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12 juillet 2009 7 12 /07 /juillet /2009 21:01

 




Je me souviens d'un homme. Un vieil homme en bonnet. Mon père.
Je connais un vieux monsieur fatigué de sa fatigue. Un penseur qui voudrait bien peut-être ne plus penser.
Tous les vieux se ressemblent, finissent par se ressembler. Une transparence du regard pousse leurs yeux plus loin dans le paysage.
Ils ne regardent plus, ils voient.
Les pièces du puzzle qui constituaient leur vie leurs offrent d'autres images, pour eux seuls. O
n ne peut qu'être à côté.

C'est que l'hologramme commence alors à se fissurer.
La vieillesse est une vilaine compagne parfois.

"J'ai, disait Claude Levi-Strauss qui fêtera ces 101 ans, le sentiment d'être comme un hologramme brisé. Cet hologramme ne possède plus son unité entière et cependant chaque partie conserve une image et une représentation complète du tout. Ainsi y a-t-il aujourd'hui pour moi un réel qui n'est plus que le quart ou la moitié d'un homme, et un moi virtuel qui conserve encore vive une idée du tout. Ma vie se déroule à présent  dans ce dialogue très étrange. Je sais bien que le moi réel continue de fondre jusqu'à la dissolution ultime, mais à vous, merci de me donner le sentiment, pour un instant, qu'il en est autrement."

11 juillet 2009 6 11 /07 /juillet /2009 19:46

On me dit qu'on n'écrit pas un blog pour faire de la littérature...
Certes, cependant dès qu'il s'agit d'énonciation, mieux vaut que la forme y soit et que la langue ne reste pas dans le fossé du tout venant des mots.
Puis enfin, derrière un mot s'en tient toujours un autre qui va creuser l'idée et dévoiler sa texture.
L'image n'apparaît pas tout de suite dans le bain du révélateur. On aperçoit d'abord une ombre, de loin. On prend garde. On est vigilant. On croit que "la chose" est stabilisée, mais on se trompe.
La pensée à l'oeuvre suit un chemin. Jamais fini. La route ne s'achève pas, un ruban déroulé infiniment, au fil des émotions, des angoisses, des fatigues, des murs et de l'immensité de ce qu'on sait et de ce qu'on ignore.
Des "pourquoi ?" toujours, et tellement de doutes dans ma tour d'orgueil.
En avance ou en retard sur le monde.

"En littérature, on progresse à l'ancienneté". J'aime bien cette phrase de Julien Gracq. J'ai oublié d'où je la puise, mais je l'aime bien.

Une pensée, un raccord, un rajout, un trébuchement de la pensée...
Au bout d'un questionnement, c'est une porte qui s'ouvre encore. Gigognes les portes. Et très visuelles. Dans ma tête, j'imagine des portes fermées... à ouvrir.
Un couloir infernal.
Sans fin, les portes, et les questions... La pensée ne sait pas de repos.
Et ça continue d'avancer, en nous, en moi.
Peu importe l'issue du trajet.
Parce que pour l'essentiel, au bout du bout,
et au bout du monde,
on sait bien ce qu'il en sera !

10 juillet 2009 5 10 /07 /juillet /2009 20:04



Jardin public
Calme et quiétude d'un jardin où des enfants batifolent
Terrasse d'un café où mon ami croit voir Georges Chelon
Camionnette de la police
Passants qui jogginguent
Arbres centenaires
Amoureux qui se quitteront bientôt et ne le savent pas encore
Camionnette de la police
Pelouse tondue de frais
Escaliers où on s'assoit
Pigeons extravagants
Rosa Bonheur qui n'a pas été toujours heureuse assise sur son socle
Ballon qui roule échappé d'une main, mais laquelle ?
Mains qui se tiennent
Ciel languissant
Camionnette de la police qui refait un tour
Bouches qui articulent des mots que je ne saisis pas
Jeunes torse nu
Petite fille qui escalade les escaliers comme un petit cabri imprudent
Peur et vigilance de mon ami
Camionnette de la police arrêtée près du groupe des jeunes indolents un jour de soleil tardif
Fouille des jeunes indolents un jour de soleil tardif qui se laissent faire
Rosa Bonheur ne la ramène pas !
Amoureux qui, eux, s'aimeront toujours
Magnolia qui rappelle un livre
Couple de vieux dont la vieille tangue sur sa canne
Mains accordées
Oeil de biche et noisettes
Ecureuils en amour
Camionnette de la police qui s'éloigne des jeunes indolents, le soleil tangue comme la vieille
Ecureuils ici, au jardin public ? Et pas d'étonnement pour autant
Fleur de magnolia que je sens pour la première fois
Feuilles qu'on croirait frottées à la cire d'abeille
Parchemin où écrire quoi ?
Ecureuils qui se sauveront s'ils le veulent
Supposé Georges Chelon se lève de sa chaise pour aller sans doute aux toilettes
Rosa Bonheur ne voit ni Georges Chelon ni les écureuils qui, eux, la voit
Chewing-gum à la fraise
Georges Chelon est soulagé, il sourit
Porte du jardin

Les écureuils sont dans la ville,
soit par là, soit par ici.
En apesanteur.
En déséquilibre.
Mais là.



Merci à Clarinesse à qui j'ai emprunté le titre de cet article, inversant les mots.
 






9 juillet 2009 4 09 /07 /juillet /2009 12:36

Du temps qui passe...
Un jour un autre moment a lieu.
Une main dans la mienne, un peu fraîche, abandonnée aux doigts.







Une vie par un fil qui tient. Un fil puis un autre.
Et quelque chose avance dont on sait bien quoi il tourne et retourne.
La peur ? Peut-être la peur, je ne sais pas.
Une paix. Comme mon père la voulait quand il ne voulait plus rien et que tout était fatigue.
Serrement et resserrement.
Deux mouvements en un seul qui s'accompagnent. Qui s'accomplissent.
Une main tenue pour retenir du chaud.
7 juillet 2009 2 07 /07 /juillet /2009 22:01




Après la pensée qui passe par les mains comme une pâte à modeler les heures (voir l'article d'hier), voilà que je malaxe cette idée entendue il y a peu : écrit-on avec la tête ou avec le corps ? A cette question, j'ai tout de suite envie de répondre qu'on écrit avec un stylo, pointe bic pour ma part.
Pourquoi cette dissection de l'être, assis à une table, une feuille devant lui.

Je me souviens de cette phrase de Kafka, notée dans mon calepin :
"Ecrire, c'est sauter en-dehors de la rangée des assassins", voilà qui me va !

Osciller entre la banalité du quotidien et l'émotion la plus extrême.
Sans grandiloquence, sans lyrisme, non pas ça, pas besoin de ça, les mots !
Des sensations et des regards montent à la surface de la page, qui n'ont pas beaucoup d'espace dans l'ordinaire des jours : un geste, un silence, un instant tout petit petit, vous voyez, qui vient fouiller la langue.
Donner la parole aux mots en quelque sorte, qu'ils échappent, à soi et au convenu, autonomes  qu'ils seraient les mots.
Des mots immenses, traversant les miroirs imaginables qui laisseraient la langue agir et réagir.
Dans tous les sens.
Un regard phénoménal porté par l'écriture sur l'humain, incarné, une matière aussi pauvre qu'elle est follement ambitieuse et élevée contre tout ce qui lamine les hommes et la pensée.
Faire ce qu'il m'est possible de faire, dans l'espace que j'occupe.



6 juillet 2009 1 06 /07 /juillet /2009 23:17

Peut-être sommes-nous des hérissons, de cette famille-là ?
La pensée se tient dans la cervelle, croit-on.
Sur la peau, je la vois parfois qui frémit et tremble. Elle se tient à fleur d'épiderme quand dessous ça vibre, ça pleure, ça vacille.
"ça", ce quelque chose innommable comme une petite tristesse, une peur soudaine pour un rien. Un rien qui parle.
Alors la pensée peut bien se glisser dans un pli, dans le peaucier du front, un mouvement de la main.
 
Penser avec les mains.
Je pense aussi avec les mains, oui.
L'imaginaire contenu dans leur corolle, vous comprenez.
Un secret revenu qu'on garde au creux des paumes.
La pensée qui a des ongles et des épines.
Et puis ses ronronnements infinis ouverts au quatre coins du monde, son bruissement, ses grandeurs inouïes.

Mes mains sont balbutiantes, avec leurs lignes de guingois, des méandres que je ne sais pas lire. Comme une pensée en chemin sans borne d'arrivée.  Parce qu'on n'arrive jamais.
On tombe seulement un jour. A pic. Un hérisson dans les phares d'une voiture. C'est tout noir.

Les gestes, alors...
Ecouter tes mains de paille ou de coton.
Leo Ferré, la tête dans les paumes, (mon Dieu, ce mouvement indéniable !) a des poètes de sept ans et des sources magiques qui agitent des grelots d'émotion... L'homme qui pousse sa cigarette au bout des doigts....  La main qui se tend au lit du ciel et saisit des nuages...
Et on est pris, dans l'Idée, larguée de l'autre côté du langage.
Les points cardinaux de la pensée se mélangent.
Articulent autrement ses mots et des images.

Je dis que je pense avec mes mains, que je n'aime pas la ligne droite et toutes les autoroutes où les hérissons pleurent. 

5 juillet 2009 7 05 /07 /juillet /2009 23:59
Dans ma tête, quelques notes et des mots...

...qui dansent sur un fil. Depuis longtemps. Quand donc après tout ai-je écrit ça ? Je ne sais plus. Dix ans peut-être. Un peu plus. Allez savoir ! Tracer des signes sur une feuille de papier, former des mots, des phrases... Trouver des raisons de tenir, de se tenir à la corde du temps qui tricote parfois ses lourdeurs et ses bulles de silence, quand je suis vissée au sol de l'ordinaire.
"Surprendre une sensibilité amie dans une manière d'exister, d'être là, quoi qu'il advienne", je me dis ça.
Un regard surtout.
Oui, un regard.
Le tien.

Voilà ce que sera ce blog, ce qu'il pourrait être, au vent de mon chemin.


Quand à la marelle, elle
Joue,
De la vie, de la mort, elle
Se fout.

Comme c'est à chacun son tour,
N'en déplaise aux hirondelles !
D'un coup de son aile glamour,
De pousser sa pierre au ciel.

Humaine et naufragée,

Evasive, elle s'évade
Du monde. En poésie,
Elle s'évanouit, vague
A l'âme et compagnie,

Humaine et naufragée.

Dans sa main, la pépite
Assure le paradis,
Mais le bout de granit
N'est que pure comédie

Humaine et naufragée.

Humaine et naufragée !
Elle vacille sur sa jambe,
Le monde va bouger.
Terre et ciel, infinis,
Des ombres mélangées...

A la marelle, elle
Joue.
De la vie, de la mort, elle
Se fout.

5 juillet 2009 7 05 /07 /juillet /2009 23:54

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