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21 juillet 2014 1 21 /07 /juillet /2014 13:08

fabrice-farre-le-chasseur-immobile.jpg

 

"L'oiseau sauvage nous épiait, nous
qui étions deux à reconsidérer
inertes, le chemin parcouru dans la chair.
Les villes intérieures, les bagages ficelés,
le manque de mouvement, simplement
l'idéale stupeur d'aller en reconnaissance
au fond, au tréfonds, sans qu'il fût
question d 'agonie, de perte ou de noirceur
inutile.
Je procédai aux derniers préparatifs sous
l’œil fixe de l'oiseau noir
qui vole et qui fixe, conscience exilée
toujours égale à ce que nous projetions d'être"

 

On avance doucement au long des mots de Fabrice Farre.

On est sur un seuil, on sait tout de suite qu'on sera attentif aux bruits et aux silences, aux objets, aux insectes, aux espaces. L'écriture nous y enjoint.

On écoutera"un éclat de voix cet après-midi dur à travers la haute fenêtre pauvre", le regard en éveil d'un geste, d'une ombre, de la présence, une femme sous les mots avec son désarroi dans la chambre, des  temps fondus dans le recueil, au puits des jours.

On deviendra nous aussi guetteur et chasseur , ou bien pourchasseur, -sauveur on voudrait bien-,  de toutes les ténèbres revenues -de quel puits ? On voudra les jeter dehors.

"Le chasseur immobile", un très beau texte ! 

 

"je n'entends plus grincer

la poulie sur le puits ni rouler

la corde au creux des jours gémellaires

de cette fin d'été.

Il ne reste donc que deux secondes :

l'une où nos mots nous gardaient

tout comme l'ombre sur l'eau,

l'autre dont le seau vide est remonté

avec l'expression de nos visages surpris en son fond."

 

"Regarde ces bougie, nous aussi

nous sommes de cire, dans les musées,

devant le jour qui montre

que vivre est un anniversaire,

mourir une flamme de ces bougies

que l'on vient d'allumer."

 

  "Il s'agit toujours d'éviter même mentalement le goufre : cette terre qui s'absente et se ferme dans le noir insomniaque qui nous est commun. Il nous révèle quelquefois comme de grands marcheurs et cette continuité inquiète nous rend passeurs aguerris de la perte mais toujours attentifs au bond qui mesure la profondeur du précipice et celle de notre insolence."

 

Fabrice Farre écrit dans de nombreuses revues et dans son propre espace, son blog : "Poésie contemporaine...peut-être" http://biendesmotsencore.blogspot.fr/

  "Le chasseur immobile" est édité par Le Citron Gare

contact : p.maltaverne@orange.fr

 Sophie Brassart accompagne avec talent le recueil de Fabrice Farre par ses très belles encres, esquisses de corps penchés, puis là, un visage flottant, ou un regard perdu, comme agrandi...  

20 juillet 2014 7 20 /07 /juillet /2014 11:11

 En entrant dans la maison, tu trouveras

  ton absence là où je l'ai posée,

  peinte en blanc sur le mur. 

  Ses simagrées d'ombres à la lampe

  font semblant de fumer une cigarette.

  Et ce n'est pas vrai.

  Elles se sont mises d'accord avec le silence

  sans rien me demander.

  Si je m'échappe,

  elles m'attrapent au lasso

  pour me faire rire.

 

 BOUCHES-002-002-1-.JPG

 

 

 

18 juillet 2014 5 18 /07 /juillet /2014 08:28

J'ai pensé compter les portes.

Combien en tout ? Ici ? Là ?

Donnant sur un jardin ou sur une cour.

Extérieure/intérieure.

Fermées/ouvertes.

Battantes. Clac !

Tour et double-tout.

Théâtre des ombres.

J'ai pensé qu'on était condamné à vivre avec des portes.

L'ombre portée des portes a-t-elle un seuil au puits du jour ?

J'ai pensé que les clés se perdaient très facilement. 

Je cherche toujours les miennes.

Au fond de quelque chose, tiroir ou sac.

Je me suis demandé si les ombres pouvaient s'ouvrir en deux.

Ou en trois.  HERVE BEGOU 2

Je ne sais pas.

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                               Photo | Hervé Bégou

15 juillet 2014 2 15 /07 /juillet /2014 15:53

NUIT-16-Juillet-2017.jpg

 

 

Tu traces sur le papier le trajet de la voix.

Tu ne réfléchis pas. Ta main bouge. Pas vraiment un dessin,

galimatias de signes et de traits.

Tension, confusion, fusion...

Un visage apparaît toujours près du téléphone.

pas vraiment les yeux,

pas seulement la bouche,

pas assez les cheveux, ou trop les cheveux,

ce qui y fait penser, ce que tu prends pour,

dis qu'ils sont là, en regardant bien, ils sont là,

on les voit bien, y'a pas à se tromper !

...Et puis tu ne sais plus, ça ressemble à rien, à moins que...

Avec du bleu, un peu de bleu, pas grand chose,

juste pour les veines de la peau,

sous la peau.

Tu la sens, cette finesse de peau

par-dessous l'informe et le mal foutu,

yeux bouche et cheveux mêlés/emmêlés.

Tu ne démêles pas.

Tu veux garder la vision et l'idée de la peau

des vagues de peau,

émouvantes, tu penses,

encore que ce soit faux, tu ne penses pas vraiment.

Tu es juste émue. 

Tu te demandes pourquoi.

Hein, pourquoi ?

Pourquoi ta voix, c'est un bout de peau douce ?

 

15 juillet 2014 2 15 /07 /juillet /2014 14:29

Cedric-Bernard-Fabien-Sanchez-Catherine-Ysmal-006.JPG

 

 

                                               Candy Man

 

                                     Comme un solitaire

                             qui se tient de longs discours,

                           je parle à ceux qui vivent en moi :

 

                                            notre beauté

                                               fut prise,

                                 mais s'est rendue fièrement.

 

                         Observez nos fantômes en guenilles

                           descendre vers nous des collines,

                                          sur l'herbe folle

                                     d'une nuit tremblante.

 

                                      Pour déjouer la peur,

                                            celle qui dure,

                               mon sac est vide de ses tours.

 

                                J'offre une trace de sourire

                                          au jour qui vient,

 

                                            lui demande

                                           de me guider,

 

                                   car je suis plus vaincu

                                    qu'un pauvre quand

                                       il est mis en terre.

 

                                    J'en veux pour preuve

                                     tous les mensonges

                          qui s'étirent sur les chemins d'hier

                          et me longent comme une rivière.

 

                               Je suis l'homme de paille

                                 de mon enfance de fer.

 

                          Silence est demandé à mes pensées,

                                  un doigt sur mes lèvres.

 

                                   Je rejoins le hamac

                                      où je m'échoue

                                   et liquide mon verre.

 

                 Je déclare le chapitre de mes angoisses clos

                                        et le bar ouvert.

 

 

J'ai glissé sur le monde avec effort | Fabien Sanchez

éd. La Dragonne                                

15 juillet 2014 2 15 /07 /juillet /2014 13:19

 

Cedric-Bernard-Fabien-Sanchez-Catherine-Ysmal-010.JPG

 

 

 

"- Taisez-vous, fantoches autoritaires, faiseurs de mots, dompteurs crétins, bateleurs impuissants à ramener la cacophonie en chaos véritable, les vers à la vie, contre ceux qui malgré tout s’échappent du corps, quadrillages sur les hanches, têtes d’épingle, furoncles emmanchés sous la peau et que vous lisez d’une langue inadaptée aux déroulés fleuves. Je ne veux pas que l’on me ferme les frontières de l’invisible, ni faire mien un réel dévasté et preuve, la richesse des galets au regard de la tristesse de vos tombes. Vert marbre contre minéral. Caporal-chef ès miel duveteux contre éboulis. Je vous tuerai tous. Un à un. Et morts, je vous tue sans relâche, et coupe vos gangues."


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  C'est à l'intérieur de la langue que se tient le récit de Catherine Ysmal.  Dans son creux, dans ce qui s'articule au profond du délabrement qui empêche l'émancipation, la naissance/renaissance de "l'être à part entière", l'existence libérée d'un nom tronqué, comme seulement balbutié, réduit à une phonétique apauvri, le joug de tous les déterminismes. 

Ecrire pour les mots empêchés restés dans la gorge. Effondrer les murs de la gangue totalitaire pour le vent du beffroi. Respiration en route vers les entrailles. Ravitailler enfin la langue.

"Rendre la couronne", -il le fallait-, au père et à la mère, dans un état de commémoration et d'absolue nécessité libératrice.

Pour advenir.

 

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"A vous tous, je rends la couronne" | Catherine Ysmal

éd. Quidam éditeur

14 juillet 2014 1 14 /07 /juillet /2014 01:55

cédric bernard

 

D'une maison l'autre. Un lieu de soin, un hôpital psy serait mieux dire. On voit les murs : ceux de la bâtisse, et puis ceux élevés à l'intérieur, au- dedans de l'homme, aussi épais que sa souffrance. 

L'homme, une présence invisible sous chaque mot. Le narrateur lui parle. Tout le temps. Sa parole ininterrompue tricote les noeuds de la rage et ce qui dedans tremble d'apparaître.

Le souffle ne doit pas manquer, le souffle ne manquera pas, le souffle ne lâchera rien.

Alors l'écriture, acharnée, par blocs de textes denses, voudra tenir la bride haute à la vie pour qu'elle ne tombe pas comme un cheval à la renverse.

Prends ma respiration, je la donne à ta blessure !

Fasse alors que l'entrechoc des mots entre eux soit autant matière molle, -molle peut-être !- et têtue, que rempart au tanin de l'angoisse !

Cédric Bernard a écrit là un texte qui m'a profondément touchée. Saurons-nous jamais assez qu'un "accident de la vie" (ainsi nomme-t-on parfois très gentillement une déchirure de l'âme) est si vite arrivé !   

 

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La bascule des chevaux par Cédric Bernard

édité par Walter Ruhlmann, avec une introduction de Patrice Maltaverne

illustration de couverture de Gilbert Pinna

publié par  mgv2>publishing

 

Cédric Bernard écrit aussi depuis longtemps dans l'espace de son blog

http://lesmotsdesmarees.blogspot.fr/

ainsi que dans des revues FPDV, Vents alizés, Des tas de mots, et Traction Brabant et a fait paraître en autoédition trois livrets : C'est le matin que l'on grandit (2013), Le cas Leleu  et A propos de celui qui réussit à rater correctement (2014). A noter pour le dernier, la fabuleuse contribution de Sophie Brassart.

 

10 juillet 2014 4 10 /07 /juillet /2014 14:17

Ne parle pas trop fort,

laisse les autres glaner leur soif

dans les hauteurs qui sont si peu,

lorsque les chemins se tordent

dans des flaques couleur de rouille.

 

 

9 juillet 2014 3 09 /07 /juillet /2014 20:49

bellan-013-1--copie-1.JPG

Monotype | Claude Bellan

 

 

Il a fallu planter loin dans ma tourbe

la hache de fer 

et disposer au même endroit

des épis de blé, des graines.

Quelqu'un a parlé de Pavese 

-je ne sais plus pourquoi-

mais cela me plaisait bien

ces histoires de vie dans des langes

à damiers blancs et noirs,

une espèce d'équilibre impensable.

Au carreau de la fenêtre,

cette sincérité pourtant, à perdre pied,

un tendre corps lâché dans un torrent.

Je sentais bien ces rocailles

cette herbe tendre,  

tendre aussi,  

tendre encore...

"Vers quoi, hein ? Tendre vers quoi ?"

Je la voyais bien, moi,

cette petite bulle isolée.

Je ne voulais rien d'autre que ça :

me suspendre éperdument à ce mot,

qui doucement me soulevait,

dans une sorte de vertige,

un peu plus haut que moi.

 

 

 

 

 

 

6 juillet 2014 7 06 /07 /juillet /2014 00:03

5 juillet 2014.

Tourne avec moi. Encore une fois.

Une mécanique du temps.
Un jour, une nuit.
Un chemin qui raconte une histoire...
"J'ai oublié mon collier..."

 

 

 

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