chose d'essentiel à la visée de notre désir, un vide essentiel à la constitution de l'être parlant, et que c'est à la place de cette chose inexistante que nous cherchons à mettre  des mots ou à inventer."

 

Cette vision du processus créateur me semble pertinente et sensible.

Pertinente, parce que sensible.

Comme si l'artiste, au travers du champ littéraire, musical, pictural..., dévoilait pas à pas, peu à peu, une frange du mystère de l'humain. Réjoignant tout à fois sa force et sa faiblesse, des pulsions de vie et des instincts de mort. 

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"Le symptôme et la création"

de Serge André   

2010

éditions du Bord de L'eau

28 août 2010 6 28 /08 /août /2010 04:56

 

L'avoir ici, sur mon blog, cette vidéo ! (J'ai saisi tout à coup que je pouvais en prendre le code, le lien)

L'avoir ici pour LA place que je lui donne,

la place d'une autre place du pavé de Paris

où je reviendrai m'asseoir, attraper les nuages, regarder les pigeons,

une petite fille en robe rose tout de guingois sur ses jambes, une fontaine, toi, mon amie de l'improbable et du merveilleux...

Alors, puisque c'est affaire de liens, puisque j'ai appris que la vie était des liens tirés en tous sens, et qu'il  n'était jamais question que de ça, de liens,

je sais qu'il en existe de magnifiques...

Je dis qu'une vie fait du bien à ma vie, que j'ai saisi la douceur offerte, ce qui ressemble à une chance.

Ce qui me donne à penser et à croire que la vie a des feux sans artifice.

 

 

27 août 2010 5 27 /08 /août /2010 23:08

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ll

 

 

 

Alors la nuit, 

quand je ne dors pas,

je  marche dans ma tête...

 "Bonjour tristesse", était dans mon livre au noir, comme l'oeuvre au coin du bois qui veille, surveille à la lampe, et j'écoutais cette chanson-là. "La vie Théodore", pour elles, les désespérées qui parlaient peu et fort, depuis leur chambre ou dans le parc, dans les coins du carré où poussaient les vignes.

Je t'ai montré la maison, en hauteur de la ville. J'ai poussé les portes aux battants doubles, des vitres, et la transparence des années. C'était ici, hier. Ici. Aujourd'hui, c'est hier. L'oubli n'est pas un lieu.

 Et je pensais que toute tristesse survit toujours à la tristesse.

Comme s'il fallait par elle, rejoindre à son essence même, la douleur, la grande douleur immémorialement immobile au fond de l'homme, fossilisée en chacun de nous sur cette terre, l'oeil entrouvert à la manière des chats, pour un jour traverser les galaxies d'une âme offerte et bonne.

"Alors la nuit, quand je dors,

je pars avec Théodore,

marcher dans le désert... "

Il se trouve ainsi quelques chansons qui demeurent en soi. Une histoire suspendue à la lèvre.

 

  
Published by brigitte giraud - dans Mémoire vive
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26 août 2010 4 26 /08 /août /2010 12:58

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C'est un emprunt à Althusser, "l'unité déchirée du désir".

Pour moi, pas de meilleur écho à la déchirure mise en mots,

à l'ambivalence, toujours, des désirs,

des paradoxes inhérents à l'humain,

des plateaux de la balance de la vie jamais en équilibre...

Et c'est tant mieux,

SAUF quand cela n'est pas souffrance, une peur, un tiraillement,

comme une excuse de vivre.

Non pas une résignation, non, non ! 

mais, de temps à autre,

un renoncement à être,

le désir déchiré.

  

Alors j'essaie de comprendre ce qui va dans des sens insensés,  

de patauger dans l'intime,

le "sens interne" aux choses et aux événements.

Et de me tenir là,

dans l'en-dedans, 

sinon, quoi ? on n'entendrait jamais rien à rien.

J'écoute Gérard Ostermann, une vidéo en chantier...

 

 

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26 août 2010 4 26 /08 /août /2010 03:13

  

    ttt

   Dans l'éphémère de nos vies,

   écrire dans la fumée de ta cigarette,

   un fragment de cendre chaude,

   la trace de tes mots,

   une incandescence

   au creux des mains.

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

24 août 2010 2 24 /08 /août /2010 18:28
C'était le 20 août, à Paris.
Tous les bancs des parcs ont effiloché leurs peines.
Les veines de leur bois ont des rires,
un sursaut de la joie,
un baiser dans les cheveux,
des mains tenues,
une main dans une autre main,
pour boire à un feu.
La pointe des yeux,
au tamis du sable,
s'étonne de la vie
noyée de nos cailloux blancs.
Published by brigitte giraud - dans Vidéos
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24 août 2010 2 24 /08 /août /2010 16:55

Mieux qu'un lien, je fais un copié/collé de l'excellent article de Giulio Pisani, qui analyse et démonte le piège du "problème identitaire" dont  on voudrait nous fait croire qu'il est au coeur des difficultés du monde.

Ce ne sont pas les identités qui sont remarquables, mais les êtres.

Appel au communautarisme

Depuis quelques temps l’identité est à la mode. Politiciens, philosophes, psychologues, pédagogues, sociologues, géographes, historiens, tous s’en gargarisent. À peu près tout le monde qui pense avoir quelque chose à dire, toutes tendances confondues, veut chercher, trouver, définir, redéfinir, voire donner un cadre légal à notre prétendue identité européenne, luxembourgeoise, française, flamande ou autre. Vieux remède qui a fait ses preuves dans la manipulation des masses, cela permet aux chefferies du monde entier de détourner l’attention populaire des problèmes existentiels causés par la politique néolibérale, c’est à dire par la soumission des facteurs civilisateurs humains aux intérêts économiques et financiers élitaires.

Ayant à cause de la globalisation de moins en moins le besoin ou la possibilité de faire la guerre à des ennemis extérieurs, nos dirigeants réactivent les vieux démons et orientent le ressentiment populaire vers des ennemis intérieurs créés ou recréés de toutes pièces. Identité ! Quel joli mot, et si inoffensif, censé paraît-il exprimer fraternité et solidarité, dire ce que nous sommes, ensemble, par opposition à ce que je suis tout seul. Saupoudrée ici de multilinguisme, là d’altérité, ailleurs de diversité, ailleurs encore radicale (il y a en a toujours), c’est de la poudre aux yeux. Faux-semblant en fait, car cette création du politiquement correct définit surtout ce que les autres ne sont pas. C’est un habile mensonge ; mieux encore : tout un éventail de mensonges, généralement par omission, bien sûr.

Allons-nous donc tomber dans ce piège de l’hypocrite bienpensance, qui a fait du nègre un noir, puis une personne de couleur, puis un africain ou un afro-quelque-chose, d’un cancre un élève en difficulté, de ma femme mon épouse(1), d’un aveugle un malvoyant et d’un sourd un malentendant ? Allons-nous tomber dans ce piège infâme qui prétend embellir des concepts qui n’en ont aucun besoin et qui dissimule sous l’apparente légitimité du terme identité un tentaculaire grouillement de monstres assoiffés de pouvoir et de légitimité usurpée ?

Qu’on me permette toutefois, avant de poursuivre mon réquisitoire contre ce mal pandémique, d’ouvrir une brève parenthèse et d’effectuer une mise au point sur le « politiquement correct ». J’ai déjà démontré dans de nombreux articles, combien cette attitude politique ridicule pourrit et falsifie l’expression démocratique, dont elle déguise non seulement les crudités, mais qu’elle peut également fausser jusqu’à la caricature. Un mot donc de cette mode qui veut faire à tout prix des boiteux des mal-marchants, des insomniaques des non-dormants et des constipés des peu-évacuants. Bon, admettons à la rigueur que mon idiot de cousin soit un mal-comprenant, mon plombier un ingénieur hydroclimatiseur et l’instituteur un professeur des écoles. Jusque là, ce n’est pas trop grave et, après tout, le ridicule ne tue pas.

Mais les problèmes surgissent quand un terme politiquement correct dissimule par une formulation édulcorée le retour en force de virus que l’on espérait assoupis, hibernés, quasiment en voie d’éradication. Rappelés d’urgence par les chefferies qui tremblent de perdre la main face aux lois du tout-puissant marché et acceptés nolens volens par une intelligentsia de plus en plus résignée au « laisser-faire, laisser-circuler », ces germes pathogènes en profitent pour reprendre du poil de la bête. Et, grâce au « politiquement correct » qui fait entrer le loup dans la bergerie après lui avoir éclairci la voix au miel ou l’avoir vêtu d’une peau de mouton, nous risquons bien d’être les dindons de la farce.

Le fait est – et c’est là toute la fausseté du système – que chasser un mot ne signifie pas bannir le fait lui-même ou la chose qu’il nomme, pas plus qu’appeler « léger malaise » un incoercible besoin de dégueuler ne vous empêchera de vomir. Et remplacer le mot qui appelait un chat un chat, par un autre qui ne veut d’ailleurs rien dire et qui constitue à la fois une erreur et un dévoiement aussi bien lexical que sémantique grossier, est bien pire. Le plus étonnant est pourtant, que les esprits et les plumes les plus critiques parmi les intellectuels de haut vol et les médias dominants n’y voient que du parfaitement normal, de l’acceptable, de l’utile, et n’hésitent pas à bâtir sur ce mensonge. Chez la plupart des philosophes et sociologues, maîtres es science des rapports interhumains, l’absurde postulat de l’identité fait que thèses et hypothèses, spéculations, théories et démonstrations, raisonnements et élucubrations se suivent, se chevauchent, se ressemblent et échouent lamentablement. Et tout cela, sans qu’ils semblent se douter le moins du monde – du moins en donnent-ils l’impression – que dans le terme placard fourre-tout qu’est l’identité se dissimule une véritable boîte de Pandore.

À part les politiciens et les endoctrineurs de tous bords qui connaissent la vérité ou, du moins, la soupçonnent, qui d’autre sait-il ce qui se cache sous leurs propos mielleux ? Quelques rares humanistes assez méfiants et clairvoyants pour ne pas se laisser tromper par de belles phrases, quelques sceptiques lucides ou un petit nombre lecteurs critiques ? Seront-ils assez persuasifs, serons nous assez nombreux, pour dénoncer la pourriture qu’on nous présente empaquetée sous emballage cadeau ? Ferons-nous le poids ? C’est que parmi ces pseudo-cadavres (pas exquis pour un sou) cachés dans le placard identitaire nous trouvons une pléthore de vieilles connaissances, que la plupart de nos dirigeants prétendent avoir mises, justement, au placard, en fait pour mieux les en ressortir au besoin... sous emballage identitaire.

Nationalisme, chauvinisme, xénophobie, discriminations culturelles, linguistiques, religieuses ou économiques, communautarismes(2), racisme, ostracisme, rejet, égoïsme, corporatismes, sectarismes, fanatisme, élitisme, esprit de clocher, esprit de chapelle, clanisme, etc. J’arrête là, mais la liste est en fait bien plus longue. C’est que, pour des prétendus cadavres, ils se portent plutôt bien, ces multiples avatars d’un concept qui, grâce à son apparente correction, due elle-même à son imprécision, permettent à leur pot-pourri toxique de mijoter en exhalant ses miasmes sous un couvercle d’ignorance populaire et d’hypocrisie sociopolitique. Tous ces concepts ont en effet un seul même but : former des groupements (sans véritable raison) ayant quelque chose en commun (en général très peu) et leur permettant de dire « Nous », tout en excluant ceux qui n’auraient pas ce petit quelque chose et qui seraient dès lors « les Autres ».

*** 1) Le vocable « épouse » ne s’emploie selon le bon usage du français que dans les circonstances officielles et notamment à la mairie, à l’église ou chez le notaire.

2) Sans compter que la plupart de ces termes sont autant de bombes à fragmentation distribuant à tous vents leurs charges meurtrières. Le communautarisme, par exemple, peut aussi bien être religieux qu’ethnique, géopolitique, culturel ou autre.


Identité(2)

La croisade identitaire des dirigeants

Ceux que l’on appelle les autres ne le sont bien entendu que par rapport à ceux qui les traitent de tels, et ces autres traitent à leur tour d’autres – réaction logique – ceux qui les considèrent ainsi. Grâce au politiquement correct et à l’hypocrisie identitaire, tout le monde est aujourd’hui plus que jamais le juif, le nègre, l’étranger, le mécréant, le chleu, le croquant, le métèque ou le salopard de quelqu’un d’autre. Sauf que les temps où les Tchinkeli(3) courbaient globalement l’échine, comme je le fis, enfant, deux années durant, afin de m’adapter aux règles d’accueil helvétiques, ces temps là sont bien révolus. À un ostracisme réplique l’aversion, à l’élitisme on réagit par le mépris, au rejet répond le communautarisme ; c’est oeil pour oeil, dent pour dent. C’est le « Vous nous traitez de racaille, nous vous considérons des fachos ». Alors, qu’on ne vienne surtout pas me tenir des propos mielleux sur une identité européenne, française ou luxembourgeoise basée sur la mixité et l’altérité ! C’est grotesque… surtout dans la bouche de ceux qui défendent bec et ongles leur précieuse identité locale. Le seul principe valable, est que chacun soit tenu de respecter l’autre et qu’il puisse exiger d’être respecté par lui pour ce qu’il est et certainement pas pour son appartenance à un ensemble artificiel quelconque : nation, ethnie, religion ou autre communauté.

À présent, une petite mise au point s’impose. Contrairement à ce que le galvaudage du terme peut laisser entendre, identité signifie égalité parfaite et non similitude. Or, le terme identité, tel qu’il est communément employé par ceux qui voudraient nous en formater, n’exprime non seulement aucune identité, mais il n’inclut qu’un tout petit nombre de similitudes. Mais, n’ergotons pas trop sur la sémantique. L’essentiel du problème réside dans le fait, comme je l’ai écrit plus haut, que définir une identité revient toujours à préciser qui ne s’y trouve ou retrouve pas, donc à la distinction « nous ≠ autres ». Et le pire est, que ce petit jeu n’a rien de volontaire ou de spontané que nous puissions nous-mêmes amender. Non, il nous est toujours, sinon imposé, du moins instamment recommandé par nos dirigeants, nos conseillers politiques et spirituels, laïques et religieux. Ils s’en défendent, bien sûr, mais c’est bien eux qui appliquent ce « divide ut regnes »(4) particulièrement vicieux.

Je peux en effet vous assurer, amis lecteurs, que je ne connais presque personne qui ne fréquente pas certains étrangers ou étrangères plus volontiers que bon nombre de ses compatriotes. Aucun sentiment ou trait de caractère naturel ne nous porte en effet à préférer un compatriote à un étranger, un coreligionnaire à un athée, quelqu’un qui ait la même couleur de peau ou la même langue maternelle. Ainsi que la plupart d’entre nous, je n’ai jamais choisi ou accepté d’ami ou de relation amicale en fonction de sa nationalité, de sa religion, de sa race, de son ethnie ou de sa langue maternelle. Seul purent m’attirer vers elle des qualités comme un bon caractère, l’humour, l’honnêteté, la gentillesse, la serviabilité, la franchise, ainsi que certains goûts et intérêts communs.

Cette tendance au repli identitaire nous vient donc nécessairement d’en haut et souvent déjà de nos éducateurs durant l’enfance et l’adolescence, mais plus tard surtout des dirigeants politiques, des médias, des prédicateurs religieux ou des orateurs populistes. La faute en revient en fait à toutes les institutions dont les membres influents, prétendant savoir ce qui est bon pour nous, veulent décider de nos relations, régenter notre existence et nous voir embrigadés dans l’un ou l’autre groupement identitaire.

Mais nous n’avons aucun besoin de nous laisser faire. En fait, et malgré toutes les pressions qui s’exercent sur nous, rien ne prédispose la majorité d’entre nous à ce repli identitaire. Vous ne me croyez pas, amis lecteurs ? Voici un simple exemple : un luxembourgeois colombophile, catholique et parlant peu l’anglais, fait un voyage d’agrément à Glasgow. Dans un pub il rencontre un écossais colombophile comme lui, mais protestant et anglophone, ainsi que d’un luxembourgeois haltérophile, catholique comme lui et parlant les mêmes trois langues que lui. Quoique ayant beaucoup de points communs (nationalité, coutumes, religion, langue) avec le bodybuilder luxembourgeois et seulement la colombophilie en commun avec l’écossais, avec qui y aura-t-il plus de chances qu’il se lie amicalement ? Avec l’écossais, c’est l’évidence ; et des exemples de cette sorte, n’importe lequel d’entre nous peut en trouver dans son entourage.

Conclusion : sachons être avant tout nous-mêmes et faire fi des pressions identitaires d’où qu’elles viennent et de quelque ordre soient-elles. Nous ne sommes identiques à personne d’autre qu’à nous mêmes et nous aimons les gens pour ce qu’il sont (ou, à la rigueur, ne les aimons pas pour cette même raison). Mais si nous apprécions certains individus (ou ne les apprécions pas) ce n’est certainement pas parce qu’ils sont blancs ou bruns, européens ou africains, luxembourgeois ou biélorusses, chrétiens ou musulmans, mais tout au plus parce que nous avons avec eux des sympathies ou des intérêts communs. C’est donc sans aucune difficulté, aucun effort autre que le refus de cette chape de plomb qu’est l’imposture à l’identité, que nous pouvons faire valoir notre ipséité (5), notre libre arbitre et notre personnalité.

Simple affaire de courage civique, en somme, qui devrait nous amener à affirmer haut et fort : « Cessez donc de nous faire une grosse tête, mesdames et messieurs les dirigeants et conseillers es politique, religion ou sociologie avec vos prétendues identités ! Cessez de vouloir nous embrigader dans quelque identité luxembourgeoise, française, belge, flamande, wallonne, européenne, occidentale, serbo-croate, latine, arabe, chrétienne, catholique, protestante, orthodoxe, juive, musulmane, chiite, sunnite, hindoue, ou que sais-je ! La seule et unique approximation d’identité – appelons-la plutôt parenté – dans laquelle nous pouvons à la rigueur nous reconnaître, quoique, là aussi, ni sans réserves, ni les yeux fermés, c’est celle qui nous relie aujourd’hui à quelque six milliards huit cent mille êtres humains. »

Pourquoi devrions-nous donc, individus libres, adultes et matures, nous laisser embrigader dans des identités qui ne sont que revenants de traditions désuètes, c’est-à-dire jardins de chefferies jalouses de leur influence, de leur pouvoir et de leurs prérogatives, en fait des fictions ? Sachons être nous-mêmes et non ce que l’on voudrait que nous soyons ! La population du globe comptera bientôt sept milliards d’individus, lesquels n’ont aucune raison valable d’appartenir irrémédiablement à d’autres sous-ensembles exclusifs. Si l’union des individus fait leur force, la multiplication des rassemblements identitaires favorise la désunion et affaiblit tout le monde. La seule identité dont l’être humain doit se revendiquer, c’est l’humanité.

***

3) Tchinkeli : terme péjoratif dont étaient traités dans la Suisse alémanique de mon enfance (j’ignore si cela a changé depuis) les immigrés d’Europe méridionale et des Balkans. Un peu comme les appellations Boccia ou Bir(en) désignaient il n’y a pas encore si longtemps les italiens au Luxembourg

4) Machiavel : « divise afin de régner »

5) Ipséité : caractère fondamental de l’être, conscient d’être lui-même. Ce qui constitue l’individualité d’un être en tant qu’il est lui-même et différent des autres.

Giulio-Enrico Pisani

lundi 23 août 2010
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