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28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 21:00

                                                                                       Photo | Lionel le Néouanic

Lionel-le-Neouanic-006.JPG

 

C'est qu'alors l'horizon est informe

et le temps immobile. 

Ne pas chanter le temps moribond

au point mort du futur !

On est dans la maison

suspendues à un point de croix.

Le temps de la vie

et le poids du temps

nous ligotent.

Published by brigitte giraud - dans Mémoire vive
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28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 16:30

Je ne connaissais pas Marcel Moreau. Les lectures, vous voyez, servent à ça : faire circuler les mots et les textes,  donner envie de découvrir des écritures. Et moi, ça m'a donné envie, oui.

Marcel Moreau est un "torturé". Vous me direz que l'adjectif qualifie tas de poètesMARCEL-MOREAU-2.jpg ! Je n'en connais pas un seul, pas un seul, qui ne le soit pas. Mais Marcel Moreau a le torturé qui passe mal. Il est toujours à peu près inconnu, comme si personne n'osait se brûler à ses mots. Maurice Nadeau lui-même l'a refusé à la Quinzaine Littéraire, alors quand même... Ca intrigue !

Daniel Crumb raconte que Marcel Moreau écrit sur de grandes feuilles, et que ses mots forment des sortes de grands croissants de lune, des manuscrits/dessins originaux qu'il finit par offrir à ses amis. Et ces dessins, comme des partitions musicales, deviennent des livres, une bonne cinquantaine à son actif. Les grands tourments intérieurs n'en ont pas fini de le dévorer. Il est toujours bien vivant, Marcel Moreau, avec cette force de vie qui permet de parler de la mort et de l'apprivoiser. Enfin quelque chose comme ça...

 

 

 

 

 

 

27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 18:22

La boîte continue de jouer.

Cette fois, c'est le comédien et metteur en scène, mon pote  François Mauget  qui évoque l'écrivain Louis Calaferte. Il lit d'abord un texte, extrait de "Septentrion", puis il raconte l'homme, l'écrivain et sa part maudite, la censure qui le nargue, mais pas autant que lui, et les ressorts vivants qui vibrent toujours autour de Calaferte. 

 

La boîte à jouer, suite. En attendant...

 

 

 

 

26 mai 2013 7 26 /05 /mai /2013 12:00

16 mai dernier. "La boîte à jouer" accueillait François Mauget et DPirotte3.jpganiel Crumb pour une évocation/lecture de leurs rencontres. Rencontres de poètes, ben oui, tant le temps passe et que les voix demeurent, même celles de ceux qui sont  vivants !

La poésie est aussi affaire de vie et d'ici, de maintenant, d'aujourd'hui et d'ailleurs. Poésie d'êtres en exil de leur terre, en exil tout court, un exil d'eux-mêmes parfois, des déracinés volontaires ou non, (volontaire, c'était le cas pour Pirotte !).

Donc, Daniel Crumb évoque ici sa rencontre Jean-Claude Pirotte, prix Goncourt de la poésie 2012, s'il vous plaît !

Faut dire que sa poésie me plaît, pauvre et pas tant, pauvre et pourtant, pauvre et charnelle,  quelque chose de la "séparation" toujours présente, et des pirouettes sur la langue, comme la vie qui en fait des tonnes, des pirouettes et des séparations.

Puis, dans la chute du poème, (une chute à venir on sait bien), une part si large pour l'émotion qui chahute les hommes, en rage et en solitude.

 

 

 

 

23 mai 2013 4 23 /05 /mai /2013 18:36

Le Métèque est mort et ça me fait peine. J'ai grandi avec lui, il m'y a aidée. Lui aussi.

Liberté était un mot noble dans sa bouche. J'étais toute petite, et je savais qu'il y avait des mots perles rares, comme celui-là,  grâce à lui. A lui aussi. Georges Moustaki a participé à mon apprentissage de la noblesse des mots.  Liberté. C'était avant Camus. Très largement avant. Il pleut. Même si je l'ai un peu abandonné par la suite, lui et ses chansons, pas le chemin. Je retiens de lui ce mot. Peux pas faire autrement. C'était tellement mélodieux ! Ca l'est toujours et ceux d'amour, de bonheur permanent  et de révolution

Je ne sais pas de mot plus difficile que celui-là. Liberté. Responsabilité de sa liberté. Des mots ? Pas que des mots et de la musique autour ! Tout le monde en est fascinés.  Et tout le monde est piégé, se piège, n'y entend rien. Presque tout le monde. Liberté. On la reprend en coeur et on l'emprisonne, oui, il bien raison Moustaki. De plus en plus. Plus on vieillit, et plus on la massacre, on dirait.

 Georges Moutaki, aujourd'hui qu'il est mort, me "ramène" encore, éloigne des infos et de la bêtise. De l'humain brutal et brutalisé, de l'inessentiel, quoi ! Une   nostalgie me prend. Il pleut toujours.


 

 

 

 

 

 

Published by brigitte giraud - dans Mémoire vive
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22 mai 2013 3 22 /05 /mai /2013 01:00

Je me souviens que pendant longtemps je peinais sur la prononciation du mot "pratique" et du prénom "Patrick".

 

Je m'arrête sur cette phrase.

C'est du Perec, ces "je me souviens" illustres. N'empêche, il fait mouche ! Patrick est tombé dans l'escalier. C'est sans doute pour ça.  Il a trébuché sur lui-même, comme parfois la langue trébuche, elle aussi.  Ce qui se rappelle à nous. Les renversements ne sont jamais loin... On est atterrés par la langue, là, mis à terre, par terre, c'est tout comme.

Le mot "mouche" par exemple, est un mot valise à lui tomoucharabieh.jpgut seul, il transporte ses souvenirs et son histoire : mon père parlait de "mouches à miel",  qui nous faisaient rire. Pour moi, en ce temps-là, ses lèvres disaient  "mouchamiel", d'un trait, d'un souffle. Un mot comme une arabesque sur un balcon à moucharabieh.     Mon père inventait toujours des mots, rien qu'à lui, rien qu'à nous, alors...   Je pouvais bien m'en faire une idée de ce dessin qui sortait de sa bouche ! Comment aurais-je pu savoir que  les apiculteurs parlent de mouches à miel, pour désigner aimablement les abeilles dans leur palais ?

Plus tard, j'ai mieux regardé les photos de Marilyn, et sa mouche, sur le côté de la joue, qu'elle se dessinait au crayon, pour ajouter à son visage de la dolce vita, sensualité tournée et retournée dans tous les sens et qui prenait bien.

La "Dolce vita", une fontaine au milieu d'une place, de l'eau pour le cou qui coule toujours, un chat égaré. Et puis cette tonne d'amour qui ne veut pas dormir...

Il est tard. Il y a un bol pour du lait, et du lait pour le bol.

Les rues sont vides. Une sidération !

 

Le coeur parle et dit : "ça m'appelle".  J'entendrais tout aussi bien : "ça me plaît".

 

 

 

 

Published by brigitte giraud - dans Mémoire vive
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20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 04:20

bacon

 

 

 

 

"Sang sur le sol"

huile et pastel sur toile

198 x 147,5 cm

coll. de l'artiste

 

 

 

 

François Mauget et Daniel Crumb présentaient l'autre soir une esquisse de spectacle : "On est tous des moutons".

"On est tous des moutons", ou "On n'est pas des moutons", à vrai dire je ne sais plus bien. Mais nous voilà dans une sorte de bergerie à textes avec des moutons à plumes.

Depuis des années de rencontres avec des poètes, il s'en était tissé des histoires !  Histoires de mots et de vie. Ce qui arrive entre des êtres amoureux de lignes et de livres, qui se suivent de loin en loin. Comme de bons moutons, des animaux écrivants, pensants et disants, des  bêtes émotives qui ne se prennent pas le chou, mais le partagent.

Cela a commencé drôlement, vous me direz.

Quelqu'un du public tirait un papier sur lequel était inscrit un nom. Et c'est Francis Bacon qui est sorti de la mangeoire. Pour un écrivain, on pouvait penser à pire !

C'est Daniel Crumb qui s'y est collé. Une idée à lui, vu qu'il avait rencontré le peintre un jour de nuit. Crise d'asthme pour l'un, crise conjugale pour l'autre. Alors il a tout pris en lui, et il a ouvert les yeux. S'est dit sans doute qu'il ne devrait rien oublier, que chaque détail avait son importance. Enfin, une importance dont il ne savait peut-être rien au juste. Il savait seulement qu'il n'était pas n'importe où, ni devant n'importe quel mouton à cinq pattes.

Plus tard, il a écrit des textes d'après des toiles de Francis Bacon. En voici un.

 

 

 

 

 

19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 18:12

Quelque chose t'avertit que les rideaux tombent très lourd sur le carrelage.

Tes pieds ont froid.

Dites pas que les souliers ont envie de glaise !

Le temps passe son ombre sous les portes.

Tu fais exprès du bruit avec la chaise.

Tu attends sa réaction.

Et rien n'arrive.

 

Puis.

Le ciel, encore,  pleut,

jaillit sombre à la renverse.

Quoi faire du feu,

quand tu découvres un coeur de cendre

à vif

au milieu des mots ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 
18 mai 2013 6 18 /05 /mai /2013 22:44

Le quartier change, bouge, titube. Rien n'est là, mais tout est déjà en place. Les vue-imprenable.jpgbâtisses ont des os, des tubulures, des gaines et des drains.

La Garonne, depuis son lit, ne prête aucune alcôve, elle attend que les rats d'eau la draguent.

Les fenêtres seront montées demain, bientôt, et les yeux encore bétonnés irisent une imaginaire pupille de verre. La pluie fait loupe. Le ciel est plus grand, les rues plus longues. Les jambes des passants ont des peines de colosse. Ne savent pas s'il serait plus juste d'accélérer l'allure ou de ralentir la marche. Tranchent pas dans le vif du ciment.

On passe, comme pris en faute. Une sorte d'étau sur un établi qui n'est pas à nous.

Puis, après tout ce long corps de rue,  on arrive côté sud du chantier. On ne sait s'il commence ici ou s'il finit là. On suppose qu'une idée un jour a germé précisément à cet endroit, près de l'écluse. A cause des panneaux qui invitent à l'achat des appartements foetus.

"Avec vue imprenable sur les bassins à flot". Comment lire le discours ? Si la vue est imprenable, à quoi bon la prendre, et qui donc le voudrait ? A moins qu'il ne faille entendre l'impossible vol de vue ? L'argument est alors imparable, la vue ne pourrait être prise par personne d'autre que par l'acquéreur... "C'est ma vue, et elle est à moi, na !"

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17 mai 2013 5 17 /05 /mai /2013 00:14

L'écorché au fond de la classe. En général on les appelle "Oscar" je crois bien, ou quelque chose comme ça, et je ne sais pas pourquoi. Un squelette humain qui pendule au bout de sa potence. Je me souviens de ça. Ou comment au bout de tant d'années tenir ce truc à distance... C'est après qu'on saisit l'image que c'est et qui reste.

Je ne sais pas très clairement la raison de ce souvenir qui apparaît. Peut-être qu'avoir entendu des textes et des gens parler de leur vie fait sursauter des mouvements d'horloge. Un rire pour se défendre contre de vilaines idées. Un silence pour se sauver du monde et de son bruit. Un repli qui ne se voit pas. Un verre de vin pour se moquer de tout, en vrai, on ne se moque de rien.

On paraît, on apparaît. Voilà tout. On pare à la grimace qu'on dessine sur son visage. On voudrait que la nuit pétille avec des étincelles. Des feux artificiels. Des ciels. Et puis.

On sursaute au moindre bruit.

 

 

 

 


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