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21 juin 2010 1 21 /06 /juin /2010 08:18

 

 

C'est quoi être de gauche quand les frontières sont devenues floues ? Quand on nous dit que les idéologies n'existent plus et que ce n'est pas vrai bien sûr.

Gilles Deleuze donne une réponse qui me convient bien, avec sa pertinence de philosophe et de penseur du monde.

Son  "Abécédaire", qui m'avait été offert par ma Cousette, est une mine d'intelligence que je conseille à tous.

18 juin 2010 5 18 /06 /juin /2010 13:09

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La poésie de Claire Massart élève ses halos, ses clartés, ses brillances.

Une lumière s'écrit sur la page, les mots scintillent. Parfois les yeux se perdent dans une brume entre noir et blanc 

 

On ne sait jamais...  décembre 2009.

 

Claire Massart remonte le temps, pour cueillir dans ses mains six petites perdrix, à Fécamp, janvier 1997.

Toutes ces années à questionner le vert de l'herbe, les brassées de fougères, le silence  comme sur une terre d'où elle s'en vient,  où elle retourne avec ses mots, parfois presque des caresses, inutiles et nécessaires.  032

 

On sait toujours...

 

Oui, il y a des évidences. 

 

I miss you,

 écrit en anglais sans faire de genre, juste pour la vie que les mots transportent, vaille que vaille !

Les mots reçus,  

papier de soie,

déplié  en soi, 

lus, relus, retenus,

 

une constellation de mots... et s'enroule en nous une écriture indéchiffrable, perdue, inconnue à nous-mêmes et aux autres.

  

Les lieux, le temps coulé dans les jours, les jours dans les heures  prennent une amplitude folle. Il y a urgence à...

On ne sait pas...

Et 028puis on sait toujours.

 

Oui, on sait toujours que

 

la nuit venue, les arbres entrèrent par la fenêtre...

... par la fenêtre, j'entends dimanche bruire.

 

  Le temps, goutte-à-goutte, invente une mélancolie.

 

Claire Massart ne dérange rien.

Ses mots ont mille précautions de justesse. 

Ils effleurent les lieux, les arbres, un ruisseau, une saison qui passe.

Jusqu'à ce que

 

Soudain, six petites perdrix me ramènent à la joie de n'être rien, écrit -elle.

 

Et moi, je m'étonne, à la lire encore et encore, de cette ténuité vivante des images, au-delà des mots et de leur silence.

J'imagine un ciel de verre, le cri des oiseaux, un feu qui pousse dans le vent.

Et puis la silhouette de Claire Massart qui marche,

qui attend peut-être un soleil inconsolable naître du sable.

 

Le superbe livre de

Claire Massart

"Six petites perdrix..."

est disponible

aux éditions du Greffier.

 

Vous pouvez le commander en passant par l'adresse mail des éditions du Greffier que voici :

editgreffier@free

15 juin 2010 2 15 /06 /juin /2010 18:13

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Je préfère une éternuée à un éternuement.

Le féminin amène une complexité élargie au mot. 

"Une éternuée", et c'est toute une immensité qui explose de soi, en soi et devant soi.

Une éternité du temps dans le temps de ce mouvement du corps.

Le mot prend une extension, son ampleur et  une poésie se déplie physiquement en une petite brume subtile et revigorante.

Une nuée ou un nuage d'eau.

Une nuée ou une pluie en corolle.

Tout le corps tremble et vibre dans son éternuée.

Il cherche une chaleur.

Se fabrique un feu. Intérieur.

 

Puis ne disait-on pas que l'âme se tenait dans le milieu de la tête...

Alors éternuer était un péril. L'âme du malheureux sortirait par sa bouche et se disperserait au vent. L'âme serait expulsée par l'affreux "éternuement".

C'est ainsi que "A vos souhaits !" était une façon de  conjurer le mauvais sort de celui qui n'avait pu se retenir d'éternuer...

 

"L'éternuée" est une embellie.

Dans un jardin public.

Dommage qu'il pleuve.

Le pollen se tasse au sol.

Tapis jaune.

Pomme de reinette et pomme d'apis, tapis tapis...

Marchand d'or des nuées qui ne ment...

 

Ah  ! Te voilà dans l'allée d'un magasin, pris d'une éternuée "durable" !

Tu marches tout de guingois.

Dix fois à la suite, tu te tiens à ta bouche, une manière de contrôle, tu essaies de contenir ce qui s'échappe de toi.

Tu ris de cette  épilepsie ordinaire, incontrôlable, un mouvement dans le corps aux aguets.

Tu te laisses faire par la bourrasque.

Un souffle venu du plus loin de toi-même.

Une glissade des mots.

 L'espace manque pour  les articuler.

Sont plus que des hachures, les mots,

ou

une friche décousue

dans le zig-zag d'une phrase ébrieuse.

 

 

14 juin 2010 1 14 /06 /juin /2010 09:27

 

Défi n° 31

Les contes de notre enfance

 

    Tout le monde a lu les contes pour enfants, les a aimés, et peut-être a eu peur ?

Et bien je vous propose de les réécrire, ou du moins d'en réécrire un, celui de votre choix, le petit chaperon rouge, la belle au bois dormant, la belle et la bête ... la liste est longue !
Ce peut être un poème, une nouvelle, la forme est à votre convenance

Alors à vos plumes ! Amusez-vous bien !

 

 

100 4466 

Voilà.

Il était aucune fois et j'avais peur.

On aurait pu croire que je dormais, mais non ! je pensais.

Recroquevillée sur moi-même depuis des temps, je pensais que je ne pouvais sortir de ma gangue de plomb, de cette pesanteur qui me tenait nouée à mes pensées folles, et c'était une vilaine histoire que j'avais croisée sur ma route. Sa glue m'avait attrapée dans ses filets, voilà.

Une simplicité idiote.

Les contes sont toujours idiots.

Faut pas les croire, les contes, ils empoisonnent les songes !

  

De fait, en recousant un rêve, je m'étais piquée le doigt et une infection hideuse avait prise sous ma peau.

Tout mon corps s'était figé comme gelée de coings... Des coings ! Vous voyez bien que même le fruit sentait le sournois.

 

J'avais peur.

On m'aurait appelée "l'endormie" et rien n'aurait été plus faux !

 

Je pensais que j'étais une pelote de laine grise.

Grise comme ma peau, grise comme le blanc du drap dont la couleur avait chaviré, grise comme le temps monotone.

 

J'étais une pelote de laine enroulée sur elle-même.

Je ne trouvais pas le fil à tirer pour me libérer  de cet étouffement où ces liens me tenaient.

 

Si seulement quelqu'un venait !

Si seulement quelqu'un devinait la pelote de laine grise !

Si seulement je me tirais de ce conte à deux balles !

Si seulement je pouvais dormir !

 

 

 

8 juin 2010 2 08 /06 /juin /2010 09:09

 

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Le théâtre, rien de mieux que ca !

 

De bons textes bien joués, bien tournés en bouche, bien mitonnés sur la langue, je ne connais rien de plus savoureux.

Et pour la saveur, je suis exigeante, vous savez,  elle se fait assez souvent la malle...

 

Alors, j'en reviens toujours à la même  recette  basique  : le minimum de mots contre les logorrhées vieillies et ennuyeuses,  tellement ennuyeuses, vous savez !

Parce que je m'ennuie souvent dans des flots de paroles sans discernement, sans poésie, sans tenue... Ca me noie, ces marées qui sentent de la bouche.

Tout ce qui vient aux bord des lèvres serait  bonne nourriture, à boire comme du ptit lait, des ortolans disait mon père, une goûterie à n'en plus finir dans le délicat de la manducation, une rencontre avec la vie en papillottes, un vrai jasmin,  ajoutait-il  encore ...  ?

Eh bien non ! Non et non !

C'est pour le moins un écoeurement, à soulever l'estomac, cette  grossièreté  qui se plaît à guetter dans l'assiette du voisin les mauvaises odeurs que l'on ne reconnaît plus chez soi, gonflés de nos fumets poisseux et de ces tonnes de radotages froissés, dégradés, âcres, et rancis...

 

Donc le théâtre !

Là où ça ne triche pas avec la trouille au ventre, tant qu'on ne sait plus si ce n'est pas le ventre qui remonte à la bouche et les tripes qui tremblent au creuset des mots...

 

 Ponge, Sallenave, Devos, Dubillars et j'en oublie... pour prêter ma gondole sous les ponts tendus, étendus, éperdus et perdus des comédiens médusés sur leur radeau qui coule à pic dans nos mains,

et tap et tap et tap, wouais !!!!

 

Merci pour ce moment-là, "Folies douces en états passagers", mis en scène par Marie Pustetto avec les excellents Myriam Benard-Plantey, Carole d'Antona, Thomas Dejean, Nadine Dandary, René Duflos, Alain Duleu-Burré, Alain Guillaume, Josiane Guillaume, Martine Laffitte, Christel Le Divelec, Océane Marquès, Céline-Anne Page et mon amie la délicieuse Zineb Kairouani.

 

Bientôt sur le net un film court, juste pour vous faire regretter de ne pas avoir été là. Et toc !

31 mai 2010 1 31 /05 /mai /2010 11:40

100 3813-1Ecrire une légende.

Une légende tirée de son imaginaire, une histoire érigée en Histoire, une à soi.

La communauté "Les croqueurs de mots" lance un nouveau défi : raconter une atmosphère de légende vécue ou imaginaire.

 

 

 

 

 

 

J'ai écrit un temps à l'encre couleur "bleu des mers de sud".

Me figurais-je alors plus  proche des grandes marées qui m'emmèneraient ailleurs ?  

Plus proche de cette ligne au loin, au plus loin qu'il était permis de voir ? 

Me croyais-je funambule sur ce fil pas plus épais qu'un cheveu depuis le point de mire sombre et lourd où je me tenais ?

... Là-bas, c'était l'horizon ! 

Moi, j'étais vissée à mon bureau d'écolière, les yeux dans les arabesques de ma plume courant sur la page, et, fermant les yeux très fort,  je voyais une immensité se défroisser devant moi, des mouvements d'eau,  des vagues frissonner travaillant la dentelle d'une mousse pure.

 

Puis j'ai essayé l'encre sympathique. "Un secret revenu de loin", je me disais. " L'invisible renforcerait ma singularité".

Mais c'était toute une affaire cette écriture au citron, les lettres s'évaporaient dans un tracé trop aléatoire, et la sensation  d'être perdue dans le rectangle de la page agaçait mes doigts. Mes repères s'en trouvaient bouleversés, je gesticulais sur ma chaise, la tête de côté, penchée extrêmement, le regard tout de biais.

Le secret, peu à peu, se dissipait dans le vide. Je ne donnais forme à rien.

 

Les mots, malgré moi, ont gagné leur importance dans l'illisible. 

Il me semblait les enfermer dans  un bocal, le couvercle vissée à mort.

Non, je ne pouvais pas commettre ce saccage !

Les mots effacés n'étaient que marécage.

 100 3793

Je conclus, à ce moment-là, des épousailles éternelles avec mon vieux bic, un stylo  sans chichi.

Ah ! ce que ça me plaisait cette encre-là, légèrement pâteuse et qui bavait parfois, une perle de goudron, une vraie nacre ensablée noire qui tachait les doigts ! 

 

L'horizon pouvait bien éloigner sa ligne de sorcière, elle était calée dans mon oeil.

 

Je n'avais plus qu'à casser des cailloux à Cayenne si je voulais écrire,

me cogner aux rochers pour une phrase ou deux, et puis une autre encore...

 

Sur une plage, sur toutes les plages du monde, si je voulais.

 

L'encre se révèlait dans l'humain.

Dans l'humain.

L'humain.

 

 

31 mai 2010 1 31 /05 /mai /2010 00:29

Giulio-Enrico Pisani présente Salah al Hamdani

Dans le dernier numéro de la Zeitung Vum Lëtzebuerger Vollek, notre ami l'écrivain Giulio-Enrico Pisani présente le poète irakien Salah al Hamdani :


Salah al Hamdani ou...
« L’exilé (qui) se couche seul entre les lignes de l’histoire »
 
Grâce à l’interview que Brigitte Giraud (1), écrivaine et artiste bordelaise, a mis en ligne, j’ai découvert le poète, acteur et dramaturge irakien Salah al Hamdani. Vous en faire partager les points forts et les commenter de mon mieux c’est bien sûr tout un. Quant à l’original, écoutez & voyez-le donc sur http://paradisbancale.over-blog.com/article-une-rencontre-avec-salah-al-hamdani-ma-video-49744167-comments.html ! Encore un de ces poètes et écrivains au génie passerelle entre sud et nord, orient et occident ! Un de plus, en fait, parmi ces esprits qui, attachés à leurs racines, à leur argile, comme dit Salah, savent pourtant voir et « empathiser » bien au-delà de leur pré carré. Je vous en ai déjà présentés quelques-uns dans ces colonnes, des Jalel El Gharbi, Amin Maalouf, Tahar Bekri, Abdellatif Laâbi, Mahmoud Darwich, Laurent Mignon, Hamid Skif, Boualem Sansal, Jean Ziegler et autres Tawfiq Zayyad, ces hommes dont se nourrit l’espoir.
Né en 1951 à Bagdad, Salah s’oppose à la dictature et aux guerres de Saddam Hussein, est exilé 30 années durant en France et s’oppose toujours... à l’occupation anglo-américaine de l’Irak. À l’instar de son « ancêtre »( ?) (2) Abu Firas al Hamdani, il commence à écrire en prison... politique. Il a 20 ans. Aujourd’hui, acteur et metteur en scène, il a joué dans plusieurs films, dont « Bagdad on/off » de Saad Salman, dont il a coécrit les dialogues et a interprété divers rôles au théâtre, dont L’épopée de Gilgamesh au Théâtre National de Chaillot et Kofor Shama, tournée européenne avec la troupe El Hakawatti de Jérusalem. (3) Il écrit et publie en arabe et en français de nombreux récits, nouvelles et poèmes. Certains de ses textes furent même publiés en arabe dans des journaux interdits en Irak à l’époque de Saddam.
« Je suis d’une famille modeste et nombreuse du centre de Bagdad », nous dit Salah, « et je me rappelle toujours mon père... Il disait : “Si tu sors et si tu n’as même pas dix centimes, ce n’est pas la peine de revenir à la maison.” C’est-à-dire qu’on est un enfant embarqué directement dans la vie ; on ne sait pas quoi faire. Alors il y a l’angoisse de l’enfant qui ne sait comment rentrer. Il n’avait pas de violence, mais c’était un lâche. J’ai commencé à travailler pratiquement à l’âge de sept ans. Avec insistance, je pleurais, je disais à mon père que je voulais aller à l’école... Puis je suis allé à l’école... »
Et voici quelques extraits des réponses de Salah al Hamdani à Brigitte Giraud, qui nous le présente comme « le Poète entre deux rives » et précise qu’elle a filmé l’entrevue au théâtre « La Boîte à jouer » de Bordeaux le 24 mars 2010. C’était juste avant le spectacle “Au large de douleur”, mis en scène par François Mauget du Théâtre des Tafurs d’après le livre de Salah, dans le cadre de « Demandez l’impossible - Le Printemps des poètes ».
Lorsque Brigitte lui demande : « Qui est-tu vraiment, Salah : écrivain, poète, certes, mais « au large de quelle douleur ? » (4), pense-t-il seulement à son poème « …Tant de jours / où Bagdad glisse dans un raz de douleur / qui recouvre / d’éloignement / les remous du deuil./ Et aujourd’hui, / l’Euphrate berceau des voiliers / dans les mains d’un pirate./ Tant de nuits / à écouter les gémissements des palmiers / comme un parjure à toutes les souffrances./ Il est tant de blessures à te dire encore : / Je veux que la vie soit aux habitants de Mésopotamie / ce que leur bourreau est à la tombe… », qui sera dit dans quelques instants ? Qui sait ? Quoiqu’il en soit, il sourit et précise modestement :
C’est important pour un écrivain de venir écouter les autres dans son propre texte. On a un autre écho. J’ai (...) quelques ouvrages parce que je ne peux pas tout amener, donc c’est à moi de trimballer mes livres, un vendeur de tapis, quoi ! Je suis un ancien exilé du régime de Saddam Hussein ; en fait c’est ça. (...) on parle des exilés d’aujourd’hui, des gens qui fuient l’Irak parce qu’il y a des problèmes catastrophiques, mais des vrais exilés de Saddam, on n’en parle plus, comme si on n’était plus des victimes. Pourtant on a souffert avec ce régime.
- Dans ta chair, tu as souffert ?
- J’ai été torturé, j’ai été condamné.
- Ce qui fait que lorsque tu es venu en France, tu t’es plus ou moins sauvé, il fallait sauver ta peau ?
- Oui, un exilé, sa tête est mise à prix, c’est pour ça qu’il est exilé. Il n’est pas immigré (...) l’exilé a un projet politique pour son pays, c’est pour cela aussi qu’il est exilé et qu’il reste une menace. (Plus tard, à deux pas de là, les spectateurs d’« Au large de douleur » entendront : « L’exilé se couche seul / entre les lignes de l’histoire / tandis que les larmes de sa bien-aimée / elles aussi / montrent la noyade du fleuve. »)
- Et depuis la France, tu as une façon de résister, d’entrer en résistance ?
- Oui, j’ai été engagé jusqu’à aujourd’hui. Je me suis engagé dans des partis politiques contre le régime, j’étais responsable de la Ligue des artistes irakiens démocratiques en France (...) Je suis à visage découvert, je n’ai pas de cagoule, et donc c’est une menace à la fois sur ma vie et sur ma famille en Irak. C’est un risque à prendre à un moment donné et que j’ai pris, bien évidemment. J’ai milité, j’affichais la nuit pour dénoncer le régime, là où on sait que se trouvaient les services de renseignements de Saddam Hussein. C’est une bataille de toutes les nuits (...), de toutes les saisons. Il y a des militants en France qui militent contre les fachos, contre les ambassadeurs, ou des ministères.
- Mais ici, on risque moins ?
- Non, ils peuvent nous tuer, ce n’est pas caché. Ils ne se cachent pas (...) les fachos. Je me rappelle qu’un jour, devant l’ambassade de l’Irak, un policier français a été tué et après, Saddam a payé...
- Mais comment est-ce qu’ils voyagent en Irak, tes livres ?
- Ils ne les connaissent pas.
- Même sous le manteau ?
- A une certaine époque, mes textes passaient en arabe, pas en français, bien entendu. Certaines radios libres, dans le nord de l’Irak, (...) Kurdes, passaient mes textes, et les gens les écoutaient... Après trente ans, arrivé à Bagdad, je n’ai rien reconnu. (...) J’arrive. Il y a une maison. Je suis je ne sais où. En trente ans, les gens ont vécu, ils ont fait le deuil aussi, ils ont fait le deuil de toi, tu n’existes plus. Donc tu réveilles toute cette histoire ancienne et du coup toute la douleur remonte. Dans ce livre, “Le retour à Bagdad”, j’explique comment la porte s’ouvre, et les gens sont venus courir vers moi comme si une flamme était dans leur vêtement. C’était ça. On attrape l’autre, on a tellement d’amour à lui donner, on ne sait plus quoi faire, on le mord, on l’embrasse, on lui tire les cheveux, on ne sait pas... Quand après trente ans d’exil, il y a la rencontre avec la mère, elle ne sait pas quoi faire, cette pauvre femme, moi non plus d’ailleurs. Donc les larmes, cette lamentation, les pleurs... On pleure pendant une demi-journée. Après, tu te dis, bon, qu’il faut arrêter, que la vie continue... »
(Un très beau poème de Salah, « Seul le vieux tapis fleurissait le sol » évoque ce moment d’égarement et de bonheur : « La maison avait changé d’adresse / ma photo avait changé de place / la table avait été pliée derrière la porte / la chaise de mon père, aussi,/ seul le vieux tapis fleurissait le sol // Je t’ai trouvée enfin / dans un jardin nu / avec ton grand châle noir / l’esprit en dérive / enfilée dans tes prières / l’âge cousu sur le visage // J’ai cru serrer un palmier agonisant / Puis dans mes bras,/ j’ai reconnu ma mère. »).
- Le rapport avec la terre est très fort, non ?
- Oui, bien entendu, l’Irak est un rapport direct avec l’argile. L’Irak est une terre d’argile, une terre fertile. La Mésopotamie... bien entendu, c’est une relation avec la terre...
L’entrevue prend fin, car la rencontre avec le public commence. Brigitte nous avoue : « Moi, j’aurais aimé prendre dans ma boîte à images et à mots, ce qu’il dit de sa rencontre de lecture avec Albert Camus, qui est à l’origine du choix de sa terre d’exil. “Un pays qui avait porté un tel homme ne pouvait pas être mauvais. C’était là, en France, où je devais aller.” » Camus ? Et pourquoi pas ? Quand je pense qu’il y en a pour comparer son « ancêtre » Abu Firas à Edgar Poe !
***
1) Brigitte Giraud a publié aux Éditions Le Bord de l’eau « L’anorexie, un mystère galvaudé » ; chez Pleine Page « La Nuit se sauve par la fenêtre » et « Des ortolans et puis rien » ; chez l’Harmattan « L’éternité, bien sûr » et anime plein de choses, dont le blog paradisbancale.over-blog.com
2) Ancêtre ? Qui sait ? Parent en poésie de prison comme Villon, de Viau Marot, Chénier, Apollinaire, Pellico, en tout cas. Peut-être aussi de nation, car né à Mossoul (Iraq) en 932 et mort à Homs (Syrie) en 968, Abu Firas al Hamdani est un poète de la grande famille des Hamdanides (Haute Mésopotamie). Capturé par les Byzantins lors d’une bataille, il écrivit notamment les « Rûmiyyât », son recueil de poèmes le plus connu.
3) La troupe El Hakawatti est attachée au Palestinian National Theatre (PNT), association non lucrative oeuvrant pour la vie culturelle de Jérusalem avec des programmes artistiques, pédagogiques et ludiques, qui reflètent les aspirations du peuple palestinien.
4) Allusion à l’ouvrage « Au Large de douleur » de Salah al Hamdani, L’Harmattan, Paris, 2000, dont est inspiré le spectacle et sont extraits ces vers. Autres publications en français : voir encadré !
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Gorges bédouines, Le Cherche Midi, Paris, 1979
Les Hauts Matins, L’Escalier blanc, Paris, 1981
Mémoire d’eau, Caractères, Paris, 1983
Traces, Editions Spéciales, Paris, 1985
Au-dessus de la Table, un Ciel, L’Harmattan, Paris, 1988 et 2001
Le Doute, Caractères, Paris, 1992
Mémoire de braise, L’Harmattan, Paris, 1993
L’Arrogance des jours, L’Harmattan, Paris, 1997 *
Ce qu’il reste de lumière, L’Harmattan, Paris, 1999
Au large de Douleur, L’Harmattan, Paris, 2000
J’ai vu, L’Harmattan, Paris, 2001
Le cimetière des oiseaux La traversée, L’Aube, France, 2003
Le Cimetière des oiseaux (récits), suivi de Bagdad mon amour (poèmes),
Éditions de l’Aube, 2003, avec la collaboration d’Isabelle Lagny.
Le retour à Bagdad, Les points sur les i, 2006
Bagdad à ciel ouvert, L’Idée bleue / “Les Écrits des Forges”, 2006
Bagdad mon amour, Les Ecrits des Forges - FIP (2008)
Le balayeur du désert, Editions Bruno Doucey (2010)

Giulio-Enrico Pisani

 

21 mai 2010 5 21 /05 /mai /2010 01:39

Le titre de mon papier est le titre d'un livre. Celui d'Annie Ernaux et de Marc Marie.

Un livre écrit à quatre mains.

Une aventure à n'en pas douter, même si l'écriture de la femme et de l'homme est de la même espèce.

 

681817577.jpgUne aventure amoureuse amplifiée peut-être par l'écriture qui, peu à peu, prend toute la place.

Une nécessité de ce qui n'est plus du jeu. Quelquefois, il y a presque, échappée, une part maudite, ou morbide, ou désespérante.

 

Des vêtements photographiés sur le sol, en vrac, sans ajustement pour le cadrage, après que les corps les ai quittés pour se donner et se prendre.

 

Des vêtements entassés, laissés, abandonnés

ou 

la présence suprême de l'amour fou, de cette sorte d'amour qui ne peut pas attendre, l'invisible qui a lieu par le visible de la lingerie, un ornement sacré.

 

Une construction à chaque fois unique.

 

 

Puis l'usage de la photo devient une autre chose...

La perception change et, dans le bleu de ciel, d'autres visions apparaissent.

Signification perdue et éperdue de la photo !

Est-ce que ces vêtements témoigneraient alors de ce qui reste du désir fou "d'un dieu qui a disparu, de son orgasme immense, le big-bang où il s'est désintégré ?

Qu'à l'origine du monde, il y a le même principe qui jette sans fin les êtres vivants les uns contre les autres ?"

 

Ce qui peut justifier toutes les recherches, ce qui peut dire, "un peu", le pourquoi de l'art, de la création, c'est le rempart qu'elle bâtit avec et contre la mort et, écrit Annie Ernaux, "de ne pas savoir ce qu'est le néant. Et que si, sous une forme ou une autre, ne rôde pas sur l'écriture, même la plus acquiescante à la beauté du monde, l'ombre du néant, il n'y a rien qui vaille vraiment, à l'usage des vivants. Cette ombre dans Phèdre, Madame Bovary, La Nausée, la musique de Bach, Mozart, la peinture de Watteau et de Schiele."

 

Oui, je suis d'accord avec ça.

Alors, à cause du néant, je veux voir le soleil briller au coin du mur. (Hein, Corinne !)

13 mai 2010 4 13 /05 /mai /2010 19:11

main 9-1

 

 

 

 

 

 

 

 

Je te regarde, toi qui regardes à ton tour ces statues de sel écorchées vives, portes de la mer ouvrant sur des ventres de granit pâle et rouge aux entrailles sculptées, intimités âcres et eaux palustres, mélancolies.

 

C'est ici, un visage  au raz de l'horizon.

Tu écoutes l'océan,

va-et-vient d'horloge qui cadence le monde.

La marche se ralentit.

 

Des bandes d'écume s'effrangent, tremblent un peu sur la roche,

long voile de mariée que la mer abandonne sur le sable et qui mousse.

Tu goûtes la nacre,albert-camus-noces-2.jpg

ton silence,

un mirage à venir...

 

Quelque chose bat. Tu ne sais pas quoi.

L'océan ? 

Oui, l'océan !

Un fragment d'estuaire,

et des îles mortes,

 

et ce coeur

à genoux

aux  "noces" algéroises.

 

 

12 mai 2010 3 12 /05 /mai /2010 17:40

"IN THE MOOD FOR LOVE", un film durassien.

Par ce peu qui se dit et l'essentiel qui se tient là.

Un regard.

Un escalier.

Un couloir.

Et cette lenteur des images qui coule en soi.

Une mélodie du film. Une musique.

Magistrale et lointaine.

Qui vient de loin. Du fond de l'être et de l'amour.

Quizas. Quizas.

Peut-être.

Un "peut-être" qui se transforme en "jamais" et en "toujours".

Ce qui ne peut se perdre et s'oublier.

Le temps qui s'étire dans les yeux d'un petit garçon.

Ce qui est saisi.

Une main.

Quizas. Quizas.

Ce qu'on imagine.

L'insaissable présent à l'abri des larmes.

 

 

 

 

 

 

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