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29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 22:51

058

J'en ai croisé, tout à l'heure, sous la pluie. (Pleuvait-il ? Je ne sais plus.) Mais froid partout.

Deux hommes criaient devant leurs voitures arrêtées n'importe comment, une femme hurlait le plus fort. Pas de tôle froissée pourtant. Je ne distinguais aucun mot, juste une situation tendue et violente qui pouvait exploser. J'ai sagement contourné ce noeud noué au milieu de la route, et je suis passée  avant que le froissement des nerfs ne se déchire d'un coup. J'ai eu froid à ce moment-là.

 

Trois hommes devant un bureau de tabac, place Gambetta. L'un d'eux buvait au goulot d'une bouteille de bière. Il y a avait un gros sac adoosé au mur. Je me suis demandé ce qu'il contenait, et j'étais certaine de me tromper sur la marchandise. J'ai pensé à ce type qui ramassait des crayons à papier pour écrire, et qui est devenu journaliste de rue, plus tard, avec son obstination et sa misère en mots.

 

Une femme, vieille, tellement vieille et voûtée qu'elle ne pouvait plus que regarder le sol. Au carrefour Ravezy. Marche cassée parmi les voitures qui ne la voient pas. Elle a un fichu à fleurs sur la tête. Pourquoi n'est-elle pas à se reposer dans un lit ? Inutile question.

 

Toi, dans ta chambre, tu as retrouvé par enchantement ton vapoteur. Une main généreuse est venue te le poser, bien en évidence, sur ton ordinateur. Le monde n'est pas si moche. Cela faisait deux heures que tu le cherchais partout, les couloirs, les salles, le parc. Tu ne sais pas à qui elle appartient. Comme quoi les mains....

 

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28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 22:02

Il y a des jours, elle n'y arrive pas. A formuler clairement les choses. S'embrouillent même les questionnements... Alors pour les réponses, elle dit qu'elle repassera. 

Elle laisse faire le ciel. Flottant de sacs grisâtres. Tout à l'heure, ce paquet gris tenu par rien vers lequel elle s'avançait lui a semblé étrange.

Présages de l'hiver, ou ...des passes à passer, des péages, des comptes à faire, à refaire,  les cartes distribuées par avance, y'a toujours des erreurs, une distribution pas d'équerre à l'as de pique,  l'imprévisible aveugle.

 

Des arbres, s'égouttent lentement des larmes d'étoiles,

on ne peut pas s'empêcher de les regarder tomber. 

 

 

 

 

 

 

 

 

Demain, plus de coups tordus dans tous les sens. On dira comme ça pour le coeur, le cou et le corps tout entier.
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25 novembre 2012 7 25 /11 /novembre /2012 21:40

Procéder souvent à un renversement capital,

c'est-à-dire inverser l'ordre des choses

et l'ordre des causes.

 

Cela signifie : "Je peux bien continuer à parler, mais c'est ce que je dis qui parle de moi." 

 ou encore

"Je peux bien continuer à rêver, mais ce sont mes rêves qui parlent de moi."

 

On s'échappe toujours, on échappe toujours à soi, 

c'est dans ses failles  que logent les émotions.

C'est là qu'il faudra creuser.

 

 


 

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23 novembre 2012 5 23 /11 /novembre /2012 02:46

Je t'écris dans la nuit. Tu habites un château. Château Lemoine, Rééducation cardiaque. Tu accomplis chaque jour une petite amplitude supplémentaire de tes gestes, ta jambe s'allonge mieux dans la marche, quand même ton souffle est court. Ta fatigue est élastique, on dirait : elle ne te prend pas en traître, tu la connais, et tu y puises une énergie : tu fais ce qu'il faut faire, sans rechigner, sans résignation, mais avec une complaisance et une sorte de détachement intelligent.

Tu prends ce temps à toi, pour toi. Tu flottes un peu. Dans l'apesapour-mon-film-001.JPGnteur de ta chambre. Il y fait chaud. Il y fait bon.

Quand un coquillage se blesse dans la mer, il  fabrique  des perles pour calmer la blessure et la guérir.

Nous, les hommes, quand on est blessé, quelles sont alors nos perles qui cicatriseront le mal ? Ils sont  regrets, un moment, puis  petite mélancolie, et surtout  apprentissage de la vie qui sidère, et vibre lent.

Temps de la réflexion. Là-bas. De ce qu'on crée des douleurs, de ce qu'on invente pour sauvegarder une mémoire de la blessure. Indolore, ça vient peu à peu.

 

Je me demande quelles seront tes perles, les tiennes à toi ?

Et voilà que j'ai l'idée de leur couleur, et de leur forme : et si c'était ...des mots en marche,  consignés sur une page, comme toi-même parcourant, à ton rythme et accompagné, les chemins qui entourent la demeure, plein du ciel, plein du vent.

En surplomb de toi-même... 

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19 novembre 2012 1 19 /11 /novembre /2012 19:09

Le facteur a sonné à l'aube et m'a remis un paquet. Il venait de Paris. De toi, forcément. Dedans il y avait ce livre-là.

 

OU-YANG-jIAO-Jia.jpg

                                     Calligraphies de Ou Yang Jiao Jia

 

 

 

tao-te.jpg

Lao-tseu est l'auteur du "Tao Te King", écrit au VIe siècle avant J.-C. Nous avons peu de renseignements sur sa vie. Il est considéré comme le fondateur du taoïsme, et l'un des personnages mythiques de la Chine ancienne.

Le Tao ! Je ne sais pas ce que c'est. A lire le texte, à m'en emplir, je me dis qu'on  pourrait peut-être traduire ce mot par "l'épure". Et c'est tout un échafaudage qui s'élève, dans la liberté des êtres qui font ce qu'ils pensent être juste dans l´art de vivre, dans la capacité à accueillir ce qui est, ce qui vient, ce qui déserte. Accueillir les émotions, en somme. 

Ténèbres dans les ténèbres.

La porte vers toute compréhension.

L'une de ses doctrines principales est celle du non-agir ( qui ne signifie pas ne rien faire), mais qui doit inciter l'humain à ne pas dépenser d'énergie inutilement, et à se détacher des désirs encombrants.  

Je ne sais rien ou si peu de ce texte. Puis le voilà entre mes mains, et je découvre un univers poétique

Nous joignons des rayons

pour en faire une roue

mais c'est le vide du moyeu

qui permet au chariot d'avancer.

 

Nous modelons de l'argile

pour en faire un vase,

mais c'est le vide du dedans

qui retient ce que nous y versons.

 

Nous clouons du bois

pour en faire une maison,

mais c'est l'espace inérieur

qui la rend habitable.

 

Nous travaillons avec l'être,

mais c'est du non-être

dont nous avons l'usage.

 


Je me dis que

la pensée est un geste qui parcourt un espace.

"Je pense à toi", quel dessin alors est au bout du pinceau ?.

17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 23:45

Il est acteur et metteur en scène. Il est comédien avec Bunuel. Il est aussi et surtout diseur de poésie. Surtout ça, embringué dans cette parole qui n'existe nulle part ailleurs que dans le poème. Il a si bien défendu la poésie, c'est-à-dire l'utopie du verbe sur la page, la réconciliation de chaque mot entre eux, entre les cultures et entre les hommes.

Laurent Terzieff, le magnifique, le tant fascinant et le si beau !

 

chez Bernard Pivot "Pour écrire un seul vers" (1910-Rainer Maria Rilke)

 

 

15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 21:22

Les maisons de soin sont le plus souvent situées sur les hauteurs des villes. Un air de campagne s'en dégage. Le ciel y est plus grand. Les corps dans le parc n'évitent pas la lumière, ils ne peuvent pas trembler sur les bancs comme des feuilles cassées.

Le silence accompagne un vieil homme, tenu par presque rien,  des doigts enroulés sur une canne, ou bien sa barbe.

Un jeune homme en pantoufles se branche sur la wifi, sa pâleur portable posée sur la table, à côté d'un bouquet de fleurs.

Toi, toi tu parcours les titres des livres de la bibliothèque,  tu souris... Tu attends l'infirmière, tu n'as pas hâte de voir ta chambre, tu ne redoutes presque rien.

Plus tard, tu trouveras la table un peu petite pour y placer ton ordinateur.

Mais tout sera à sa place : une image photographique sous ta lampe, à ton chevet, flottant dans l'eau du bain

et qui te révèle à ta solitude indolore.

 

 

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13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 21:16

Les êtres les plus savants,  humainement, sont souvent les plus humbles. Ils n'ont rien à prouver, rien à défendre à tout prix.

Ce qui est désespérant, pour moi, ce sont ces comportements égocentrés  de ceux qui croient tout savoir, détenir le vrai absolu,  et qui s'autorisent à tuer l'autre.

 

POLLOCK.jpg

Par un tour de passe passe de mon esprit dubitatif, allez savoir pourquoi je pense à la peinture heurtée, à la fois abstraite et expressionniste, de Jackson Pollock !

 

Des gestes  jetés, tirés d'eux-mêmes, au plus loin de leur limite.

Une amplitude d'oiseau dans le bras. L'oeil qui cingle. Une peinture cinglée, avait dit un prof, (de cInglé ?), comme pour dire la violence et l'incompréhension de ces gestes fous.

Et Jackson, lui,  avait un nom qui sonnait comme une marque

POL

de whisky !

 

Rien à prouver, rien à défendre. Tout à donner. Tu veux voir ? Tiens, regarde, regarde bien !

 

Alors, les yeux s'ouvrent grands, sidérés par le noir de l'encre et l'espace de la toile. Peint pieds nus, mains nues, le corps offert.

 

 

POLL.jpg

Tout le corps parle en même temps que l'encre jaillit, 

la couleur hurle au bout du pinceau son écriture aléatoire et hors des bornes.

La mémoire défait ses nouages. 

 

 

 

Elle est aussi une sorte de peinture charnelle de son histoire, de soi et du monde.

PO

Et, là, j'ai soudain  envie de penser à vide. De laisser les choses se reposer, se coucher sur la toile.

Une fatigue dans les yeux. Finalement, ne pas avoir à justifier de soi. 

 

 

 

"J'ai fait ce tableau parce que je devais le faire. Toute tentative d'explication ne pourrait que le détruire" Jackson pollock

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11 novembre 2012 7 11 /11 /novembre /2012 15:11

 tete-de-Camille-Claudel-er-main-gauche-Rodin-002.JPG

 

                         Une ligne d'absence apparaît malgré toi sur ton visage

                                            quand personne ne te regarde.

 

 

 

 

9 novembre 2012 5 09 /11 /novembre /2012 03:06

Imaginons un dégât intérieur en eau trouble. Un accroc dans l'écheveau intime, une relation capricieuse et terrifiante. 

Imaginons des événements cafardeux, marécageux, nocifs à une sérénité de la vie.

Imaginons ce qui gémit au creux de toutes les générations...

 

C'est que les livres parlent toujours de traces à sauver, et puis de visages, et puis de mots enfoncés dans la solitude. Les livres, par le récit-même, écrit le réel humain et le creuse. Parce que le récit produit toujours du sens, grâce à l'énonciation, à sa structure et à sa langue, alors que le réel peut demeurer dans son caractère incompréhensible. Le réel est parfois tant dépourvu de signification, on ne comprend rien à rien, pas suffisamment de recul, de distance, de vide en soi, l'affectif nous bouffe tout entier. L'écriture, elle, va venir transformer la matière chaotique et désorganisée de la vie... Des chefs-d'oeuvre vont naître...  tirés de la douleur, de la médiocrité de nos existences, de nos passions, de notre liberté, de l'expérience humaine, de nos épreuves.

 

Imaginons donc l'Epreuve. L'Epreuve (avec un grand E) qui malmène les jours.

 

Je me dis, (loin dans cette nuit, il est tard), que pour mieux vivre, pour vivre, mieux, il était absolument nécessaire de concilier la mémoire et l'oubli :

- la mémoire que l'on doit aux morts et aux vivants de notre histoire,

et

- l'oubli, que l'on doit à soi-même, parce qu'on se doit la liberté d'être dont chacun a droit.

Alors, seulement alors, il sera possible de s'élever au-dessus des saccages et  de s'émouvoir de la vie.  Une sorte de libération des émotions. Une simplicité des gestes possible, une balade, la tête tournée vers le soleil, devenir naturellement  un tournesol. Juste parce qu'on aimerait ces fleurs. 

 

Et puisque c'était l'anniversaire de Camus le 7 novembre dernier, je relis cette phrase tirée de "L'envers et l'endroit", je crois bien, que j'avais écrite dans l'un de mes carnets :

"Chaque fois qu'il m'a semblé éprouver le sens profond du monde,

c'est sa simplicité qui m'a bouleversé."

 

 

Texte écrit en pensant à ma soeur, Marie.

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