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5 août 2011 5 05 /08 /août /2011 23:14

 Photo Isabelle Lagny

Revenir.JPG

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Loin, le chemin  se souviendra,

loin,

du frémissement, de l'abstraction de la demeure,

loin le jour, approché des bras dans la nuit,

loin, une musique ajourée  de silences,

les yeux,  là-bas, dans le mouvement laissé

des terres au goût de vivre.

Que retenir de l'écho, 

"je..." suspendu mille fois à la phrase ?

 

Une géographie haletante,

des régions  de ciel sur toute la figure.

Loin d'ici, la fenêtre a entendu l'orage dans les plis du rideau,

la voix  grave du vent,

puis neutre, à force d'être.  

 

L'ombre  absorbe l'ombre

des images,

une lente dissolution sur la colline,

à l'épreuve du sable

et des mains.

L'écriture a filée sous le coussin.

 

Sur la porte en bois,

loin,

flotté sur la page,

l'implacable froissé du ciment.

 

 

Le goût des noisettes 

fleurit.

Il faudra bien que pleuve le soir

tout seul dans la tasse

pour revenir.

 

 

 

 

 

Published by brigitte giraud - dans Recueil de photos et textes
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4 août 2011 4 04 /08 /août /2011 23:09

Un texte comme ça, ça revigore l'âme. Et elle en a besoin.

La poésie contemporaine chante, il suffit, comme pour tout, d'aller la chercher.  Alors on la trouve. Valérie Rouzeau,  Antoine Emaz, Salah Al Hamdani, Mohamed El Amraoui, Dominique Boudou, entre autres, en sont les preuves.

Ce texte de Léo Ferré,  écrit en 1956, suite à son différent avec André Breton qui semble s'être bien mal comporté,  et dont j'ai sélectionné certains passages, n'a pas, quant à lui, pris une seule ride.

 

 

 

"Ce n'est pas le rince-doigts qui fait les mains propres ni le baise-main qui fait la tendresse. Ce n'est pas le mot qui fait la poésie, c'est la poésie qui illustre le mot.

 

  Il n'y a point de fautes d'harmonie en art; il n'y a que des fautes de goût. L'harmonie peut s'apprendre à l'école. Le goût est le sourire de l'âme; il y a des âmes qui ont un vilain rictus, c'est ce qui fait le mauvais goût.

Le Concerto de Bela Bartok vaut celui de Beethoven. Qu'importe si l'alexandrin de Bartok a les pieds mal chaussés, puisqu'il nous traîne dans les étoiles! La Lumière d'où qu'elle vienne EST la Lumière...

 

 Il n'y a plus rien à attendre du poète muselé, accroupi et content dans notre monde, il n'y a plus rien à espérer de l'homme parqué .

 

 

La poésie est une clameur, elle doit être entendue comme la musique. Toute poésie destinée à n'être que lue et enfermée dans sa typographie n'est pas finie; elle ne prend son sexe qu'avec la corde vocale tout comme le violon prend le sien avec l'archet qui le touche. Il faut que l'œil écoute le chant de l'imprimerie.

  Du jour où l'abstraction, voire l'arbitraire, a remplacé la sensibilité, de ce jour-là date, non pas la décadence qui est encore de l'amour, mais la faillite de l'Art. Les poètes, exsangues, n'ont plus que du papier chiffon, les musiciens que des portées vides ou dodécaphoniques - ce qui revient au même, les peintres du fusain à bille. Les amateurs de salons louches  ne reconnaîtront jamais Van Gogh dans la rue... Car enfin, le divin Mozart n'est divin qu'en ce bicentenaire!

Mozart est mort seul, accompagné à la fosse commune par un chien et des fantômes. Qu'importe! Aujourd'hui le catalogue Koechel est devenu le Bottin de tout musicologue qui a fait au moins une fois le voyage à Salzbourg!

On sait que Renoir avait les doigts crochus de rhumatismes, que Beethoven était sourd, que Ravel avait une tumeur qui lui suça d'un coup toute sa musique, qu'il fallut quêter pour enterrer Bela Bartok, on sait que Rutebeuf avait faim, que Villon volait pour manger, que Baudelaire eut de lancinants soucis de blanchisseuse: cela ne représente rien qui ne soit qu'anecdotique. La lumière ne se fait que sur les tombes.

 

Avec nos avions qui dament le pion au soleil, avec nos magnétophones qui se souviennent de "ces voix qui se sont tues", avec nos âmes en rade au milieu des rues, nous sommes au bord du vide, ficelés dans nos paquets de viande, à regarder passer les révolutions.

Le seul droit qui reste à la poésie est de faire parler les pierres, frémir les drapeaux malades, s'accoupler les pensées secrètes.

 

  La poésie devra-t-elle s'alimenter aux accumulateurs nucléaires et mettre l'âme humaine et son désarroi dans un herbier?

Nous vivons une époque épique et nous n'avons plus rien d'épique.   Qui donc inventera le désespoir?

Dans notre siècle il faut être médiocre, c'est la seule chance qu'on ait de ne point gêner autrui. L'artiste est à descendre, sans délai, comme un oiseau perdu le premier jour de la chasse. Il n'y a plus de chasse gardée, tous les jours sont bons. Aucune complaisance, la société se défend.

 

A vos plumes poètes, la poésie crie au secours, le mot Anarchie est inscrit sur le front de ses anges noirs; ne leur coupez pas les ailes!   Les plus beaux chants sont des chants de revendication. Le vers doit faire l'amour dans la tête des populations. A l'école de la poésie, on n'apprend pas: on se bat.

Place à la poésie, hommes traqués! Mettez des tapis sous ses pas meurtris, accordez vos cordes cassées à son diapason lunaire, donnez-lui un bol de riz, un verre d'eau, un sourire, ouvrez les portes sur ce no man's land où les chiens n'ont plus de muselière, les chevaux de licol, ni les hommes de salaires.

N'oubliez jamais que le rire n'est pas le propre de l'homme, mais qu'il est le propre de la Société. L'homme seul ne rit pas; il lui arrive quelquefois de pleurer.

N'oubliez jamais que ce qu'il y a d'encombrant dans la morale, c'est que c'est toujours la morale des autres.

Je voudrais que ces quelques vers constituent un manifeste du désespoir, je voudrais que ces quelques vers constituent pour les hommes libres qui demeurent mes frères un manifeste de l'espoir."

 

Léo Ferré

 

4 août 2011 4 04 /08 /août /2011 15:49

Balade en forêt ce matin, à Mérignac, près de la rocade, y'a pas que des avions ! y'a la paix des anges aussi, avec des oiseaux et une fumée grise échappée d'une cheminée.

On voit des gens qu'on a déjà vus, un autre jour, exactement au même endroit, juste le costume qui change à cause de la saison, pour le reste c'est chagrin au bout de la clope, pour une contenance aux doigts. La vie qui erre un instant, sait pas où se mettre, fait avec. On fait toujours avec tout, même avec ça.

"Peu à peu, dit-elle, on apprend, on vieillit. C'est ça, hein ?photos ipod 032". Je dis que oui.  Je dis oui sans réfléchir. Parce que ça doit être vrai, tellement c'est évident. Mais   pour autant l'évidence n'est pas  le vrai. Pas forcément le vrai. Le vrai est une abstraction. L'évidence aussi. On se débrouille chacun avec nos "vrais", les ajustant aux "vrais" des évidences des "vrais" de l'autre, pour qu'un peu de joli se fabrique.  "Ca" se fabrique si on veut, si je veux.

On ne demande pas la lune, en somme.

Ou bien on apprend à oublier de la demander...  

 

Published by brigitte giraud - dans Mémoire vive
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3 août 2011 3 03 /08 /août /2011 19:02

Il pleut. C'était hier. Cette attente du ciel. Il va se passer quelque chose. On le sait. Dans l'air haletant. Des mouvements de l'air. Et cette lourdeur. On assiste le paysage. Les lieux. De la ville posée sur elle-même. Ses menaces. La ville est aussi une menace. Attention travaux ! Densité variable de la structure rocheuse des corps, incompréhensible froissé des rideaux et du vent, les yeux étonnés d'être,   répandus en poudre et en éclats sur un mur, accoudés à la table du bar  évanouis dans le coude, goûtant la pluie. Une réalité efficace. Alors qu'il pleuve,  encore et encore !

 

Published by brigitte giraud - dans Mémoire vive
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2 août 2011 2 02 /08 /août /2011 17:11

Il y a du vent, parfois, à se croire déjà en septembre.

Il fait chaud, pourtant se pourrait qu'il tombe dehors, comme neige, des feuilles.

Feuilles mortes. Craqueraient les feuilles. Une musique. Une sonate.

Je me souviens de ce film "Sonate d'automne".

Eblouissant, comme Bergman l'est toujours.

Il y a longtemps. Choc !

Je cherche sur le net. Prévert, Juliette Gréco, la chanson de Prévert, Gainsbourg, Je suis venue te dire..et la guest star... Je me souviens de ça aussi...

Barbara, on approche la sonate par la cantate, toute petite la cantate,  

 Tant pis, ce sera Chopin ! Parce que c'est toujours juste, tu disais. Et puis je trouve, moi, que c'est toujours tristesse. Et c'est pas mal aussi, la tristesse, comme point de départ et promontoire d'alliance, pour voir ce qui est,  des perspectives, en toute lucidité.

Rien ne sauve rien. Rien ne sauve de rien.Les choses s'imposent d'elles-mêmes, on fait en sorte qu'elles deviennent autonomes. On est de la pâte à modeler la vie qui se fait. Sans nous parfois. On est juste assis à côté d'elle.

Et on comprend, mentalement. Mentalement, on comprend tout.

Toujours tout.

Faudrait  une réplique, une réplique somptueuse.

A croire que le texte final est toujours un texte à trous,

rempli au p'tit bonheur   quand même essayé,

comme on peut,

avec la marge d'erreurs inévitable à toute traduction.

 

 

Published by brigitte giraud - dans Mémoire vive
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1 août 2011 1 01 /08 /août /2011 21:21

Robert Misrahi m'a offert à lire ce livre-là

"Construction d'un château 

Comment faire de sa vie une oeuvre".

 

C'est une quête de soi, une recherche de soi.

Un livre, une écriture.

Philosophie et poésie,

main dans la main et cheminant,

s'architecturant l'une l'autre, on dirait,

pour édifier une réflexion,

pensée de vie

ou

écriture encore,

de soi-même.

 

 


1 août 2011 1 01 /08 /août /2011 02:19

J'ai toujours été fascinée par le désert. On y inscrit ce qu'on veut,  dans cette marge de l'univers, logée aux confins des terres ou tout au fond de soi, dans l'invisible et sa soufflerie interne,  son lieu à soi.

"L'inexpugnable", dit Robert Misrahi.

"De ce côté-ci, dès lors, l'inexpugnable est ce pour quoi il se donne : le désert exigu, mais hors d'atteinte, parce qu'il oppose à la palpitation mortelle du non-être la seule défense qui soit suprême : le vide.

Mais ce vide, opposé à l'agression, se tourne de l'autre côté vers l'inexpugnable comme figure de roc : un être, sinon l'être."

 

Dehors, dans le jardin, il y a les loupiotes qui scintillent. Et à l'intérieur, il peut bien y en avoir quelques autres aussi. Peut-être. Ca dure le temps que ça dure, c'est toujours ça, et ça, allez savoir de quoi c'est fait, vous ! comment ça marche/marche pas, on et off, faudrait une notice.

Y'a les loupiotes dans le jardin,

une énergie solaire pas terrible,

juste un rayon sur la terre

et pas plus.

 

30 juillet 2011 6 30 /07 /juillet /2011 21:42

On est dans un film.

Je me souviens du plomb de la chape.  Un écrasement soudain contre lequel on ne peut rien.

La scène se passe chez la mère, le téléphone sonne et très vite, à l'autre bout, ça raccroche.

Cinq minutes après, (d'où le monde vient ? De la rue juste à côté ?), vous êtes pris dans une sorte de piège. Une voiture arrive à grande vitesse, les freins crissent, ...vous représentez sans doute un danger... puis une autre, puis... Trois personnes sont autour de vous, non ! devant vous. Devant vous, tout de suite, un mur. Il se s'est pas construit, il est déjà élevé :

- Ah bon, t'es marIée, toi ? depuis quand t 'es mariée, toi, c'est nouveau ? Ah bon, on savait pas ! 

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Un mur.

C'est par le mur que le film commence.

Personne ne peut, tout seul, casser le mur.

Dans la tête, le film !  Les répliques  pour mordre. De fait, elles mordent. Une mâchoire qui étrangle.  Une "tueuse occasionnelle", la mâchoire !

Vous ne savez pas ce qu'il se passe... D'abord, vous ne savez pas.

Vous ne comprenez pas, cette précipitation, cette morgue et le mépris de celui qui parle. Sait-il d'ailleurs lui-même, la bonne raison des mots qu'il prononce ? Il les prononce quand même, il veut faire peur, dire en quelque sorte que "ça ne se passera pas comme ça"...

Mais quoi ..? Pourquoi, ça ? Pourquoi cette force ? Vous sentez bien l'hostilité de la force, la force comme un mur. Vous sentez bien ça et cette gangue dans laquelle ils sont tout à coup prisonniers, et qui les tient et les étonne peut-être eux-mêmes.

Plus tard, sauront-ils dire pourquoi ils sont venus si vite,  en défense de quoi  et de qui ? Vraiment   ?

N'était-elle pas absurde et folle, cette force-là, comme un mur betonné, et sans faille ?

Vous, dans le film, vous savez bien que tout est foutu, vous sentez bien comme on vous en veut, et comme on vous broie. Vous pleurez. Le film continue quand même et il est mauvais, vous le savez dès les premières images. Vous ne vous faites pas d'illusion sur la fin.    Vous pleurez trop fort, ils crient trop fort, même s'ils s'en défendent. La situation est partie en vrille, personne ne la domine. Mais devant, là, devant vous sur la scène, vous la voyez bien, l' unité de la force qui fait mal. Vous vous souvenez du film.

 

Quand vous y penserez, chaque fois, chaque fois, vous en serez effrayée...

 

Published by brigitte giraud - dans Mémoire vive
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30 juillet 2011 6 30 /07 /juillet /2011 13:17

Forme de pensée,

liberté de la pensée défaite de culpabilité ?,

mauvaise compagnie et mauvais exemple,

cohérence de la pensée, donc incohérence de la pensée,

tranche dans le pain vif,

ivresse de l'ivraie... Faudrait pouvoir commencer...

S'éterniser tout seul avec de pauvres mots, les sortir de leur enveloppe et recommencer quand même ce qu on peut. Commencer.

Rodéo. Se balader et passer, faire juste ça.

Aller voir le mascaret, une vague haute comme tout. SalvatierraPedroMairal.jpg

Faudrait voir.

Une terre sauve. "Salva tierra", 

Avec des poissons, des peintures obstinées.

quelque chose du silence

des gravillons sous des traverses

le tout relié à tout,

des bouts de bois où la vie s'enroule.

D'immenses rouleaux, une toile sur des kilomètres,

des kilomètres de vie,

un long fleuve,

le mascaret, un estuaire,

et la mer au bout du tunnel et des figures.

La mer.

29 juillet 2011 5 29 /07 /juillet /2011 00:20

La Terre, orange bleue. 2365020848_0e1ff98c91.jpg

La Terre est une orange. Bleue.

C'est Eluard qui écrit : Bleue comme une orange,

De l'eau...  

pleine d'eau, d'océans, de mers,

de rivières qui coulent,

de la terre,

de la bouteille, 

eau croupie,

et fleur à boire, 

océans d'orange,

terre fanée,

des bleus,

dans la bouteille bleue, 

et dans l'évier,

laissée la mer...

Published by brigitte giraud - dans Mémoire vive
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