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1 décembre 2009 2 01 /12 /décembre /2009 17:33


Dans l'habitacle de mon capharnaüm,
des créatures sur pied qui se croient dans une cathédrale,
l'oeil ailleurs,
toujours ailleurs,
perdues qu'elles sont dans un monde pas d'ici,
comme je veux,
pas d'ici,
pendues qu'elles sont à leur langue,
et seules
de leurs mains contournées,
de guingois, 
piètres doigts tordus
n'importe comment articulés 
aux jointures mal foutues,
pour écrire les phalanges,
ivres de peau et d'écorce...
Avancer à l'aveugle,
le long des angles du buffet
de la table et du lit...

Atteindre du regard
un mur graphité noir...

Quel mur ?

30 novembre 2009 1 30 /11 /novembre /2009 17:44
Je lis.
Je lis que quelqu'un lit.
Je lis, au creux de ce que je lis, que quelqu'un parle.
Je dis que "ça" parle quand je lis.
Les mots résonnent en moi, 
retentissent je ne sais pas où vraiment, en moi,
mais c'est de l'humain qui vibre.
Viser en plein corps.
La cible mouvante dont je suis captive.
Captée.
Parce que dans le corps, les yeux, les mains et l'âme, "ça" m'apprend. 


Je me souviens avoir lu ça de Borgès, l'écrivain argentin.
Un journaliste lui avait demandé :
"Qu'entendiez-vous lorsque vous avez dit "Il m'est arrivé peu de choses... mais j'ai beaucoup lu "?
Borgès avait rétorqué : " C'est grâce à mes nombreuses lectures qu'il m'est arrivé beaucoup de choses."

Je pourrais dire les mêmes mots, exactement les mêmes.
A cause de mes lectures. Grâce à la lecture. Une approche de ce qui est mystère et contenu dedans.
Comme si j'y étais.  Là, dans l'émotion.
Un personnage suspendu.
Un observateur.
Témoin du récit.
D'un autre temps, qui est encore le mien.

Dire qu'en Algérie, les journalistes se faisaient abattre n'importe où dans les années quatre-vingt, Abdel-Haqq, Tahar Djaout ou Saïd Mekbel le 3 décembre 1994... et qu'ils auraient pu lancer à leur bourreau les mots de Che Guevara, à l'instant de la balle qui allait le tuer : "Tire, tire, c'est un homme que tu vas tuer !"

Dire que les mots nous mènent sur des chemins habités.
Dire qu'ils m'entraînent, moi, où je devais aller.
Là-bas, en Algérie, par exemple... Un exemple pas comme un autre, pourtant.
Dire alors, qu'encore je me souviens,
dans une de mes lectures et de ce qui se glane ici et là,
et demeure,
et reste,
ancré toujours pour toujours
de ce que répondait Picasso à un Allemand qui le questionnait sur sa peinture "C'est vous qui avez fait ça ?" à propos de son tableau Guernica,  cette ville meurtrie par l'oppresseur
"- Non, monsieur, c'est vous !"

Alors quoi, sans doute, vaut-il mieux être désigné par le manque qui agit en soi que par ce qu'on possède, par le vide que par le plein... 
 

29 novembre 2009 7 29 /11 /novembre /2009 02:46

 

Souad Massi n'est pas Irakienne, mais d'expression arabe,
et cette chanson me semblait bien en lien avec le poète.


Salah Al Hamdani n'est pas un poète comme les autres.

Il vit en France depuis 74, opposant à la dictature de Saddam Hussein qui lui en a fait baver et gémir dans ses geôles.
Il est né à Bagdad en 51, grandissant juste "avec ce qu'il reste de lumière" pour, dit-il,
"nommer la colère, la révolte, et ne pas oublier ses frères, ceux-là condamnés à l'errance, au silence et à l'obscurité".

Sa "folie de poète" sera de graver les mots de la mémoire dans l'égrainement des jours,
"Ainsi vont ma raison d'être, ma folie et mes plaies".

Chez lui et au profond de ses mots, demeure un être qui ne renonce pas,
"dans le cri de la lampe",
une force et une douleur au coeur même de son chant.

Sa poésie est empreinte du souffle du désert,
une fraternité offerte,
une oasis où étancher sa soif à une source lumineuse.

Il est un poète d'expression arabe dont bon nombre de recueils sont traduits en français.
Salah Al Hamdani sera invité à Bordeaux, dans le cadre du printemps des poètes "Demandez l'impossible" et ses textes seront mis en voix par l'excellent et talentueux metteur en scène François Mauget, du théâtre des Tafurs.

Avec ton ciel,
ta ville et ton incertitude
et cette vie, lente agonie sur les trottoirs.
Un mot encore
déplie ma vie
et mes nuits
dans le désordre. 
             "Ce qu'il reste de lumière"
28 novembre 2009 6 28 /11 /novembre /2009 21:09

Les chiens après les chats...

"- Y'a mieux comme sujet, tu ne trouves pas ?
 -  Tant pis ! Tout dépend de l'énonciation. Toujours. Coudre quelques brins de finesse dans sa présence. De ce qu'on triture en soi, sans avoir la sensation de se salir les mains."

Puis c'est pas n'importe quel chien, que diable !
S'agit là d'intelligence de la vision et de ce que les yeux indiquent de pensées, à nous, voyants que nous sommes du symbolique.

Les chiens pèsent lourd dans le chagrin, vous savez.
 
Je te regardais le porter, une petite bête, légèreté de plume, qui dans tes mains pesait des tonnes de douceur.
Comme si son énergie et son mouvement te rendaient dans ta présence à être, toi aussi, dans ton énergie et ton mouvement.

Dans tes mains, ce poids de rien qui s'endort et t'allège...
Je voulais alors le prendre dans mes bras, moi aussi, et c'était comme te prendre, toi, contre moi.
Pas de mièvrerie dans cet amour de chien qui va ailleurs, va voir ailleurs, ancré dans la peine et les viscères,  au creux du ventre !

Alors ton visage sourit.
Comme le chien.
Moi aussi je souris.
Comme le chien.

Une greffe qui nous prend par les sentiments, 
un bout d'oreille, un museau, des yeux qui frisent...

"- L'art est doux, hein, Edouard ?
 - Ben, pourquoi tu dis ça ?
 - Juste pour ça, je le pense !"

27 novembre 2009 5 27 /11 /novembre /2009 19:40

Voyez si l'information est parfois idiote !

"Le moral des Français est en hausse de quatre points."
J'entends cela au Journal sur France 3.
Chouette !

Les banques alimentaires essaient de remplir quelques caddies pour que le mois de décembre ne soit pas trop frisquet pour les pauvres, pour les plus pauvres, de plus en plus nombreux...
La neige tombe doucement dans leur tête, au jour le jour, et le soleil ne la fera pas fondre de sitôt, non.

"Le moral des Français est en hausse !"
Chouette !
Quatre points de bonus de gagnés !
Chouette !

Sur quelle échelle ? Hein ?
Comment on évalue le moral ?
Qui évalue le moral ?
Selon quelle abscisse et quelle ordonnée pour déterminer le point M comme moral sur un axe, dans un espace affine muni de repères cartésiens ?

"Le moral en hausse, quatre points de mieux !"
Les émotions sont dans des cases aux côtés bien lisses.
Tout va bien ! Tout est calme ! La nuit sera douce !
Même les murs n'ont plus d'oreilles.

26 novembre 2009 4 26 /11 /novembre /2009 09:10

Un exercice d'écriture pour "Croqueurs de mots".
La contrainte étant d'écrire un  texte sur l'ascenseur, sans employer les mots ascenseur, monter, escalier, immeuble, cage, étage.



Collée au mur
coincée entre les quatre, 
faite toute petite petite
quand la carcasse a bougé
d'un millimètre,
et c'était déjà trop !
vers les sous-sols,
l'envers des ciels tagués de nuit
de suie de sang,
SOS de parkings
et de voies de garage,
mes pas résonnent,
n'importe comment !
n'importe comment, je te dis,
ensembles vides,
point moins que zéro
pour aller
où ?
26 novembre 2009 4 26 /11 /novembre /2009 01:02

Une bien belle rencontre aujourd'hui.
Savais pas qui allait venir.
Savait pas qui elle allait trouver.
Une aiguille sans fil, en somme, pour coudre le vide ?
Savais son prénom.
Anne.
Une théâtreuse. 
Une comédienne.
Et puis...
Une belle jeune femme qui aime les mots.
Forcément.
Pleine d'humanité,
et de cette part sensible qui se reconnaît tout de suite.
Dans ses photos. Oui, sans doute.
Des reportages à taille humaine, c'est-à-dire à la mesure de l'humain.
Et puis...
... des passerelles "extra-ordinaires" entre nous, pour une rencontre "originale". Pas beaucoup des comme ça.
Jean-Claude, mon frère de coeur, mon pote François...
L'Algérie au coeur du coeur aussi.
Je lui ai montré le film sur les livres de Francis Jeanson.
Tous ses livres. Tous ces livres-là.
Alors...
...Je mets cette vidéo pour ce moment décalé et étonnant.
Une autre vidéo, sur les livres, sur les livres qui menacent, sur les livres qui sont comme des peurs à éviter...
Un petit clip drôle, parce que c'était drôle cette aprem, cette "surprenance" qui rebondissait toujours sur une autre...

L'humour des Deschiens, un absurde qui me plait,
et je regardais ça parfois sur un canal plein de neige à l'écran...

25 novembre 2009 3 25 /11 /novembre /2009 12:52

léo ferré - Rimbaud - le bateau ivre
envoyé par bisonravi1987. - Clip, interview et concert.

Des années, vraiment des années que je n'avais plus écouté "Le bateau ivre" de Rimbaud chanté par Léo Ferré.

Puis voilà que Giulio me demande de faire passer le message
MAKE BRIDGES NOT WALLS ! 
afin que nous soyons des milliers à s'emparer de ces mots, qu'ils prennent sens enfin. Mais nous sommes petits, n'est-ce pas, des millions de petites voix ignorées, jusqu'à peut-être ne l'être plus...
Suffirait de parler plus fort, de chanter plus fort, de crier plus fort...
C'est si simple à édifier, un mur !

Alors, moi, je préfère ici me cramponner aux parapets des ponts, de tous les ponts, même ceux qui n'existent pas, ou pas encore, tous les ponts à inventer qui enjamberaient les mers, les golfes et les fleuves,
"pour nous laisser descendre où on voudrait", nous, les hommes rêvant de nuits vertes, de rousseurs amères de l'amour, d'incroyables Florides. 

Et le bateau voguerait vers l'âme des vieux soleils rougeoyants comme un mur.
Et on traverserait l'orgueil des drapeaux et des flammes.
La mer, sous des ponts suspendus, reliant les peuples et combattante...
L'ignorance vaincue, (vaincue ?) elle qui agence les peurs et le racisme, l'inégalité des terres et des hommes dessus, là où ils sont mal-nés.

Rimbaud, alors, avec le bateau ivre, ivre de son bateau, pouvait bien, seul là, là où je suis, devant l'écran de l'ordinateur, rallier des peuples de colombes et les faire s'envoler dans le grand vent. 
Un souffle de poésie en allé !

MAKE BRIDGES NOT WALLS !
Que tous ceux qui me lisent laissent cette trace sur leur blog, Make bridges not walls !, pour qu'elle voyage, n'importe où sur la Terre, n'importe où...
Merci.
Et alors, il arrive, le Léo !
24 novembre 2009 2 24 /11 /novembre /2009 18:56










Mon Tigrou a été chez le vétérinaire, pétri de peur comme toujours.
Une petite tête qui s'accroche à des yeux connus et amis, à des mains qui le touchent sur le dessus du nez, lui qui couche ses moustaches dans ma paume , tout inquiet, toute douceur, tout soumis à l'homme qui le vaccine.
Pourrait gémir, pleurer, miauler lent... 
D'ailleurs, oui, il gémit, pleure et miaule lent, mon Tigre chat pître, chat mot, tant chat grin.

Finalement, dit, en sa langue, qu'il en a assez, veut pas avoir mal, mais courir sur un toit, oublier les hommes.
Dit, en sa langue, qu'il tremble dedans, de ce qu'il ne sait pas être, cet inconnu qui sent l'éther et la souffrance, une menace absolument menaçante, toute en violence pour sa peau.
Dit quoi d'autre, sinon qu'il a peur.
Que sa peur lui fait peur.
Que la peur de sa peur lui fait peur.
       
Moi, vous voyez, je suis un chat.

23 novembre 2009 1 23 /11 /novembre /2009 20:03











"Un couple, c'est deux solitudes qui s'inclinent l'une devant l'autre."
                                           



J'aime cette phrase de Rilke, avec ce verbe...
"S'incliner".
S'INCLINER, tant d'amour contenu dans ce seul mot.

Rilke, le poète, un moment secrétaire de Rodin, a bien dû se saisir des formes et des courbes, des lignes sensuelles, des reliefs et des creux de la chair.


De la chair qui rêve, qui souffre, qui pleure, qui tremble, qui jouit et fleurit l'autre depuis le socle de son être, dans sa grandeur et sa fragilité.

Ah ! Qu'il y  a de puissance de
la sensibilité et un agencement savant des formes et du mouvement !
Alors...
Alors, Rilke s'est emparé de ces solitudes de marbre, coulées dans la passion et sa troublante "misère".

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