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10 avril 2011 7 10 /04 /avril /2011 14:20

Des histoires, des histoires, tout est histoire.

Histoire de dire, histoire de narration - superflue peut-être -, histoire de regarder les autres et le comment ils font, comment ils se tiennent, comment ils croient mordicus à leur intelligente histoire qu'à les entendre penser, on sent bien qu'ils y croient à l'incontestable intelligence de tout ce qu'ils prétendront...

Tout ça, histoire de constat, au déboté et à plate couture de "Vivre ne va pas de soi".

Chanter l'inaccessible étoile, ce qui manque toujours. Et si c'était le manque qui nous faisait grandir un peu, ce qui de nos vies reliait aux autres. Un manque impossible à combler, sans illusions sur soi, une désespérance au fond, le signe de l'âge qui vient et qu'on ne  revendique plus rien de soi-même, comme si c'était déjà du temps perdu sur ce qui reste, à prendre ou à laisser, seulement croire à une navigation possible au jugé, au coup par coup,  par ce qui embarque, une sidération et un étonnement du désir, 

étoile  de l'amer.

Published by brigitte giraud - dans Mémoire vive
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9 avril 2011 6 09 /04 /avril /2011 12:53

Pour Dominique.

EVRAC 027lle m'écrit :

"C'est le bancal qui nous remet la tête à l'endroit..."

Oui, je suis sûre de cela.

Ce qui n'est pas d'équerre questionne forcément.

Ce qui ne tourne pas dans le bon sens questionne le sens.

J'ai pris parti pour le bancal depuis longtemps, un paradis quoi qu'on en dise, sans légende à mettre dessous, une hébétude d'être vivante, et de tenter de vivre, damnée comme tout le monde et le sachant, maudissant, maudissant la ligne droite, préférant celle de sorcière à la Deleuze, parce que ce qu'on trouve, ce sont des feux, qui brûlent les hommes et les inondent de flammes, brûlés dans l'âme et enrichis de la brûlure, ce qui craque fait des pousses neuves, cendres grises et des étincelles rouges. ..

On se nourrit de ce qu'on traverse. Ce qu'on traverse nous amène à d'autres terres. Des branches qui gênent la route, on entrevoit des clairières et des mots neufs, des mots, oui, des mots à en extraire une huile essentielle pour le corps, le coeur... 

Le bancal ?  une sidération, un engloutissement dans un marais, un danger, un sac de clous, et un écho soudain qui vibre.

 

 

Published by brigitte giraud - dans Intimité
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7 avril 2011 4 07 /04 /avril /2011 20:43

Dans la mythologie, il y a toute l'humanité contenue. La tragédie de notre condition. La jalousie, la trahison, la culpabilité, la transmission, la passion, l'abandon, la solitude, la soumission, la loi des pouvoirs...                              Voyez Thésée,  venu en Crête pour combattre le Minotaure, perdu dans le Labyrinthe ! Thésée veut-il rompre le processus d'une lignée coupable ? Tuer la faute ?  Défier les Dieux ?                                                                                       A chacun sa part côté sombre, une noirceur de la vie !

Pour sortir du labyrinthe, on fait comment ? Quoi saisir dans l'inconnu ? Où trouver un rebord secourable à la main ?

Un fil ? ...Oui, un fil, le fil d'Ar4325829600_f0c6c1d14c.jpgiane, ou un  chandelier pour éclairer devant, juste un peu plus loin que soi, savoir le mur et puis l'échelle contre le mur, l'escalade possible, quelques forces. 

Ils sont nombreux à ne pas savoir le chemin. Des "sans..." Sans domicile, sans papiers, sans fric, sans identité, autant dire sans visage.

On ne les voit pas. Ils rasent les maisons, s'écorchent les doigts contre le crépi de la pierre, pour croire à leurs existences, là où ils pourraient être, eux aussi, s'en faudrait de peu, une question de place, de mètres carrés, d'une signature en bas d'une page,  s'en faudrait de peu pour eux, ressembler aux gens qu'ils croisent, être de leur côté, c'est-à-dire du bon, façon de roulettes mal roulées, d'un "double six" manqué par les dés sur la table, un mauvais hasard de la naissance dans un pays saigné, des hommes parmi d'autres.

 

Published by brigitte giraud - dans Mémoire vive
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5 avril 2011 2 05 /04 /avril /2011 20:14

Il dit : "un processus, un processus à l'oeuvre".

 Je pense au processus de séduction cher à Brassens, au processus de la rupture, au processus inflationniste... Non, rien à voir, ceux-là.

"Le processus en marche, à côté de moi".

Le processus ? Un point de départ. Il y eut un jour où quelque chose a commencé. Un événement. Un geste. Une idée qui vient avec le jour, que sais-je. Puis une pensée. Une autre. Une autre encore. Une insistance de la pensée. Puis un enchaînement d'actions, de faits, et d'événements coordonnés pour aboutir à un  résultat déterminé. Un processus est né. Divin. Inévitable enfant de la conscience.

Prenez la marche, par exemple. C'est un agencement de complexités pour aboutir à une volonté de mettre un pas devant l'autre, le déplacement de son corps dans un espace. Un point de départ et un point d'arrivée.

Le processus est une mécanique dans laquelle la volonté est agissante.

Une suite continue d'opérations constituant une manière de fabriquer quelque chose, de donner lieu à une autre situation.

Est-ce que le processus fonctionne tout seul, et arrive à son terme, comme un organisme autonome qui  aurait  juste besoin  du temps  pour achever son parcours ?

Le processus... Quel processus ? (voilà, c'est moi, bonjour ! je suis le processus...)

Pour quel sens ? Faire quoi ? Aller où ? Si on ne sait pas quel sens lui donner, ni pour quel désir il existe, ni le où du quand comment de son désir, le processus reste informe, à l'image de son tourment. Il changera autant de fois que l'on changera de cap, le gouvernail rendu fou, l'horizon mouvant.

Je ne crois pas qu'il soit des automatismes en sciences humaines, justement parce qu'elles sont humaines. Il n'y a que du désir.

Mais celui qui sait absolument ce que toujours  il veut n'est pas encore né.  Le processus vaut pour ce à quoi on croit et travaille pour soi. Seulement pour soi. Pour approcher ses doutes, ses angoisses, ses paradoxes, pour comprendre quelque chose du mystère de soi.

Aller voir un psy est la preuve d'un processus enclanché pour d'autres processus de soi à démonter. Sa mécanique intérieure sur le billot. Pas de cadeau à se faire, pas de complaisance pour soi-même, une lucidité de ses neurones à l'oeuvre, et l'observation sous une lampe blanche de ce qui peut être dessoudé, démonté, relié, réuni, accepté, admis...

"Le processus" est une évolution des phénomènes.

Il n'agit pas. Il est agi. 

Published by brigitte giraud - dans Intimité
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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 20:12

Ca se passe comme ça. MarkRothkoNo1419607893

Faudrait avoir une connaissance parfaite de son sixième sens, une sorte d'alarme qui préviendrait juste au bon moment, c'est-à-dire à l'instant où on redresse sa peine, un soubresaut des nerfs et des frissons sur la peau,

faudrait une lumière quelque part pour la tromperie que l'on se fait, un clignotant orange, une sirène ou bien les deux associés, comme sur les voitures de flics ou les ambulances, quelque chose qui déblaie le terrain qu'on a encombré encore par des images douces qui tout d'un coup font comme des ronces.

Vous le voyez le chemin : un sentier vers la plage,  ouverte et nue, pensées câlines à deux heures du matin, à deux balles on savait pas, quatre sous de mièvrerie dont on n'aura pas honte, et la soupape qui fonctionne pas, laisse pas passer le souffle, ni le vent, et le sable qui devient de la terre, et les noisettes du sentier pour des épines dans les mains à vouloir les cueillir, des écorchures pour les mollets à ce point qu'il ne servira plus à rien de lever haut les jambes à chaque pas pour avancer.

Faudrait avoir à ce moment-là de la nuit un système de défense, une lampe verte,  une loupiote avec "on" écrit en rouge, pour ne pas croire au sable sous les doigts,  parce que, ne plus y croire, à la douceur du sable, ne ramène pas plus à la paix vers quoi on s'engageait que des éclats de verre sur un carrelage.

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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 00:26

 


 

2 avril 2010. Médiathèque de Gradignan.
"Lire en Poche" reçoit Laurent Mauvignier, lauréat du Prix Lire en Poche 2010. Il vient à la rencontre de ses lecteurs et parle de son écriture et de la fragilité des mots.

J'ai filmé.

Voici un autre moment précieux de la rencontre, le troisième, le dernier.
Médiatrice de l'entretien | Francine Burlaud 

3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 15:58

Fragment 2 de la rencontre avec Laurent Mauvignier.

Il parle de "la foule", de ce concept-là et de ce qui oeuvre dans la mécanique de la violence...

 


 

 

2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 23:05

Voilà. C'était tout à l'heure à la médiathèque de Gradignan. Laurent Mauvignier a reçu le Prix Lire en Poche de littérature française 2010, pour son livre "Dans la foule", et il est venu rencontrer ses lecteurs. C'était forcément à ne pas rater, un moment pareil !

J'ai filmé la rencontre magistralement menée par Francine Burlaud. J'ai ouvert mes yeux et mes oreilles. Pas de mots poseurs chez Laurent Mauvignier, pas de grands éclats lyriques, juste une fragilité à trouver de la sensation qui nous tient tous là, mystérieux de nous-mêmes et de nos émotions. Et "ça" parle dans le bruissement de la langue...

Je déposerai là quelques moments précieux. Des petites séquences, dont voici la première.

 

 

 

2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 14:23

"Je me représente ainsi les choses..."

C'est dire combien on tend vers la justesse de ce qui est, et combien elle ne se dégage pas. "Ainsi, les choses..." et le sens se perd.

On est en deça du coeur des choses, le plus souvent en deça. Du coeur.

A les raconter, elles deviennent fades. On pourrait les trahir. On ne veut pas. On les garde là, à peine effleurées. A cause de la peine justement. Une peau à côté de la sienne. C'est ainsi que...

Ou alors écrire.

Pour ça que j'aime l'écriture de Laurent Mauvignier. " Ceux d'à côté", "Seuls", "Loin d'eux", "Des hommes", des livres qui travaillent le mystère de la pensée.

La pensée "à la charrue", parce qu'elle ne se maîtrise pas, toute autonome qu'elle est, au fil des événements et des glissements de soi, qui tisse ses réseaux de synapses, qui voit, envoie, renvoit à des toiles que l'araignée de la tête dessine et superpose... des calques d'émotions sur d'autres, pour entendre quelques chose de la vie, de la sienne et des autres. 

Et comme c'est difficile à peindre !

Des représentations qu'on ne saurait dire jamais, bouées sur la mer, flottantes, dans un corps mouvant. Des morceaux de soi qu'on voudrait raccorder à soi, dans une marge de soleil ou un rayon de pluie. Et on oublie toujours une couleur, des dégradés inévitables et nécessaires pour approcher ce qui ne tient pas en une phrase.

En deça. On reste en-deça. Le creusement de la phrase, c'est épuiser la pensée qui bouge et ne s'en sort pas, et qui pourtant, pourtant, commence à vivre un peu.

1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 00:21

billet-joubran-010.JPGMagnifique magnifique spectacle/concert du Trio Joubran !

C'est à l'ombre du poète Mahmoud Darwich que les frères Joubran jouent ce soir,

et les yeux me sortent des yeux,

à entendre et à lire, la musique et les mots,

la musique des mots.

 

Pendant près de douze ans, ils l'ont accompagné en Europe et à travers le monde. Leur musique accompagnait la lecture des poèmes de Mahmoud Darwich, le poète palestinien, toujours en exil, quand il incarnait la paix et la tolérance. Le récital était pour lui comme un prolongement de l'acte d'écrire.

Le TrIo Joubran lui rend un ici un hommage poétique et plein de sensibilité. La traduction de l'intégralité des poèmes est projetée sur des écrans, de longs rubans qui découpent l'arrière-scène. Et cette scénographie stupéfiante ajoute à l'oreille une dimension visuelle impressionnante.

 

La terre nous est étroite

Sur cette terre

Sur cette terre,

il y a ce qui mérite vie

l’hésitation d’avril,

l’odeur du pain à l’aube,

les opinions d’une femme sur les hommes,

les écrits d’Eschyle,

le commencement de l’amour,

l’herbe sur une pierre,

des mères debout sur un filet de flûte

et la peur qu’inspire le soulèvement aux conquérants.

 

Sur cette terre,

il y a ce qui mérite vie 

la fin de septembre,

une femme qui sort de la quarantaine, mûre de tous ses abricots,

l’heure de soleil en prison,

des nuages qui imitent une volée de créatures,

les acclamations d’un peuple pour ceux qui montent,

souriants vers leur mort

et la peur qu’inspirent les chansons aux tyrans.

 

Sur cette terre,

il y a ce qui mérite vie 

sur cette terre,

se tient la maîtresse de la terre, mère des préludes et des épilogues.

On l’appelait Palestine.

On l’appelle désormais Palestine.

Ma Dame, je mérite la vie,

car tu es ma Dame.

Mahmoud Darwich. 1986

Ecoutez sa voix... Les yeux aussi entendent. 



 

Published by brigitte giraud - dans Mémoire vive
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