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17 avril 2011 7 17 /04 /avril /2011 20:34

C'est à Erevan, à Bakou, ... ou ailleurs.

On partirait de là-bas pour raconter l'histoir1111982853_d0517a59d9.jpge.

Raconter une histoire est une nécessité

pour l'aborder,

que d'autres accostent des rivages, un quai qu'on ne sait pas.

Aborder une terre, c'est dessiner une géographie de nulle part,

des virages en épingles à cheveux piquées sur un marbre.

La pierre résiste aux vivants, pas aux morts.

Faudrait alors un bois tendre pour tailler son histoire,

pour une route.

Parce que loin, c'est là,

et là,

c'est ici.

 

 

 

Published by brigitte giraud - dans Mémoire vive
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17 avril 2011 7 17 /04 /avril /2011 13:59

Fragilité des choses. A l'ombre des mots.

De plus en plus fragiles, les choses et les mots, dans un monde  mouvant où l'inquiètude passe partout.

Danièle Sallenave relève que le mot" souci" remplace de plus en plus souvent le mot "problème". Je n'avais pas remarqué ça encore, moi.

Le "souci" va avec tout, dit-elle, et les situations s'y plient. Le "problème" veut une analyse, une réflexion, une implication de soi, le "souci" demande rien, il tombe dessus d'un coup et on n'y peut rien, on n'est pas responsable et il n'y a pas à penser, ça pense tout seul puisque ça ne pense pas, le "souci" ne pense pas, il est.

C'est vrai que dans un magasin de vêtement ou de chaussures, si on ne sait pas quelle taille ou quelle pointure choisir, la vendeuse arrivera pour nous soulager : "Vous avez un souci ?"

"T'as un souciiiiiiiiiiiiiiii ?"

- Non, s'insurge Danièle Sallenave, j'ai un "problème" ! Un problème de couple, un problème de voiture, un problème d'asthme, un problème d'identité, un problème de coeur... Et ce ne sont pas des soucis, ça !

Un mot ne peut pas être remplacé par un autre, à la va vite ! La langue travaille lentement. Signe des temps, à l'ombre des mots, des temps livides, à l'ombre des mots, des temps de sable, à l'ombre des mots...

Où l'homme, dit Danièle Sallenave, n'est plus au coeur de sa vie, où le coeur n'est plus le bon sujet, où la vie, au coeur des hommes, est tyrannisée et dépendante d'une reconnaissance venue de plus haut que soi, et de ce qu'on sait, implicitement : être le jeton jetable, le siège éjectable, l'exclu(e) du groupe sans avoir son mot à dire,  à l'ombre des mots , comme si "le problème" ne pouvait plus avoir de solution, ou alors seulement pour les mômes mauvais en maths, pour qui le problème de l'équation sera pour le coup un réel souci.

A l'ombre des mots, je me dis. "A l'ombre des mots", le titre du Trio Joubran, texte de Mahmoud Darwich.

A l'ombre des mots Et je me dis encore, je me le répète, qu'il faut en prendre soin.

Les soigner, les mots, dans tous les sens où le sens parle.

Mais c'est difficile ! Difficile, car comment dire ? Comment dire quand parfois on sait la réponse et que la réponse n'est pas explicable en cinq minutes, devant n'importe qui. Il faut du temps.

Je sais la pomme, le goût de la pomme, mais comment "dire vraiment" le goût de la pomme...

Je sais le vent sur ma peau un jour de sable, mais comment "dire vraiment" ce vent-là, ce jour-là, ce sable-là...

A l'ombre des mots de la poésie.

Parce que sans ça, sans eux, on tombe dans l'instant. Dans l'immédiat. Dans l'ordinaire de l'immédiat, limité à lui, limité à eux. On ne sait pas comment faire.

Alors la poésie, à l'ombre des mots...

 

16 avril 2011 6 16 /04 /avril /2011 16:02

C'est ça. Un chuchotement. D'abord presque inaudible.

Un suintement de voix qui, faiblement, bat.

Une voix off bat toujours, une palpitation cardiaque inaliénable,

la vie qui s'écoute,

s'écoule,

s'égoutte.

Ce qui résiste au bord du toit.

Voilà que me reviennent ces mots :"S'il le faut, marche au bord des toits !"

J'écoutais ce texte de Jean Genet, chanté par Marc Ogeret ou Hélène Martin, pour l'émotion de ces seuls mots-là, qui retentissent encore et différemment.

Si simple ! "S'il le faut, marche au bord des toits..."

 

 

 

Il existe des voix off de diverses natures. La chanson n'a rien à voir avec certaines d'entre elles

Parce que depuis trois jours, j'en sais une autre, une autre voix off,  d'une justesse terrible, la justesse  de celle de Claire Massart, de ses mots, portés par la grande comédienne québécoise Françoise Fauchet, une autre voix off, d'une douleur vive de l'amour qui pouvait s'écrire, faire cela, écrire à voix blanche, éperdue, le papier effleuré, un souffle sur des cheveux pour qu'ils tremblent...Peut-être en reparlerons-nous bientôt...

Published by brigitte giraud - dans Intimité
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15 avril 2011 5 15 /04 /avril /2011 03:07

J'ai été très émue par un tetexte. Sur la passion. Un texte intelligent, mais l'intelligence pourrait s'absenter là, encore que... Non ! Elle accompagne ainsi que l'émotion toutes les réflexions. 

Une réflexion est de faire, par la pensée, un mouvement vers soi, de retourner vers soi pour examiner les choses à la verticalité de facettes autrement éclairées que ce qui est immédiatement supposé être. Analyser ce qui est senti, l'a été. Pas expliquer. Comprendre, "prendre avec" empathie le ou les sens que l'on ferait vibrer. 

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Le mystère de l'amour chez Marguerite Duras... Creusé, toujours plus loin, là où la faille des êtres révèle elle-même la faille qui permettra le déploiement du mystère du désir, un désir tout autant terrifié qu'il est terrifiant. Une sidération jamais délaissée, une tension tenue en puissance, à l'extrême supportable et désespéré dans ce qui est rejoint, au seuil d'un manque impossible à combler. 100_4577.jpg

Les mots qui parlent aux mots. Le désir entre deux voix. Comme une note tiendrait les gestes et les corps. Le désir est un narrateur on pourrait dire, une voix off qui incorpore le corps des amants. Deux corps dans une même enveloppe de peau très fine, tendue terriblement. Un mystère de comment "ça" ne peut pas tenir ce qui tient quand même ce qui ne tient pas...

Ne se délaisse pas. Jusqu'à la gorge et l'éboulement, le choc, le corps roulé, déroulé, laissé presque mort, mort une fois.

"L'homme assis dans le couloir" tue la plage, la mer, le sable, la lumière, la cabane, le ciel, le ressac, l'insupportable ressac, parce que la plage, la mer, la sable, la lumière, la cabane, le ciel, le ressac, l'insupportable ressac le lui demandent. Le désir de la passion et la passion du désir sont un seul corps. Indissociables et rivaux, peut-être. Je ne sais pas dire ça. Non, je ne sais pas.

Marguerite Duop.jpgras est toujours extérieure à ce qui se passe dans ses romans.  Elle est témoin, elle est le désir/témoin de ses personnages. Elle les laisse se débattre avec elle, avec lui.

Elle ne sauve rien. 

Elle assiste son propre mystère, à elle.

Elle ne sait pas non plus qu'en faire. 

Toute autant terrifiante que terrifiée. 

 

"Vous et la mer, vous ne faites qu'un pour moi, qu'un seul objet celui de mon rôle dans cette aventure. Je la regarde moi aussi. Vous devez la regarder comme moi, comme moi je la regarde, de toutes mes forces, à votre place.

Vous êtes sorti du champ de la caméra.

Vous êtes absent.

Votre vie s'est éloignée.

Votre seule absence reste, elle est sans épaisseur aucune désormais, sans possibilité aucune de s'y frayer une voie, d'y succomber de désir.

Vous n'êtes plus nulle part précisément.

Vous n'êtes plus préféré.

Plus rien de vous n'est là que cette absence flottante, ambulante, qui peuple à elle seule ces sables.

Tandis que je ne vous aime plus, je n'aime plus rien, rien, que vous, encore.

Ce soir il pleut. Il pleut autour de la maison et sur la mer aussi. Le film restera ainsi, comme il est. Je n'ai plus d'images à lui donner. Je ne sais plus où nous sommes, dans quel fin de quel amour, dans quel recommencement de quel autre amour, dans quelle histoire nous nous sommes égarés.  Je ne vous aime plus comme au premier jour. Je ne vous aime plus.

Restent cependant autour de vos yeux, toujours, ces étendues qui entourent le regard et cette existence qui vous anime dans le sommeil.

Reste aussi l'exaltation qui me vient à ne pas savoir quoi faire de ça, de cette connaissance que j'ai de vos yeux, des immensités que vos yeux explorent, à ne pas savoir quoi écrire, quoi en dire, et quoi montrer de leur insignifiance originelle. De cela je sais seulement ceci : que j'e n'ai plus rien à faire qu'à subir cette exaltation à propos de quelqu'un qui était là, quelqu'un qui ne savait pas qu'il vivait. Mais ne cherchez pas à comprendre ce phénomène photographique : la vie.

C'est à travers ce défaut de votre sentiment que je retrouve votre qualité, celle justement de me plaire. Je crois être seulement attachée à ce que la vie ne vous quitte pas, pas autrement, le déroulement de celle-ci me laisse indifférente, elle ne peut rien m'apprendre sur vous. C'est ainsi que vous vous tenez face à moi, dans la douceur, dans une provocation constante, innocente, impénétrable.

Vous l'ignorez."

                                                                   éditions de Minuit  "L'homme atlantique"

14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 22:28

L'agenda pour des marques. Et les jours sont des pages.

Toujours un temps, une attente.

Un nom mal orthographié, et l'aiguille s'accélère, sort du cadre, le pouls en décadence,

"Mon Dieu !" venu de loin, le sang battu aux tempes, les mains blêmes.

La musique dans des trous, jaillissante, une rage à être.

Un enfant en sourire qui vend un hôtel, puis deux, une chambre laissée pour une autre, un Monopoly à portée de la rue. Un coloriage du lapin et de l'ours sans dépasser la ligne, l'alphabet sur la langue, une mémoire écrite, des pointillés pour demain...

Une date, là. L'oubli qui ne veut pas. L'oubli qui se moque bien d'oublier quoi que ce soit. Parce que ce serait peine perdue, ou bien rien que de la peine.

L'histoire prolongée toujours d'une autre. Mais prolongée...

La date, les jours et même les heures comptent. Pour l'histoire. La mienne contenue dans celle de l'autre.

Le lapin et l'ours à l'abri d'un trait, coincés entre les pages de l'agenda, des coïncidences, des points nommés tombés à pic dans l'existence, qui font des liens et pas des noeuds.

A une lettre près, le nom épelé, noté, tamponné, tac ! Son nom mille fois à la rengaine, pour s'en convaincre que..., oui, on sait bien pourtant, y'a pas à douter de soi, de soi dans une case avec l'ours et le lapin, à l'abri dans la cage, la porte   à demi ouverte, à moitié fermée, faudra voir ! 

Quelque chose soudain résonne. Un écho.

Parce que parfois, un nom s'égare. Et un jour, c'est le sien.

Une voix ne le dit plus.

"Dis, tu t'appelles comment ?"

 

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13 avril 2011 3 13 /04 /avril /2011 03:43

Je mets toujours du temps à tirer la couette... 

Pas le moment ! Ce n'est pas encore le moment... Je retarde les montres, toutes les montres. Encore un peu. Encore ! A dire vrai, je ne sais jamais quand viendra l'éboulement,

la pierre au fond du puits, lourde, lourde, toute accrochée à moi, dans sa chute brutale. Coque de noix sur des flots. Tempête. Choc !

Noir. 

Désir noir de dormir d'un coup sans prévenir la pensée qui guette.

Le tiroir sort de ses rails.

"Tu dérailles !"  je dis à haute voix. Parfois j'ajoute "ma pauvre fille !"  Pour maintenir la distance entre moi et moi. 

N'empêche, les images me tombent dessus quand même, sans bruit. Le tiroir se vide au ralenti.

Vous prendrez bien un effet sépia ? Vieux film rayé des années... ?  Un truc qui prouve qu'on a vécu pour l'expérience qu'on en a, en somme. Un truc...

Parce qu'il faut bien qu'il y ait un truc qui vive, 

qui bouge,

qui nous remue les yeux 

et l'intérieur des yeux.

Sur quelques-unes, j'ai reconnu un visage. J'ai vu le mien quelquefois, une miette de cil, la joue gauche avec un bout d'oeil, des morceaux de moi.

Film muet au ralenti. 

Ou spectacle qui n'existe pas,

évanoui,

d'un tiroir aux alouettes,

ivresse du bateau.

 

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12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 20:31

 

 

 

"Poésie de la et de la" n°2.

Dominique Boudou croise aujourd'hui les champs poétiques de Antoine Emaz et de Béatrice Mauri. Je vous laisse en juger.

11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 22:49

"Nous ne pouvons vivre qu'en mourant dans le même temps", écrit Max Frisch.

Je ne connais pas Max Frisch, mais je trouve une drôle de justesse à cette phrase. On meurt toujours à quelque chose. On apprend cela tout petit. On ne sait pas que ça s'appelle : la frustration et qu'elle joue son rôle dans notre capacité à vivre avec les autres. Je veux ce jouet, mais si je ne l'ai pas, je dois accepter de ne pas l'avoir et admettre que c'est comme ça : je ne l'ai pas ! Dur d'accepter ! Dur d'admettre ! 

"Je ne peux pas le sortir du mur...." Qui donc n'a pas entendu cette réponse ? Qui donc n'a pas, à son tour, prononcé ces mots-là ?

L'expérience de la frustration, ( la vie qui s'apprend)  nous pousse-t-elle vers nos véritables désirs ? Est-ce "cela" que je veux vraiment  ? Qu'est-ce qui est essentiel pour moi ? Et tutti quanti, vous savez bien tout ça...

Mais ce qui est  intéressant, c'est toujours la part meurtrie. Celle qui va devoir vivre autrement, qui ne pourra mourir qu'en vivant ailleurs. Le "jouet manqué" est toujours là, on se l'invente encore et toujours et différemment par des tas5083769312_3af2c837ba.jpg de questions : Qui suis-je ? Qui sont-ils les autres ? Comment ils font les autres ? Et c'est tout le chemin de l'enfance, depuis le jouet raté ou la queue du Mickey qu'on n'attrapait jamais sur le foutu manège de la vie toute alors contenue là, toute entière, qui revient à nos pattes d'oiseau.

 

J'emprunte à Nathalie un fragment de son texte de blog, "Les carnets de milady" en lien ici, je vous invite à vous y rendre :

 

"Une autre voie s'ouvre.

Où les personnages vivent de façon inconnue.

Respirent autrement.

Où le temps s'écoule comme il le souhaite.

Comme il l'entend.

Un point commun à nos désirs, à ces histoires qui se tamponnent, à ces histoires contées.

La fin."

 

Published by brigitte giraud - dans Intimité
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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 13:38

 Ca tourne, ça déménage, ça virevolte, ça prend la tête, ça hisse un peu plus haut, ça marche, le liquide se solidifie, ça fait une crème bonne, si bonne qu'on ne peut s'en défaire, la peau tannée des jours de soleil, même à prétendre l'oubli...

Je marche dans ma tête, je cogite, je pense.

Je marche. Alors voilà Camille avec sa chanson. Quand l'aube se lève, quand la nuit tombe, je marche... Et un visage traverse mon esprit, ne courant pas, sans déplacement de l'air, ou si peu.

Une note qui dure, sur la tension du fil.  "Le fil" le titre de l'album. Nous ne pouvions que l'aimer, non ?

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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 02:21

 

Ca poursuit, tangue dedans.

Un sac sous l'épaule et

faudrait courir sept lieues,

les limites poussées comme

des orteils nus sur le ciment à moitié,

éloigner la rue de la fenêtre,

la fenêtre de la porte,

et croire que ce n'est pas des yeux

qu'on emporte,

toujours,

dans le sac. 

 

 

 

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