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18 juin 2011 6 18 /06 /juin /2011 01:35

 

Tout le monde peut pas "être bleu pivoine". C'est un état. Une disposition de l'oeil. Donc de la tête.

Et du corps.

Et du coeur.

"Etre bleu pivoine", c'est le tremblement de cet état.

Un mélange presse purée

à l'étonnée de sa science,

et

d'une petite prescience de soi

sur le bout de la langue.

"Etre bleu pivoine"...

Allez sur le blog du Mobilhome

(magnifique texte)

entre tiens et miens,

toujours...

Published by brigitte giraud - dans Entre tiens et miens
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16 juin 2011 4 16 /06 /juin /2011 23:02
 

A Kaboul, dans les années 1990, au plus fort de la guerre civile qui a succédé à FF.jpgl'occupation soviétique, Rassoul, 27 ans, assassine Nana Alia, une usurière qui exploitait sa bien-aimée, Souphia. Le jeune homme ne peut s'empêcher de se comparer à Raskolnikov, le héros de Crime et châtiment de Dostoïevski, dont il a découvert l'oeuvre en URSS, à Leningrad, où son père l'avait envoyé étudier de 1986 à 1989, contre sa volonté.

Raskolnikov avait lui aussi tué une vieille femme, emporté l'argent et les bijoux qu'elle recelait avant d'être rongé par les remords, de sombrer dans un abîme de culpabilité et de finir au bagne. Ce n'est pas uniquement l'argent qui devient le mobile du crime. Mais l'injustice faite à un peuple, celle de la misère proposée à un peuple. Une dimension mystique s'ajuste à l'acte transgressif. Raskolnikov se dénonce pour qu'elle existe, elle, pour qu'il existe, lui, dans sa chair et son acte.

Mais nous sommes dans le roman de Atiq Rahimi...Où la culpabilité s'enracine dans une société encagée, où le ciel pleut des roquettes, où les fumées noires dansent leurs arabesques au-dessus de Kaboul.   Que pèse le crime de Rassoul face aux explosions quotidiennes, à ces combats fratricides qui ensanglantent l'Afghanistan ? Son châtiment sera-t-il à la hauteur de Raskolnikov ?... Atiq Rahimi écrit là un roman à la rage de sa terre natale et de ses  contradictions.

 

"Bouge, Rassoul, bouge !

 Inertie totale.

 Rassoul ?

 Qu'est-ce qui lui prend ? A quoi pense-t-il ?

 A Crime et châtiment. C'est ça, à Raskolnikov, à son destin.

 Mais avant de commettre ce crime, au moment où il le préméditait, n'y avait-il jamais songé ?

 Apparemment non.

 Ou peut-être cette histoire, enfouie au tréfonds de lui, l'a-t-elle incité au meurtre.

 Ou peut-être...

 Ou peut-être... Quoi ? Est-ce vraiment le moment de méditer sur son acte ? Maintenant qu'il a tué la vieille, il ne lui reste qu'à prendre son argent, ses bijoux... et fuir.

 Fuis !

 Il ne bouge pas. Il demeure debout. Séché sur pied, comme un arbre. Un arbre mort, planté dans les dalles de la maison. Son regard suit toujours le filet du sang qui atteint presque la main de la femme. Qu'il oublie l'argent ! Qu'il quitte cette maison, en hâte, avant que la soeur de la vieille n'arrive !

 La soeur de la vieille ? Cette femme-là n'a pas de soeur. Elle a une fille.

 Peu importe, que ce soit sa soeur ou sa fille, cela ne change rien. A cet instant, qui que ce soit qui entre dans la maison, Rassoul sera obligé de le tuer aussi.

 Le sang, juste avant de toucher la main de la femme, a dévié. Il coule maintenant vers une partie ravaudée du tapis où il forme une flaque, non loin d'une petite boîte en bois qui déborde de chaînes, colliers, bracelets en or, montres...

 Qu'as-tu à faire de tous ces détails ? Ramasse la boîte et l'argent !

 Il s'accroupit. Sa main hésite à se tendre vers la femme pour lui arracher l'argent. Déjà, elle a le poing raide, ferme comme si elle était toujours vivante et tenait avec force la liasse de billets. Il insiste. En vain. Troublé, son regard se pose sur les yeux de la femme, sans âme. Il y aperçoit le reflet de son visage. Ces yeux exorbités lui rappellent que la dernière vision que garde une victime de son assassin s'incruste dans ses pupilles. La peur l'envahit. Il recule. Son image dans les iris de la vieille disparaît doucement derrière ses paupières.

...

Rassoul, pars !

Comme un fétu de paille il décolle, se précipite vers la fenêtre, l'ouvre et bondit sur le toit de la maison voisine, abandonnant ainsi le patou, l'argent, les bijoux, la hache... tout.

Arrivé au bord du toit, il hésite à sauter dans la ruelle. Mais le cri effrayant qui retentit depuis la chambre de nana Alia ébranle ses jambes, le toit de la maison, la montagne... Il s'élance et atterrit violemment. Une douleur vive transperce sa cheville. Aucune importance. Il faut se lever. La ruelle est vide. Il faut se sauver.

Il court.

Il court sans savoir où aller.

Peut-être la femme s'est-elle évanouie en découvrant le cadavre.

Non, espère-t-il.

Qui était cette femme, cette espèce de satanée qui a tout fait échouer ?

Etait-ce vraiment elle ou... Dostoïevski ?

Dostoïevski, oui, c'est lui ! Avec son Crime et châtiment, il m'a foudroyé, paralysé. Il m'a défendu de suivre le destin de son héros, Raskolnikov : tuer une deuxième femme - innocente celle-ci ; emporter l'argent et les bijoux qui m'auraient rappelé mon crime... devenir la proie de mes remords, sombrer dans un abîme de culpabilité, finir au bagne...

Et alors ? Ça serait mieux que de fuir comme un pauvre con, un criminel idiot. Du sang sur les mains, mais rien dans les poches.

Quelle absurdité !

Qu'il soit maudit, Dostoïevski "


 

 

JJ.jpgPrix Goncourt 2008 pour Syngué sabour. Pierre de patience, Atiq Rahimi est né à Kaboul en 1962. Après avoir vécu la guerre d'Afghanistan de 1979 à 1984, ce fils d'intellectuels a obtenu l'asile politique en France où il a étudié l'audiovisuel à la Sorbonne et obtenu la double nationalité. Titulaire d'un doctorat, il adapte lui-même son premier roman, Terre et cendres, prix du Regard vers l'avenir au festival de Cannes en 2004.

Si ses deux autres ouvrages ont été écrits en persan, c'est directement en français qu'il a rédigé Syngué sabour et ce nouveau roman, son cinquième livre.

 

16 juin 2011 4 16 /06 /juin /2011 01:00

Les-sillons-des-jours.JPG

Photo Isabelle Lagny

 

 

Terre de lecture...

lâche pas le sillon crevé.

Un désert tout autour, 

à la croisée du mur, 

d'un murmure...

 

Des pas montés en graine de lin,

une tension dans la trame des consciences,

au bout du champ.

 

Un lacis d'énigmes,

et autant de papillons insaissables dans ma main.

 

Terre de lecture...

lâche pas le sillon crevé

où je respire.

 

Une promesse de ta bouche sur mes lèvres,

le miroir de tes buées, ma vie battue de la tienne.

 

Terre de lecture...

Une oeillade, brêche des cils arqués au rimmel,

une litanie de la joie en épis couchés,

empêchés de prières

et de

corrections,

déclarations,

contre-déclarations,

résolutions foutues,

silences de thèses exposées

à la lumière de "je ne sais pas, je ne sais pas !"

des chronologies échappées,

des alphabets, non-alphabets

des qualités requises aux hiéroglyphes de la terre,

"je ne sais pas, je ne sais pas !"

à la jointure des lignes,

"je ne sais pas, je ne sais pas !"

 

La mort récitée par coeur,

je ne sais pas.

 

 

 

Published by brigitte giraud - dans Recueil de photos et textes
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15 juin 2011 3 15 /06 /juin /2011 10:41

picasso.jpgImaginez la scène : une chaise longue  dans un jardin, une femme allongée sur la chaise longue, elle lit. On ne sait pas ce qu'elle lit, (d'ailleurs on s'en fout un peu, parce que ce n'est pas très important, là.) Il fait beau. Idéalement.

 

 

"Idéalement", cela veut dire qu'elle a formulé ces mots : "Tiens , il fait beau, je vais lire sur la terrasse ! "

Cela veut dire qu'elle a mis en mots et traduit sa disponibilté à être, lisant sur la terrasse  : "J'ai envie de lire sous le ciel, parce qu'il fera du chaud en moi."

Cela veut dire qu'elle fait résonner le beau temps en elle, et que ce beau se transforme en une légèreté de la conscience, en une richesse immédiate à accueillir ce  désir de légèreté... et le livre. "Voilà, je prends le temps de lire. Ici."

Cela veut dire, aussi, que, inconsciemment, tout est réuni à ce moment-là pour que le livre devienne le réceptacle de la beauté intérieure ressentie, portée par le paysage et l'état dans lesquel elle se trouve : "Ce que je lis est en accord avec le petit mouvement platonicien que je sens en moi, et j'ai envie d'entrer dans le livre, dans la richesse philosophique que j'y trouve."

 

Je lis une phrase de Proust qui dit cela je crois bien :

"...Quel que fût le livre, il aura l'air un instant de détenir le secret de la vérité et de la beauté à demi pressenties, à demi incompréhensibles, dont la connaissance était le but vague mais permanent de ma pensée."

 

 
14 juin 2011 2 14 /06 /juin /2011 17:59

"Vers 18h45, je me rendais rue Notre-Dame des sept douleurs. A Avignon."

Je relis, dans un de mes carnets, cette phrase puis celle-ci qui l'accompagne      : " Aujourd'hui 13 août, la douleur se contient dans un chiffre d'or, sur une plaque de porcelaine bleue."

Surprenant un nom de rue pareil ! Une rue ordinaire, en pente,  qui tourne un peu.

Je chuchote à présent ce nom pour moi toute seule, une musique à l'échappée de ma bouche, des questions bousculées sur la langue.

De quelles douleurs, s'agit-il ?

Qui est la Dame douloureuse ?

Quand ?

 Et où ?

Enfin... pour quelles raisons confuses, l'escalier de la douleur s' est -il obstiné sur la septième marche ?

 

 

Ne pas vouloir se contenter seulement du rétréci et de l'ellipse. Faudrait aller aux archives de la ville...

Je me dis : " la douleur n'est pas étriquée, le désir s'y perd. "

Puis, je me demande s'il est vraiment possible que le désir se perde.

La dame de la rue s'est sans doute perdue dans l'espace infini d'un questionnement infini. A-t-elle  longtemps pensé à ce mot-là : désir. Je me dis  qu'elle a  dû tant penser ce mot-là, obstinément, qu'une espèce de vérité est forcément   apparue de ses songeries.

Le désir a un objet, une destinée, et des sursauts.

 

C'est alors, seulement alors, qu'elle ainventé des tristesses aux voix qui chahutaient dans l'angle de son crâne.

 

 

 

Published by brigitte giraud - dans Mémoire vive
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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 15:50

 

Ce qui passe par la tête. Elle a écrit sur mon verre en plastique au feutre noir : "Sauvons les coccinelles violettes". Une phrase au hasard ? Pas tellement. La première qui vient sans réfléchir. Ce n'est pas si facile après tout, d'énoncer un "truc" qui passe.

Sans réfléchir, mais c'est toujours réfléchir un peu, le lacher prise de la langue ! Dans le cadavre exquis des surréalistes, il y a de la composition. Une posture de l'assemblage. L'oulipien, ça se travaille. L'Ouvroir de littérature potentielle n'est pas, précisément, de la littérature aléatoire.

Raymond Queneau la définit d'ailleurs comme écrite par des « rats qui construisent eux-mêmes le labyrinthe dont ils se proposent de sortir ». 

C'est un véritable stimulant pour l'imagination qui faut faire agir, réagir. Ainsi Perec (sans accent s'il vous plaît), Italo Calvino et Queneau s'y sont installés dans cette expérimentation de la langue. (Des contraintes littéraires, des sortes de rubans qui existaient depuis longtemps, sous forme de jeux de mots, à la manière des troubadours.)

"L'OULIPO, c'est l'anti-hasard", affirma un jour sans rire l'oulipien Claude Berge,   C'est qu'il ne faut pas se méprendre : la potentialité est incertaine, mais pas hasardeuse. On sait parfaitement ce qui peut se produire, mais on ignore si cela se produira. »5080425563_031c2bdb86.jpg

Voilà, c'est cela que je trouve formidable : "On sait ce qui peut se produire, mais on ignore si cela se produira".

C'est finalement l'exploration et l'éprouvé qui apprennent.

"Sauvons les coccinelles violettes !"   Oui, moi je veux bien !

 

 

 

Published by brigitte giraud - dans Entre tiens et miens
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10 juin 2011 5 10 /06 /juin /2011 23:14

 

 

 


 

"L'embellie", de Juliette Gréco ! Ca faisait bien longtemps que je n'avais pas 528984791_162a4a6626.jpgentendu Juliette.

 

L'embellie c'est une fleur... D'accord ! Alors je choisis  le magnolia.

- Qui ne doit plus être toute jeune... Elle a quel âge, tu crois ?

Et c'est soi-même qu'on raconte. Le temps qui file entre doigts. On a poussé avec Juliette. On se souvient que Boris Vian était mort depuis longtemps, quand on a appris que Sartre avait écrit "Les blancs manteaux". On regardait, ébahis, les photos en noir et blanc ; les films sur Saint-Germain étaient déjà nos documentaires. 

Les magnolias étaient là, eux, toujours. Cet arbre-là, pour cette fleur-là.

On les appelle  "des fleurs solitaires". Pour les botanistes, c'est une fleur primitive. Mais ce qui est incroyable, vous voyez, c'est que la floraison apparaît généralement après quinze à trente ans...  Où serons-nous donc quand la fleur qui se prépare aujourd'hui s'ouvrira ?    

 

 
Published by brigitte giraud - dans Intimité
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9 juin 2011 4 09 /06 /juin /2011 22:11

 Conversation.

Un adulte. Un enfant.

Entre eux, la langue.

 

"- Je te donne ce livre. Ce livre est à toi.

- Est-ce que je peux apporter lui à maîtresse et le porter après la maison à toi ?

- Oui, tu pourras l'apporter à ta maîtresse demain pour qu'elle le lise aux enfants, et tu l'emporteras ensuite à ta maison. Ce livre est à toi.

- Le porter la maison à toi ?

- Non, à toi, la maison à toi... ta maison. Ce livre est à toi. Je te le donne. Tu le rapporteras à ta maison. A toi. C'est ton livre. Il est à toi.

- ...A moi ?

- Oui, à toi. "

 

  ... C'est personnel. C'est privé, vous voyez bien.

Il est question de personnes. Personne ? Vraiment, vous croyez ? Personne ?

Enfin...si ! il est question de quelqu'un... Justement il est question de quelqu'un. De pronom...  pour  nommer personne. Nommer personne,  puisque c'est privé.                 

Donc, "pronom personnel"... Ouf ! ça y est c'est fait,  c'est laché, c'est dit ! Complément. Personnel et complément. Complément de quoi ? Complément personnel de quoi ? De qui ?

Complément personnel direct. Direct. Zouh !... Tout direct ! A peine parti, déjà arrivé, tu vois. Direct, je te dis, sans escale ici ou là. Direct à la personne ! En main propre, quoi.

Pronom personnel privé direct... Et indirect...  

Toi, moi, à toi...à moi... te, me, moi, à toi, moi... toi...

Je regarde l'enfant. Il sait bien que je m'adresse à lui, qu'il s'agit de lui, que  lui agit en moi, en quelque sorte.

Son visage cherche dans mes yeux qui est, très exactement, "toi", quand je dis "toi".

"Et alors pourquoi, se demande-t-il, pourquoi elle ne dit pas "moi", mais "toi", puisqu'il s'agit de moi ?"

Published by brigitte giraud - dans Mémoire vive
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8 juin 2011 3 08 /06 /juin /2011 12:12

Café. Petit crème. Une noisette à une terrasse. Une page d'écriture.

Une lettre.

On n'écrit pas pareil un texto, un mail et ...une lettre.

On ne reçoit pas de façon égale un texto, un mail et ...une lettre.

La feuille, la plume, et l'encre. Rien de plus simple que ça !

Une tache blanche sur le carrelage. Adresse calligraphiée. 

Fébrilité. Je me baisse. Je reconnais. Je sais. La lettre.

Ne pas l'ouvrir aussitôt. Choisir de s'installer ici plutôt qu'ici. Se mettre en condition pour la recevoir complètement dans les yeux  et  ne pas aller trop vite, ne pas risquer la glissade sur la sensation.

Au contraire, s'en laisser remplir, se laisser faire par elle.  Physiquement (comme  pour un livre, en tournant les pages pour humer l'odeur des encres, du neuf des encres), et psychologiquement.  

Sentir le sentiment de la lettre,

et s'ajuster à elle.

 

Imaginer la main qui s'empare du stylo,

les forces internes toutes rassemblées et tenues, au bout des doigts qui écrivent.

Ce temps du don.

Lire sans rien se formuler, mais sachant bien tout ça, le sentiment de la lettre.

Puisqu'on s'en passe, qu'on peut bien s'en passer avec nos technologies de la vitesse... 

 

 

Le jour alors se poétise.

Lisa Portelli sur "l'horizon".

Published by brigitte giraud - dans Intimité
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7 juin 2011 2 07 /06 /juin /2011 14:14

imagesCAJJ0SVA 

 

 

 

Cette femme de Giacometti est assise, les genoux serrés, pliés. Elle n'est pas en prière. Son regard cherche au loin. Ses yeux sont ouverts sur... Sur ses mains. Savent les mains qui s'apprêtaient à applaudir, peut-être, arrêtées dans leur mouvement.

Pour retenir l'objet invisible, cette chose infiniment précieuse et fragile.

Devait pas tomber par terre et se briser. imagesCAIA587S.jpg

Ce vide n'est pas un vide, non,

il est l'objet sans visage, sans figure, qui ne doit pas être défiguré.

Pontalis écrit :

"il n'est rien d'autre que ce creux, cette absence qui est en chacun de nous. Ce n'est ni le paysage d'avant, ni celui de maintenant, ni mon passé ni mon présent, mais cet insaisissable que pourtant je tiens et qui me tient."

 

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