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2 août 2009 7 02 /08 /août /2009 03:01



Sous le manteau
en douce
les yeux ont avalé le monde
chaviré la lumière
du jour
un ciel autre
une muraille passée 
farine sur la peau
des mains à présent
30 juillet 2009 4 30 /07 /juillet /2009 23:46


Regarde !



"Ces" grands bras    ne s'imaginent pas sans le corps qui     les constitue et les signifie à l'extrême  (le corps étant le prolongement des bras), et pourtant      je ne connais pas    
de bras plus intensément, plus expressément bras que ceux-là.
                                                               Propos de Jean Genet sur "lhomme qui marche" de Giacometti

30 juillet 2009 4 30 /07 /juillet /2009 03:54


Je suis une comptable. Pas des moutons en cas d'insomnie, non, non !
Je compte mes jours.
Depuis combien de temps ai-je contracté ce virus ? Je ne sais plus le dire. C'est trop loin, trop ancien. Un jour de vacances d'été, c'est sûr. Une sidération m'a envahie, je me souviens : J'étais vivante depuis... Je bougeais depuis... Je pensais depuis... Un épuisement de la vie, on pourrait dire.

C'est devenu non plus un compte, mais une sorte de décompte.
"Prendre les choses à l'envers. A rebrousse-poil", je me suis dit.

Compter. Comme les enfants qui disent le savoir jusqu'à cent, puis jusqu'à mille... et qui en sont fiers de cet empilement des chiffres mis en ordre. Un plus un, plus un, plus un... Les instits ont observé la difficulté du "plus un", le sens confus du "plus un". Compter, rien de plus simple ! Mais que fait-on au juste lorsque l'on colle les nombres les uns à la suite des autres ? Et là, pour les mômes, ça se complique toujours, l'analyse de la chaîne numérique rechigne à apparaître. La répétition, oui, mais le sens fait souvent la malle. Comme si l'acte d'ajouter n'existait pas, et que ce "un" demeurait indépendant de "moi" qui ne fait rien, n'agit pas, ne vit pas.

Moi, je compte, un plus un plus un plus plus... Et ça devient effrayant. Compter ne sécurise pas. Les mômes sont sans doute effrayés de la découverte du plus comme un bonus. Ils comptent et pourtant "ça" compte sans eux qui comptent, jusqu'à cent, jusqu'à mille et en sont fiers et effrayés. Moi aussi.
Tant de jours, déjà, sans savoir. 
Où s'en vont-ils ces jours ? Où sont-ils partis ? Dans quels trous certains se sont perdus à jamais ? Et pourtant j'étais là.

Alors je prends le compte à l'envers, à rebrousse-poil. 
Non plus considérer les jours tenus, vaille que vaille, mais ceux à tenir, vaille que vaille.
Encore combien de jours ? Combien de serrements de coeur ? Combien de larmes ? Combien d'enlacements ? De baisers ?
Est-ce que c'est écrit quelque part, dans un livre ?
J'entends des chuchotements qui disent que ça n'importe pas, que cela est un peu vain, une idiotie supplémentaire... N'empêche !
Une donnée sur l'organisateur du Temps. 
Je l'ouvre. 18 095 jours. Je ne sais pas ce que ça veut dire. Mais ça pousse devant, dans l'inconnu de soi,  s'en va plus loin et je ne sais pas où ça finit. Une idée que j'aime bien.
Dans la foule humaine, une passante. Un personnage de roman. J'écris ma vie en même temps qu'elle m'invente, plus que moi-même parfois, tant on est rattrapé par des émotions qui débordent. Le pire qui cotoie le meilleur et l' édifie.
Des mots qui n'en finissent pas tourner sur leur axe.
Ou un phare posé sur la mer et qui bouge.
Emporte.
Emporte mes regards aux quatre coins de l'horizon, pour se fixer sur une petite guirlande multicolore sans grands éclats... Une merveille pourtant.

Savoir avec terreur que les ampoules colorées claqueront comme des langues dans une bouche trop sèche... Pas passer outre ce qui est, pour pousser la vie et calmer un peu cette foutue lucidité de ce qui sera. 
Alors, l'expression populaire que j'ai entendue trop souvent trouvera enfin son règne, celle qui faisait commençait bien des phrases par : "En fin de compte,... " et ça expliquait tout. Y'avait plus rien à dire.
Quand n'aurais-je plus rien à dire ?
Quand le décide-t-on ?
A l'envers, le Temps a plus d'amplitude.
La terreur du mal qui prendra l'autre, l'aimé, l'ami, en a une aussi. Infernale. Suffocante.
Ce mal qui a déjà tout pris.
Y'a plus qu'à finir le travail du fil aussi fin qu'un cheveu qui tient encore la vie. De la terre jusqu'au ciel...

26 juillet 2009 7 26 /07 /juillet /2009 11:01




Ben oui, c'est comme ça, l'émotion qui vous prend et vous colle :

Une petite fille, ma soeur, des larmes dans ses mots.
Des bras à serrer le monde entier quand le monde entier serre le ventre.
Une poignée d'orage dans la gorge.

Un café rudement bon, le cendrier ? "tiens, il est là, pour ta cigarette !" et autant dire "pour toi !".

Puis ce qui passe d'essentiel, qui ne se nomme pas.
Se tient dans les yeux. Dans les gestes.
Et qui reste là, à flotter, une chaleur dans la chaleur du jour, 2h de l'après-midi.

Toi, l'ami, tu te lèves.
...Et Bashung frissonne sa voix cassée.
Sûrement pas un hasard pour toi, Bashung et sa voix cassée, une rocaille dont l'équilibre avait été rompu en si peu de temps...


24 juillet 2009 5 24 /07 /juillet /2009 21:25



La fatigue envahit parfois tout le corps, jusqu'aux ongles et aux cheveux.
Elle est une malédiction, alors.
L'énergie fout le camp et les heures ont des mollesses de loukoum. Beurk !

Prendre un livre, saisir quelques phrases, penser à toi qui..., se doper de quelques pépites lumineuses.
Trouver une lampe dans les mots, "arriver" à quelque chose ou à rien, penser dans un brouillard et accepter la nébuleuse de ne pas préciser tout tout le temps à tout prix.


Se dire que cette journée est ordinaire finalement, trop.
Se requinquer quand même de cette phrase de Colette :
"Eliminer le banal, ce n'est pas mon affaire, puisque, la plupart du temps, c'est l'ordinaire qui me pique et me vivifie."

Et écouter Zazie, une chanson sur l'ordinaire aussi, un "J'arrive" tiré dans tous les sens. Parce que je le voudrais bien, absolument, arriver à...
21 juillet 2009 2 21 /07 /juillet /2009 15:15






Je rêve d'écrire sur un fil.  
Sur le fil des mots, oui. 
Puis réellement sur un fil, bout de ficelle, en chanvre, une corde.

Un fil.
Un fil à terre duquel il faudrait prendre soin. Parce qu'on pourrait s'y prendre les pieds.
La chute sans cesse possible. Tomber au fond du fil comme dans un trou... L'étoile dans un trou. Aragon en parle de cette étoile. Est-ce la même ?

 

La chute viendra, c'est certain. C'est à peu près certain. Un mouvement dont on prend conscience peu à peu.
La distance entre la chute et soi ne peut que se réduire. 
La longueur qui nous en sépare se divise toute seule, y'a presque rien à faire. Le mouvement est un déséquilibre contenu. Et ça déraille. Ca met du temps, peut-être... Mais ça déraille. L'équilibre veut son contraire, aller là-bas, en quelque sorte, où la corde lisse ne l'est plus. Où les noeuds apparaîssent enfin. On n'est pas dupe du fil ! 

 L'essentiel contenu dans un bout de ficelle, un espace délimité, un territoire offert à arpenter, des pas possibles derrière d'autres possibles, des arrêts soutendus par une pensée, pensée pleine et vide, vide, tellement vide parfois, mais qui est là quand même, dont on ne se départit pas. On ne se défait jamais de la pensée, même vide. La pensée vide est un signe. Elle prévient d'un état à venir un peu étrange et douloureux. Pas le vide pour le vide.

J'écoute d'une oreille un film dont je ne vois pas les images. "Changement d'adresse". M'a pas l'air très bon. Des dialogues flottent.

"- Elle n'a jamais manqué de rien !" Je vous assure, dit la mère. 
 - De rien, vous êtes sûre ?
 - A la voir, on dirait un ange, vous voyez, un corps étranger."

Ben non, rien ne manque. Rien. La bonté du corps étranger est une enveloppe à déchirer.
Un fil à tordre, à soulever doucement pour passer dessous.
Une ligne d'horizon à traverser.
Un fil tendu sur lequel l'ange disparaît. Pouf ! Ailleurs, parti, oublié.
La rugueuse tendresse de la famille inoubliable ! Je pense à Fritz ZornMars aux éditions Gallimard. Savait lui !
 Le fil tendu comme fil de fer, tellement qu'on voudrait une autre forme, modeler ce qui ne se peut pas, une rigidité plus dure que tout, un non-recevoir du dessin et des lignes.
Attention au fil, ma fille ! Attention au fil !

"- Elle a eu le nécessaire. Y'a ici le nécessaire, vous savez !
"- Vous croyez. Oui, vous avez raison, y'a le nécessaire."

Le fil  (Mince, j'ai failli... Putain de fil ! ) que je ne ramasse pas. Le choix de le faire disparaître ? Non. Se peut pas. Fait partie de la donne humaine.

Au lieu de se dire bonjour, "Comment ça va ?" et aucune réponse n'est jamais attendue à ce qui n'est que ponctuation de langage, on pourrait tout aussi bien demander des nouvelles du fil " Tu t'arranges comment, toi ?
Comment tu fais avec ton fil ?"

Je serais alors bien obligée de répondre que je le regarde, que je le pousse du pied, qu'il m'a fait devenir ce que je suis, ligotée comme tous, un peu plus à me débattre peut-être, que je sais cela et que savoir cela ne résoud rien, qu'un désir de vivre peut s'étioler et renaître, qu'on devient fou dans le territoire restreint de la figure géométrique du fil, qu'il faut savoir se sauver et courir vite, vite quand on a du souffle et de l'endurance. Et aucune honte à ressentir ce point de côté qui ralentit la course. Stop !
Est-on jamais sûre d'avoir passé la ligne de "démarcation" ?
La ligne de démarcation existe-t-elle en vrai ? On s'épuiserait peut-être pour que dalle. J'ai souvent eu le sentiment de n'avoir pas de prises et que les mains s'écorchent et saignent. Tellement beau, une main à cause de ça !
On demeure dans ses limites humaines, en élargissant les côtes, en gonflant les poumons, pour sentir le vent du large et observer ce qui est beau et grand et immense.
On veut aimer comme ça. Pareil. 
Donner du sens au non-sens du fil, de tous les fils, avec des mots. Et des émotions à parer le monde et l'autre, à éprouver.
Etre une personne convenable, en somme.
Ce ne serait déjà pas si mal ! 
"C'est un rêve modeste et fou
Il aurait mieux valu le taire
Vous me mettrez avec en terre
Comme une étoile au fond d'un trou."


Attention au fil, ma fille ! Attention au fil !

20 juillet 2009 1 20 /07 /juillet /2009 20:15






Souad Massi me prend toujours par les mains et le ventre.
Une mélancolie coule de ses mots. 
Mélodie, mélodie... La nuit parfois. Ou une espérance.

Parce que ce qui désespère est comme une illumination au coeur.
Paradoxe, paradoxe... Composer avec ça le plus souvent. Toujours serait mieux dire.

On se souvient de Lavilliers chantant cette chanson ; celui qui l'accompagnait accompagne aussi Souad Massi ici.
Incantation de la liberté à conquérir, pour les autres et soi-même. Contre les équarrisseurs. 

"J'entends battre ton coeur..."
 
19 juillet 2009 7 19 /07 /juillet /2009 14:37



http://www.dailymotion.com/video/x9qj84_brigitte-giraud-desespoir-amoureux_creation

http://www.dailymotion.com/video/x9qj84_brigitte-giraud-desespoir-amoureux_creation


La lettre d'une amie de loin et de longtemps.
Elle habite en Guadeloupe, Michèle.
Pas la porte à côté, y'a la mer à traverser, de grandes étendues de terre, des montagnes, des forêts et des mangroves, des routes à suivre.
Les mots de sa lettre ont fait tout ce chemin.
Un étonnement rien qu'à y penser, une émotion à imaginer ces terres, ces montagnes, ces forêts et ces mangroves, toutes ces routes...
Un long ruban déroulé de Gosier, près de Pointe-à-Pitre, jusqu'ici à Bordeaux.
Et quels mots ! 
Je trouve toute la sensibilité d'un être que je connais, reconnais là et son regard ouvert sur l'autre et le monde. 

Je recopie les dernières phrases :
"Tu sais bien que nous ne sommes pas capables d'objectivité... L'objectivité... Je t'ai déjà dit cela. Mais tu as un statut que tu n'ignores pas. Est-ce que tu m'as déjà dit comment tu ressentais cela ?
Il fait très beau. Rémy m'a installé un matelas sur l'eau, je vais essayer de m'y prélasser sans penser à rien. Juste regarder le ciel.
Je te serre très fort"

Je me souviens de nos conversations sur la subjectivité et le relatif. Ce qui nous intéressait bien davantage, l'être pensant en lien avec le réel, en quelque sorte cela, pour nous, voulait dire "qui je suis moi qui regarde le monde, dans l'émotion qui me fonde et la conscience que je suis".

Alors, à ce moment-là, on peut cliquer sur le lien, plus haut sur la page, à l'écoute de quelques femmes dont je me fais l'écho.



 
16 juillet 2009 4 16 /07 /juillet /2009 18:40

La journée est lumineuse. Des plages de temps où les heures sont du sable qui s'écoule lentement entre les doigts. Sur la peau, quelques grains blonds et chauds s'accrochent quand même, qui seront dans la mémoire, après.



Une mélancolie s'échappe des objets, d'une cigarette qui n'a pas fini de s'éteindre dans le petit cendrier jaune, du café italien vivalto ou cappriccio, (avec un corps d'une intensité persistante et durable ou une note boisée de cacao), du bruit des feuilles des arbres dehors.

Un moment étrange et tellement ordinaire ! 
La lumière, une mélancolie. 
Une activité immobile et pourtant pleine.
Je me laisse aller à ces heures.
Et je peux alors rester longtemps, assise sur le canapé.
Je ne possède pas de philosophie où loger ce temps-là, à prendre par fragments, par petites lampées délicates, pour le tenir dans son entier.  
Ne pas déranger ce qui circule dans l'air en somme.

Des instants balthusiens.
Balthasar Klossowski de Rola dit balthus né en 1908. Un peintre du rêve et du cauchemar, de l'inconscient qui les hante.
Des instants comme ça, vous voyez, à la Balthus.
A cause du silence qui emplit l'espace.
Un drôle de silence. Un flottement plutôt.
Et un chat qui veille.

Un monde contenu dans le monde, mais toujours rendu à son intimité.
 

14 juillet 2009 2 14 /07 /juillet /2009 16:19
Est-ce que les livres disparaissent, un jour, comme les êtres ?
 
Je cherche un livre dans la bibliothèque et je ne trouve
pas. Sûr que je l'avais prêté ce livre "Le temps où nous chantions", chef-d'oeuvre de Powers, (au moment des élections américaines et cela tombait à pic cette belle rythmique littéraire !), sûr que Jean-Claude me l'a rendu. Alors il est passé où ? Dans quel trou est-il tombé ? Je me dis que peut-être, quand on a vraiment été habité par une écriture, eh bien on la porte en soi, pour toujours. Le livre peut alors choisir, lui, de disparaître. Un jour de reparaître, sur sa volonté encore. Comme la sculpture de Giacometti, un chien fantastique dissimulé sous une table et tout recouvert de plâtre sur lequel un visiteur avait buté. Giacometti l'avait oublié là, ce chien famélique, et il avait considéré que son heure de naissance en quelque sorte était arrivée. Le chien surgissait des gravats parce qu'il le voulait bien.
Il en serait pareil des livres, des êtres. Une présence dans l'absence.
Si mon ami part quelques jours, peu importe, il est avec moi. Les êtres aimés restent toujours dans mes poches.
Des présences. Des absences légères ou qui pèsent des tonnes, et des clignotants s'allument au fond de moi.
Parfois, se fabriquent pourtant des espaces creux, des nécessités du rien. Pour que je respire. Et c'est comme une absence en moi.
Que je ne débrouille pas bien. Pas si bien que ça, non.

Je cherche ce livre.
Je ne le trouve pas.
Je m'agace quand je m'invente une histoire de disparition volontaire plutôt plaisante.

Des tissus de contradictions que je provoque, oui. Qui titillent les questionnements auxquels je ne sais pas répondre et auxquels je devrais peut-être savoir... Ce qui est bon, souhaitable, tenable, risquable pour peser le pour et le contre.  Pour quoi ? Contre quoi ? Pour soi et contre soi. Sans doute.
Que faire de ces instants où le rien l'emporte ? Une absence à soi-même en somme, en décalé. Qui bizarrement rend plus présent le monde extérieur : un tram qui passe, le baillement du chat, le ronronnement du sèche-linge...  Des présences du vivant indéniables. 
Considérer les manques du raisonnement, les miens.
Je saisis des moments d'émotion et d'expériences humaines. Dans les êtres. Dans les livres, même les introuvables, allez ! En attente. 

Je ne trouverai pas le livre aujourd'hui. 
Faudrait du rangement dans la bibliothèque où les livres bougent et j'ai trop d'opacité dans le regard. 
A suivre...
 


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