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23 septembre 2010 4 23 /09 /septembre /2010 17:37

J'ai noté cette phrase de Marguerite Duras, qui était alcoolique à un moment de sa vie :

"Si on allait en boire un, pour une fois qu'on n'est pas mort."

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Ce qui signifie que l'alcoolique est addicte, accroché à son trouble, 

que sa dose d'alcool est une manière d'être existant,

en rupture avec ce qui le fait souffrir (un environnement, une situation, un mode relationnel nocif...)

et que sans elle,

il devient quoi ?

20 septembre 2010 1 20 /09 /septembre /2010 11:01

Défi pour "les Croqueurs de mots", n°38

 

"Vous avez une officine d'écrivain public.

Donnez-nous à lire la plus belle lettre qu'on vous ait demandé d'écrire."

 

Elle est venue me voir un jour d'automne, en début d'après-midi. Elle semblait très vivante, évaluant d'un sourire ma capacité à accéder à sa demande. Elle souhaitait une lettre d'amour, ou plutôt en voulait plusieurs, et celles-ci devaient lui être adressées. Comme si c'était son amoureux qui les avait écrites..."Lui et moi, c'était pareil, du pareil au même... !" Elle disait cela et j'ignore toujours si cet amoureux l'avait quittée un jour, ou bien s'il était mort, ou s'il n'avait jamais existé que dans son imaginaire.  La lettre que je confie ici est la dernière que "nous" ayons écrite, celle qui mettait fin à cette correspondance à une voix...

                                                                                         20 septembre 2002

Chère âme,

 

On ne peut rien contre les oreilles de souris ! J'ai bien cru en avoir raison. Et puis ce matin, elles sont revenues. Il a suffi d'un rayon de soleil et d'un vague redoux pour qu'à nouveau leurs petites feuilles tremblotent au vent. Dans moins d'un mois, le jardin sera tout bleu. Je crois bien que ce sera pire que l'an passé. Je ne sais plus quoi faire contre ces maudites fleurs.

Bien sûr, tu me conseillerais de prendre mon mal en patience, de ne pas m'entêter. Tu me dirais d'en glisser quelques-unes entre les pages d'un livre, d'en faire des bouquets, de les manger en beignets comme si c'était des fleurs d'acacia. Mais non ! Rien de tout ça n'est possible ! Il me faudrait un tel courage et tellement de ténacité que je préfère encore ma solution. On ne sait jamais, peut-être que les désherbants en viendront à bout.

Alors ce jour-là, tu reviendrais te planter devant moi comme avant et tu prendrais racine pour de bon ! Crois bien que je te dévorerais des yeux et que ma bouche serait gourmande !

Au lieu de ça, je t'écris devant la fenêtre, face au jardin, face au désastre.

Quand j'aurai fini ma lettre, je la plierai en quatre comme toutes les autres qui gonflent dans le tiroir du bureau. Je n'y mets pas d'enveloppe  à celle-ci, seulement en haut et à droite de la page, une date... Une date pour te repérer dans le temps, si...

Tout à l'heure,  j'attendrai que le vent souffle en rafales et, écartant bien les bras en corole, je les jetterai toutes ensemble depuis le balcon de la chambre.

Les lettres tourbillonneront longtemps, on croira à des flocons de neige, et elles les recouvriront toutes, les oreilles de souris du jardin.

N'aie crainte, depuis ta place sous la terre, tu ne sentiras ruien. Tu ne sauras même pas que je t'ai oublié...

... et que tout, de toi, me revient,

toujours,

toujours...

19 septembre 2010 7 19 /09 /septembre /2010 23:12

Je lis "Le maître de la poussière sur ma bouche", ce petit livre de Dominique Sampiero dont les mots, en moi, ricochent.

En exergue, cette phrase de Stig Dagerman dont j'ai déjà parlé ici,

tirée de "Notre besoin de consolation est impossible à rassasier"dagerman.jpg

"L'humanité n'a que faire d'une consolation en forme de mot d'esprit, elle a besoin d'une consolation qui illumine."

Un fragment de ce recueil, sombre et lumineux tout à la fois, est mis en voix par les Têtes Raides. Je l'ai découvert tout à l'heure. Et je suis très troublée, je ne sais pas si c'est bien ou non.  Est-ce que le texte, incantatoire ici, ne perd pas de sa substance ? Est-il fait pour être dit ?...

 

16 septembre 2010 4 16 /09 /septembre /2010 04:30

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Dans le cadre du "Festival Nomades", je travaille des textes avec le musicien Gérard Hello. Un duo qui fonctionne bien, une parenté trouvée, quelque part dans l'émotion.

C'est un bonheur de découvrir sa propre voix installée sur les cordes d'un instrument,  une guitare hodro ou un oud... des notes échappées pour des mots, et Lorca, Salah al Hamdani, Mahmoud Darwich, Nicolas Bouvier, Virginie Langlois et Cendras deviennent des frères humains sur un chemin de pierres.

Le présent alors peut bien y rencontrer Flaubert.

Les années ne changent parfois pas la donne. Un calque se pose sur les jours.

 

Lettres de Flaubert à George Sand, 12 juin 1867 :

"Je me suis pâmé, il y a huit jours, devant un campement de Bohémiens qui s'étaient établis à Rouen. Voilà la troisième fois que j'en vois, et toujours avec un nouveau plaisir. L'admirable, c'est qu'ils excitaient la Haine des bourgeois, bien qu'inoffensifs comme des moutons. Je me suis fait très mal voir de la foule en leur donnant quelques sols. Cette haine-là tient à quelque chose de très profond et de complexe. On la retrouve chez tous les gens d'ordre.

C'est la haine que l'on porte au Bédouin, à l'hérétique, au philosophe, au solitaire et au poète. Et il y a de la peur dans cette haine.

Moi, qui suis toujours pour les minorités, elle m'exaspère."

Flaubert "Correspondance" Gallimard, éditionde la Pléiade t.III p. 653-654

  

9 septembre 2010 4 09 /09 /septembre /2010 01:14

 

 

Ce pourrait être à la Chartreuse à Bordeaux.

Parce que les parcours finissent dans ces lieux, dans un abri de béton, où résonnent encore des voix chères.

L'amour, le corps, la mort,

liés infiniment avec ce que cela suppose d'incommunicable parfois.

A sa manière, Marguerite Duras n'aura jamais écrit que sur l'amour,

"le corps mort de l'amour", l'irréconciliable, la séparation,

le désir, la passion,

son immensité et sa douleur.

"Une souffrance indolore", disait-elle.

Des mots pas forcément bavards, mais qui vont vers l'essentiel,

et la nuit.

 

Allez savoir pourquoi ce soir, 09/ 09/ 10, je pense à elle !

6 septembre 2010 1 06 /09 /septembre /2010 08:00

 Défi n° 37, pour "les Croqueurs de mots"

 

! , ? :  ( ) . ; "..."

Prenez-en un, deux ou tous !

Parlez d'eux ou faites-les parler, en vers, en rime ou en prose, peu importe.

Ces signes articulent tous nos écrits, ils méritent bien qu'on joue un peu avec eux, non ?

 

 

Attention !!! Point ne souhaite m'exclamer pour me faire plaisir ou m'enliser dans des dérélictions !

J'ai été mise entre parenthèses assez longtemps, alors à présent je veux vivre, moi.

C'est la langue qui veut ça, non ?

Je me suis posée des questionnements infinis sur la pauvreté de ma condition, sur l'élitisme que je portais en moi, alors que je voulais être proche du peuple.

"Le langage pour tous !" Tel était mon credo !

Mais c'est à l'arraché ou à la tronçonneuse qu'on croit devoir aborder le problème.

Bouh ! Quelle folie ! Qui ne donnera jamais que des fruits blets à coups de règles sur la grammaire des mots. Parce que la différence de syntaxes ne se décrêtent pas un matin. C'est un travail de tous les jours, et tous les matins du monde prouveront toujours la beauté des choses.

Moi qui vous aide à parler et vous parlant, moi, la langue, tournée et retournée, depuis des siècles de mots, épaissie de noblesse, enrichie des prouesses prosatrices et de signes, je me garde debout quand je suis battue froid !

Bah ! Je sais bien qu'un leurre énorme fait, jour à jour son chemin de sape : sous prétexte de modernité, l'exigence langagière serait "has been", obsolète, caduque, une vieillerie surranée aux odeurs de moisi... et on rangerait aux placards les signes en coin de la phrase et des mots. 

On voudrait ça ?

Le croiras-tu, toi, "Croqueur de mots", craquant sous ma dentelle ?

 

 

 

 

4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 11:35

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Je me souviens avoir participé à un colloque en 2003, où j'avais parlé de Georges Perec.

"W ou le souvenir d'enfance"  est un livre fabuleux sur l'écriture.

 

Qu'est-ce que c'est que l'acte d'écriture ?

Pour chacun autre, différent, miroir déformant ou non de la vie, de sa vie, de l'histoire de son existence et... parfois, elle en devient indissociable.

Alors, on pourrait croire qu'on naît en la portant en soi,quand on déplie, plus tard, la carte intime de ce qui a construit son identité. Sa vraie identité, celle qui interroge l'être toute sa vie sans doute.

Revenons sur le parcours de Perec. Il est né en 1936, de deux parents immigrés polonais. La guerre éclate. Son père y meurt dès l'année 1940. Sa mère sait le danger pour elle. Elle envoie alors son fils de 4 ans chez des gens qui le garderont, peu avant sa déportation à Auschwitz d'où elle ne reviendra pas. Comme elle n'est pas française, elle n'aura pas droit à la mention "Mort pour la France". Les deux parents de Georges Perec n'auront pas laissé de trace sur la terre, aucune sépulture n'accueillera leur mémoire.

Georges Perec a, d'eux, un souvenir extrêmement ténu. Celui de leur disparition, informe, prend en lui toute la place.

Il se constituera une famille : ce sera celle des écrivains.

La lecture le sauvera.

L'écriture aussi.

 

"Leur souvenir est mort à l'écriture.

L'écriture est le souvenir de leur mort

et l'affirmation de ma vie."

28 août 2010 6 28 /08 /août /2010 21:23

"La peinture occupe un rôle particulier dans la mesure où elle offre à l'artiste l'occasion de maîtriser un vide et de le fixer dans le tableau au sein d'un espace illusoire.

Il s'agit de savoir ce que l'homme fait, ce qu'il déclenche lorsqu'il introduit ainsi dans le monde ce signifiant qu'il a façonné et qui fait surgir son vide central."

 

"Le vide central de l'homme", est un point de conjonction entre la connaissance et l'ignorance, où le désir de création s'exprimera. C'est ce que dit Serge André dans son livre "Le symptôme et la création".

 

"Il y a identité de structure entre le mouvement de la parole et la construction de l'oeuvre : ce qui nous fait parler et ce qui nous fait créer, c'est le fait qu'il y a quelque chose d'essentiel à la visée de notre désir, un vide essentiel à la constitution de l'être parlant, et que c'est à la place de cette chose inexistante que nous cherchons à mettre  des mots ou à inventer."

 

Cette vision du processus créateur me semble pertinente et sensible.

Pertinente, parce que sensible.

Comme si l'artiste, au travers du champ littéraire, musical, pictural..., dévoilait pas à pas, peu à peu, une frange du mystère de l'humain. Réjoignant tout à fois sa force et sa faiblesse, des pulsions de vie et des instincts de mort. 

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"Le symptôme et la création"

de Serge André   

2010

éditions du Bord de L'eau

23 août 2010 1 23 /08 /août /2010 00:00

Pour les Croqueurs de mots le défi de Zineb est le suivant :

Ecrire un dialogue de théâtre, à deux personnes, sur...rien.

 

- Il est un peu poseur, tu ne trouves pas, toi ? Surtout qu'il n'est pas bien épais avec ça !

- Il se plaint toujours.

- Du plan ?

- Ben, oui, du plan. Il se plaint du plan, sans cesse, sans cesse. Ah, c'est fatigant, à la fin !

- Surtout qu'il est social, le plan. On n'a pas idée de s'en faire à ce point-là !

- Des idées ?

- Hé oui, parce que c'est pas Monsieur Tout le monde qui a des idées. Lui, il se prend pour ce Monsieur-là, le bien nommé Tout le monde... Je t'en ficherais, moi, des folies des grandeurs, quand on reste au ras des pâquerettes. Ferais geindre dans les chaumières, lui. Je l'entends déjà pleurer des rivières...

- La Margot ?

- Qui sait celle-là ? Elle fait partie du plan, elle aussi ?

- Peux pas te dire, je ne la connais pas, c'est...tu sais...dans la chanson... avec le chat... celle au corsage tout dégrafé, tu sais...la gougoutte...

- La gougoutte ? Ben, forcément. Si elle se met toute nue dans les courants d'air, faut pas qu'elle se plaigne, elle non plus ! Tiens tu vois, ce que tu me dis, ça m'étonne à peine : il a fallu qu'il s'en trouve une à son image, une qui se plaint pour un rien qu'elle a bien cherché toute seule. Evidémment qu'elle va le choper le rhume, dépoitraillée qu'elle est comme tu dis ! Ca dure depuis longtemps leur histoire à lui et à cette Margot, puisque toi tu la connais ?

- Ben, non...enfin...Chacun fait ce qu'il lui chante, non. S'il l'aime bien, cette chanson, c'est son affaire, non ?

- Alors qu'il arrête de tout mettre sur le dos de la société. Elle a bon dos, la société, mais si tu crois que c'est facile... T'as pas dit, toi-même qu'il n'était pas épais. Mais Môsieur prend des poses, il se donne des airs...

- C'est à cause de la Margot et du chat. Pour sûr qu'il a eu faim le chat, alors forcément...

- C'est pas une raison pour se plaindre du plan social...

- ...D'autant que c'est social...

- D'autant que c'est !

- Social, le plan. Et il se plaint....

 

18 août 2010 3 18 /08 /août /2010 22:58

300404538_9c3a18bcfc.jpgPour les Croqueurs de mots en poésie, le thème poétique est "La peau".

En exergue, je voudrais mettre la phrase de Nietzsche, qui réapparaissait à l'envi chez les deux amis qu'étaient René Char et Albert Camus :

"J'ai toujours mis dans mes écrits toute ma vie et toute ma personne. J'ignore ce que peuvent être des problèmes purement intellectuels."12764900_cc7ee96622.jpg

 

 

A l'incandescence,

à la foudre,

je jette un autre feu,

une pureté de grains d'épis,

des beautés

au coin de la scène,

sur cour,

une fraîcheur liquide...

ou une peau

magnétique.

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