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18 décembre 2011 7 18 /12 /décembre /2011 04:36

 Décret : "De la vie".

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Promulgation du décret "De la vie",

dès l'aube, à l'heure où blanchit la ville qui grelote et que les premiers trams s'ébrouent.

En voilà un qui passe justement ! Je l'ai entendu venir de loin, une rumeur  qui court sur les voies, amplifiée par un reste de nuit.

Et cette phrase dans la tête depuis longtemps qui lancine en moi, murm

urée souvent, à bas-bruit. 

"Ce qui est terrible, ce n'est pas que les choses se passent ainsi, mais qu'elles auraient tellement pu être différentes." 

Alors va !

va bien pour la musique à fond la caisse et les songes,

va bien pour les visions ! du grandiose arraché dans les friches

 va bien ! pour le coeur en haut des marches,  pour l'escalier, pour l'escalade,

et tout, "tout", je t'ai dit,

qui ne veut jamais mourir.

 

Il a quelques jours d'avance sur moi, Béranger.

"Mon 18 963 ème...", ça marche aussi dans la chanson !

 

Published by brigitte giraud - dans Mémoire vive
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17 décembre 2011 6 17 /12 /décembre /2011 16:19

Ma page de blog a disparu hier, pour cause de fausse manipulation. Tant pis je refais ce matin !

Dire l'émotion après la lecture du papier de Agathe Logeart dans le Nouvel Obs de cette semaine. Achetez-le. C'est édifiant !

Les quotats de reconduite à la frontière pour n'importe quel pays va bon train. Claude Guéant est content. 30000 à ce jour. Arno Klarsfeld est content lui aussi ! Nommé président de l'Office Française de L'Immigration et de l'Intégration ! Un beau titre pour soutenir la politique migratoire de Sarko.

Il dit : "C'est pas mal de renvoyer les étrangers en situation irrégulière, la France ne les envoie pas à Auschwitz."  Oui, c'est pas mal !!!!! Mais qu'en pense donc son père ?

Noël déploie ses vitrines illuminées et scintillantes, ses paillettes et ses guirlandes. Une tristesse me prend quand vient la nuit et que pétille la ville sous la pluie. Pourquoi osons-nous casser des vies d'hommes et d'enfants ?

Au petit matin comme "condamnés à vivre" (de Jack London)et que "vivre tue" (de je ne sais plus, tiens !)

Dans un hôtel du Conseil Général, la menace est moins lourde... Ben non ! pareil, c'est pareil !

Après cette femme sans papier qui a accouché dans la rue à Paris du 14ème et dont le bébé est mort... C'est cela qui se passe. En toute impunité. On sait si peu ce que vivent les autres qu'on ne voit pas.

Merci à la journaliste et au Nouvel Obs de consacrer deux pages à cette indignité. Des enfants sont mis derrière des barreaux... La France n'est plus un pays d'accueil et les Droits de l'Homme y sont bien bafoués.

"En certaines circonstances, j'ai honte d'être un homme". Simenon, à la rescousse de Camus et de ses "Justes",  disait cela.

 

Published by brigitte giraud - dans Mémoire vive
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16 décembre 2011 5 16 /12 /décembre /2011 01:04

Ca se passe ainsi. Le monde s'ouvre. Et c'est simple comme un regard de tout tout petit, les yeux ouverts qui se noient dans ceux d'un plus grand.

 

Published by brigitte giraud - dans Mémoire vive
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15 décembre 2011 4 15 /12 /décembre /2011 03:12

Il y a des mots qui mettent de la distance, entre eux et nous... Des génériques, peut-être, qui englobent tellement de choses qu'on ne sait plus ce qu'ils signifient vraiment. Sonnent trop grand pour s'attarder sur leur objet. Des médicaments de la langue.

J'en ai surtout quelques-uns auxquels je colle illico, sans réfléchir, sans en chercher véritablement le sens. Pour leur résonance plus loin. 

"Mélancolie" ou "incognito" (j'aime bien incognito !)?

"à bas bruit", "ébrieuse",  

  "ferraille" et "fil de fer", 

"déchirure", "pleut", "voile", "bonnet", 

"peuplier", "dérivation", "visage", imagesCAIA587S

"membrane", "craie", "calepin",  

"lopin"... enfin des mots de peu de choses. On les tient entre ses mains,  et on les aime.

On a ses marottes en somme. 

La distance vient après, parce qu'un jour ils seront là.

On ne sait pas quel jour, ni pourquoi, ni où.

12 décembre 2011 1 12 /12 /décembre /2011 22:40

 

Une  conversation à tempera a la consistance d'un blanc d'oeuf et la texture d'une chapelle creusée dans la roche. Elle incise l'oeil.

Elle atteint la perfection dans la transparence des mots utilitaires qui glisseront au médium sur la toile. 

Les pigments sont liés à l'huile de lin.

Cette technique ne permet aucun "remords", dit le peintre.  Ni "repentirs".

 

 

Recette d'une émulsion de conversation à l'oeuf :benate-1-1-.jpg

Dans un bol, 3 jaunes et 1 blanc d'oeuf, 15 gouttes d'essence d' Aspic, 250 ml de Standolie et un peu d'huile de lin, 25 ml de vernis Damar, 4 goutte d'essence de Girofle et 25 gouttes de glycérine.

Intégrez les composants de l'émulsion un à un tout doucement et ajouter à ce mélange votre pigment en poudre. Laissez reposer une nuit dans un endroit frais.

Published by brigitte giraud - dans Mémoire vive
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12 décembre 2011 1 12 /12 /décembre /2011 07:43

Ta main malade, à réparer, ma soeur.100_5093--2-.jpg

C'est tout à l'heure, à Paris. Clinique. Opération. Main sous vide, mauvais mal, et compresse dessus. Greffe.

C'est fou comme t'étais belle hier soir !

C'est la main attendue, ça tu peux me croire !

Celle que tu tends toujours. Qu'tas toujours tendue !

La main sur le coeur, on va l'avoir nous aussi, tu perds rien pour attendre...

Alors nous, on attend.

A plusieurs, on attend.

On se passe même la main,

à attendre.

 

Published by brigitte giraud - dans Intimité
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12 décembre 2011 1 12 /12 /décembre /2011 06:05

photos ipod 032 Comment faire sans elle, la philosophie ?

Sans le questionnement qu'elle est ? L'incarnation de la pensée qu'elle est ?   Les vacillements de l'homme dans ses liens avec le monde qu'elle est, mais non en l'éclairant mais en lui rendant son opacité ?

Faire avec ça.

A chacun de picorer pour avancer dans ses réflexions et la connaissance/non-connaissance qu'il percevra de lui-même.

Dans un mouvement désordonné et toujours étonné, étonnant.

J'aime bien ce passage de Sartre. Il me fait du bien. Il souligne la conditon désirante de chacun, et la limite que chacun pose au désir. A la fusion de son désir.  

Alors où est la limite ? Est-ce que chacun de nous possède la sienne ? Où se trouve-t-elle ? Entre quelles bornes ? Dans quels intervalles ? C'est toujours, tout à la fois, ce qui me comble et me terrifie. On ne sait pas. D'abord on ne sait. Ni pour soi-même, ni pour l'autre. C'est après que l'on peut se dire quelque chose... 

 

"Ce qui est obstacle pour moi ne le sera pas pour un autre. Il n'y a pas d'obstacle absolu, mais l'obstacle révèle son coéfficient d'adversité à travers des techniques librement inventées, librement acquises. Ce rocher ne se révèlera pas un obstacle si je veux, coute que coûte, parvenir au haut de la montagne ; il me découragera, au contraire, si j'ai librement fixé des limites à mon désir de faire l'ascension projetée.

Ainsi le monde, par des coefficients d'adversité, me révèle la façon dont je tiens aux fins et aux désirs que je m'assigne ; en sorte que je ne puis savoir s'il me donne des renseignements sur lui ou sur moi. A désir égal d'escalade, le rocher sera plus aisé à gravir pour un tel ascensionniste athlétique, difficile pour tel autre, novice, mal entraîné et au corps malingre. Mais le corps ne se révèle à son tour comme bien ou mal entraîné que par rapport à un choix libre. 

C'est parce que je suis là et que j'ai fait de moi ce que je suis que le rocher développe par rapport à moi un coefficient d'adversité.

Ainsi commençons-nous par entrevoir le paradoxe de la liberté : il n'y a de liberté qu'en situation et il n'y a de situation que par la liberté.

La liberté-humaine rencontre partout des résistances et des obstacles qu'elle n'a pas créés ; mais ces résistances et ces obstacles n'ont de sens que dans et par le libre choix que la réalité-humaine est."                            

"L'être et le néant"

10 décembre 2011 6 10 /12 /décembre /2011 04:42

9782930235851.jpg"Les Pommarins" sont arrivés. Je sens, je hume le livre, je fais tourner les pages à toute vitesse, comme toujours, j'en saisis au vol une ici, deux là...Puis, je lis.

 

Beau milieu tout juste des années 70.

Le monde du travail est un passage initiatique qui verrouille l'adolescence.

L'embauche à l'emballage d'abord, puis l'usine.

Ce qui était promis par avance et qu'on s'attendait à trouver au bout de rien.

"Avoir dix-huit ans, c'est ça : faire comme les hommes, ceux de l'atelier, aller travailler aux Machines... dans le cratère. Quitter le confort de l'équipe de l'emballage, l'éducation dispensée par la Francette, le café et les biscuits des femmes. Abandonner Paola et la petite Arabe qui d'ailleurs ne me regarde plus.

On ne s'envolera pas pourtant, on restera là, on attendra le matin, le jour calamiteux."

Hervé Bougel décrit la tâche à la cadence, raconte les machines, les outils, les déchets noirs du caoutchouc, les palettes, les remous d'atelier, le Fenwik, les cylindres d'acier, les masses d'acier,  les mauvais et les braves types, les chefs, les teigneux et Bréchet le trop gentil, le racisme qui guette, les petites révoltes et la soumission qui ne se nomme pas, ne se dit pas, les 3X8 qui tuent, les désirs qui n'ont pas le temps de lever leur pâte, les amours à la sauvette qui sauvent, la fatigue du labeur dans les veines et l'amour du travail bien fait, la  504 sur le parking, ...et toute la géographie des pays arpentés dans les yeux des hommes à la peau pas si blanche et aux noms "pas de chez nous". 

"C'était bien difficile de se l'avouer tout de même, de le reconnaître pour sien, ce chemin qu'on prenait sans détours, sans rien, sans zigzags, tout franco droit devant, jusqu'à en être raide."

Puis voilà. Il y a l'écriture d'Hervé Bougel,  l'impact de la langue qui fait avec ce qui est. La Machine est. Le tranchet est. Comment faire sans ?   Rencontrer à chaque page une part de la besogne : ce choc entre écrire et vivre, là où la peau se tient.

Le travail veut de la précison, gestes nets et tendus sur eux-mêmes, les mots alors, sur la page, auront ce rythme à vif, comme pressés à dire, vite ! vite ! lâcher du souffle, vite ! vite !  libérer un peu de place à l'intérieur de soi, respirer un air neuf... Les phrases, parfois, n'ont plus de pause.

Les mots ont la rugosité de l'établi et de l'étroit de son espace. Ca ripe, ça râpe, parce que ça peut saigner, parce que ça saigne. Parce qu'on ne sait pas ce qu'on attend. Ce qu'on fait là.

Alors, on la sent bien, cette rage contenue par les heures et cette sensation d'être soudain étranger à soi-même hors de cette limite, la tête plus loin que les jambes et les bras.

Reste l'accroche des mots. Pas un pur jeu de la langue, non ! mais un face-à-face avec le réel. Sans cela, il n'y aurait qu'un discours.

Francis Bacon disait de sa peinture qu'elle s'adressait au système nerveux du spectateur. On pourrait ici employer ces mêmes mots.

Avec "Les Pommarins", Hervé Bougel met le lecteur sous tension : celle de l'outil, de la main qui manie l'outil, dans une compression de plaques d'écriture, de narration et de mémoire.

 

"C'est un lundi matin il est cinq heures et demie, l'été. Le soleil se lève -gros crabe orange derrière la lourde porte en ferraille, là où de hautes herbes palpitent et s'entrebattent. J'arrête la 127. J'arrête tout.

- Qu'est-ce que tu fais, là ? Oh ! qu'est-ce que tu fais ? demande Noco en chef, tu fais quoi là ?

- Je m'en vais.

Je quitte l'usine par la porte de derrière, je traverse le terrain vague, le pré d'herbes hautes, je rentre à la maison.

- Qu'est-ce que tu fais ? Oh ! Qu'est-ce que tu fais ?

Au vrai je ne sais pas, mais ça va être bien... trop de lumière pour les mensonges."

 

Nous, on ne sait pas après... Mais on est drôlement content de lire cette page !

 

Hervé Bougel est devenu écrivain et éditeur. De poésie.  

pré # carré éditeur

 

Vous pouvez allez y faire un tour !

http://precarreditions.hautetfort.com/

 

En attendant vous pouvez toujours vous procurez son livre :

"Les Pommarins" de Hervé Bougel

Editions Les Carnets du Dessert de Lune

Jean-Louis Massot, 67 rue de Venise, 1050 Bruxelles Belgique.

9 décembre 2011 5 09 /12 /décembre /2011 00:10

On dit, puis on ne dit pas, on ne dit plus ;

on dit qu'on ne dit pas, que ça ne parle plus ;

on dit qu'on dit qu'on ne dira pas, plus ;

on dit qu'à soi-même on se dit ;

on dit que c'est comme ça et que comme ça c'est dit ;

on dit qu'on va dormir cette fois-ci que, chuchoté à soi-même ce qu'on voudrait dire,  on aura dit ;

on dit qu'on se dit et que se dire nous suffit ;

on dit que non ça ne suffit pas de se chuchoter à soi-même ce qu'on se dit de ne pas dire ;

on dit qu'on se dit de ne pas se dire ;

on dit qu'on ne dira pas, ne dira plus ;

on dit qu'on ne dit pas...

On ne dit pas. Finalement on ne dit pas !

On écoute...

et on ne dit pas.

 

 

Published by brigitte giraud - dans Mémoire vive
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7 décembre 2011 3 07 /12 /décembre /2011 02:23

A Paris le mois dernier, je suis allée rencontrer Robert Misrahi au Lu1hlangh2.JPGtétia.

Hotel Lutetia, au coin du Boulevard Raspail et de la rue de Sèvre.

Etrange destination que celle de cet hôtel de luxe parisien qui élève sa façade Belle Epoque.  

N'est-ce pas dans "La douleur" que Marguerite Duras parle du Lutétia ? Oui, je crois bien que oui. Elle attend Robert Antelme. Elle parle... Elle parle de tant de choses importantes, Duras ! Tant de choses essentielles !...

Je suis arrivée au Lutétia juste avant qu'un énorme orage n'éclate. J'attendais Robert (un autre Robert, voyez-vous !) qui lui n'est pas passé entre les gouttes.

Le Lutétia, avec ses lustres, ses tapis, ses profonds fauteuils de cuir, ses maîtres d'hôtel en habit, devint le premier toit parisien de milliers de survivants de l'enfer, et le lieu de tous les espoirs - le plus souvent, hélas, déçus - pour ceux qui, agrippés derrière les barrières blanches, cherchent des yeux les êtres chers partis pour "une destination inconnue". Une foule où tous partagent le même espoir et la même angoisse, mais où se fait jour une différence : tandis que les non-Juifs attendaient en général une seule personne adulte, les Juifs, trop souvent, cherchaient des familles entières.

 

Dans son livre Terre de détresse, Odette Abadi relate ainsi son retour à Paris :

"Devant la gare, des autobus nous attendaient, les mêmes que ceux qui nous avaient conduits de Drancy à Bobigny pour partir à Birkenau ! ...On traverse Paris : est-ce un rêve ? On arrive à l'hôtel Lutétia, Centre d'Accueil et contrôle des déportés.

La vaste entrée de la résidence est obstruée par une masse de femmes qui brandissent des photos, hurlent des noms... Il faut foncer dans le tas pour pouvoir entrer.

A l'intérieur de l'hôtel, c'est encore le brouhaha et le piétinement de la foule – mais on nous dirige vers des chambres – dortoirs où nous pouvons nous reposer... Et voilà que nous retrouvons des camarades du camp ou du voyage : rien ne pouvait être plus réconfortant..."

Dans le hall de l'hôtel règne une activité fébrile : des Comités d'Accueil, appartenant à diverses organisations (mouvements de résistants, Croix-Rouge, Quakers, Armée du Salut, scouts – parmi lesquels, bien entendu, les Eclaireurs Israélites) orientent et conseillent, au milieu des infirmières, des médecins, des militaires , des bénévoles qui se pressent vers de nouvelles tâches : "Parfois, il arrivait au Lutétia 4 ou 5 autobus en même temps" note André Weil, chargé d'organiser l'accueil. Malgré tous les efforts, l'attente est parfois longue, pour les survivants épuisés, le temps d'accomplir les formalités. Il leur faut passer devant un Bureau Militaire, répondre à un interrogatoire : "Chacun doit prouver qu'il est vraiment un déporté" note Odette Abadi – certains le prennent très mal. Il s'agit de dépister les anciens collaborateurs qui se sont glissés parmi les rescapés des camps, pour tenter de "blanchir" leur passé.

Puis c'est la visite médicale, qui débouche, pour les plus mal en point, sur une hospitalisation immédiate. Et il faut encore passer à l'épouillage et à la désinfection du DDT - dont l'odeur imprègne le luxueux hôtel.

A chaque étage, il y a une infirmière et un médecin, afin de pouvoir intervenir en urgence, y compris la nuit. Les chambres sont bien chauffées, même par un temps doux – les survivants décharnés ont toujours froid. Certains, rapporte un journal de l'époque, dorment par terre, sur le tapis, «car les lits trop doux, on y dort trop mal quand on revient des bagnes nazis".

En fait, comme dans la première période, on compte certains jours jusqu'à 2 000 entrées, les 350 chambres du Lutétia ne suffisent pas toujours, et quatre hôtels du voisinage sont réquisitionnés pour les compléter.

Cette foule – ceux qui sont hébergés au Lutétia comme ceux qui n'y passent que quelques heures – il faut la nourrir, et avec des repas que les corps affaiblis pouvaient supporter :

Il y a des jours où l'on sert 5.000 repas, et où la femme qui dirige les cuisines travaille 18 heures d'affilée...

 

A travers le Lutétia, la France, à commencer par les journalistes qui y affluent, découvre l'horreur des camps.  La vue des rescapés est un choc, ça dépasse tout ce qu'on peut imaginer :" ...Le cortège des revenants – revenant, jamais ce mot n'a rendu un son aussi plein, aussi vrai" écrit François-Jean Armorin dans son journal "Concorde" du 30 mai 1945.

 

Dans le long couloir menant de l'entrée au restaurant, des panneaux (en fait des panneaux électoraux subtilisés boulevard Raspail) sont recouverts de longues listes de noms, de photos de disparus que quelqu'un recherche. Des listes où les journalistes effarés peuvent voir un même nom se succéder huit, dix fois, accompagné de prénoms différents, révélant que dans une même famille, frères et sœurs, parents et enfants ont été voués à l'extermination. Sous la photo d'un groupe souriant, on lit parfois quelques mots, poignants : "Qui a vu ce couple avec ses quatre enfants, arrêtés à Paris en juillet 1942 ?". Sur les photos qu'on leur tend, les déportés assaillis de questions cachent de la main les cheveux (dans les camps, on avait le crâne rasé), cherchent à reconnaître un visage... 

Au fil des mois, les arrivées se font plus rares.

A l'automne 1945, le Lutétia, réquisition levée, va être rendu à ses propriétaires. On a commencé à comprendre que ceux qui ne sont pas rentrés ne reviendront plus. Malgré tout, certains, en particulier d'anciens enfants cachés, conserveront un espoir, et ne l'abandonneront qu'en voyant le nom du disparu dans le Mémorial de la Déportation des Juifs de France publié en 1978 par Serge et Beate Klarsfeld.

 

 

Published by brigitte giraud - dans Mémoire vive
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