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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 21:58
100_1067.jpgLa vocation ou "prendre voix".
Avoir la vocation, avoir la légitimité d'une parole en quelque sorte, attribué d'abord au religieux, en cela qu'une personne se sent "appelée" au sacerdoce, comme une voix qui lui indiquerait une route.
Avoir vocation à..., c'est-à-dire être qualifié pour telle ou telle chose.


Du latin vocatio, de vocare : appeler.

Faire un mouvement de telle sorte que des sons s'échappent...
Des vocalises, une formule mélodique chantée sur des voyelles,
ou bien un vocero, ce chant funèbre corse "appelant" la vengeance.

Ce "prendre voix" dont je parle est bien un départ et une arrivée,
vie et mort coulant dans la bouche,
venus de la gorge,
ce lieu d'intimité qu'on ne soupçonne pas toujours.

Gorge déployée, serrée, sèche, nouée, chaude
ou rendue comme une âme...
3 février 2010 3 03 /02 /février /2010 22:21

sevak.jpgPublié en 1971, "Que la lumière soit !" fut littéralement traduit en russe et envoyé à Souslov (membre du politburo du Comité central, responsable de l'idéologie de l'époque de Brejnév).
Souslov haïssait les Arméniens et interdit la diffusion du livre.
Sévak fut réduit au silence quelques mois plus tard.










sevak-parouir.jpgLes poètes...
"Nous vivons une époque telle
Que ces gens-là... il faut les plaindre."
Dans l'oeuvre du poète arménien Parouyr Sevak, "Que la lumière soit !" fait figure de recueil testamentaire.
Mais c'est le bouffon de toutes les sociétés qui parle : "Otez vos masques !". C'est l'amoureux de la vie qui exalte le "miracle ordinaire" :
"Comme si la boue tout à coup fut lavée,
De la boue qui la couvre".
De sorte que l'homme tout compte fait s'interroge :
"Je me mets à croire en la justice
Au point qu'il me semble... que je mourrai de mort naturelle..."
Hélas non !
Mais loin des conformismes obligés et des rhétoriques artificielles, le poète habite enfin sa voix, atteint sa propre humanité, grâce à cette liberté que lui offre sa vocation. Littéralement, il "prend la parole".

Une grand fresque orne le mur de la maison du poète dans sa maison-musée de Zangakatoun, racontant des destins inséparables de poète Sévak et du peuple arménien.



La traduction du poème ci-dessous a son histoire, elle n'est peut-être pas exceptionnelle, je ne sais pas,
...mais je l'aime terriblement ce texte.
Merci, à toi l'exilé, de m'avoir fait découvrir cette beauté fulgurante !




"Je regarde mes mains si intensément
qu'on pourrait penser que je suis fou !
Je regarde, je retourne mes mains
et je leur parle doucement
à elles seulement.

Elles, elles témoigneront.
Est-ce que tu étais dans ma vie ?
Est-ce que tu en sentais la douleur ?

Ces mains,
seulement elles,
m'obligeront à me souvenir !

Ce qui était me semble parfois être l'illusion
d'un poème que j'ai lu,
d'un rêve qu'on m'a raconté.
Je ne me rappelle même pas ton visage.
J'enrage,
je ne me pardonne pas,
je me déteste,
car je ne peux me rappeler ton visage.

Je me rappelle seulement tes yeux que j'embrassais,
qui regardaient où je regardais,
qui trouvaient où je regardais.

Et je ne me rappelle pas ton visage !
Mais si elles, elles se rappelaient ?
Seulement elles,
seulement ces mains qui se rappelleraient que tu existais,
seulement elles, qui se souviendraient
de tes mains, de ton odeur, de ta peau,
et de toi toute entière.

Je ne regarderai plus mes mains,
je ne les regarderai plus souvent ainsi
pour qu'on ne me croit pas fou.
Mais se tromperait-on, si on le pensait ?

2 février 2010 2 02 /02 /février /2010 08:27

L--trange-chambre.jpg

"L'étrange chambre"
est un collage de mon amie poète, Claire Massart.

Des portes ouvertes sur un paysage de friches,
doux pastels nuageux,
une mémoire où l'herbe pousse.

Et, allez savoir  ! quelques mots de René Char me viennent.

"Nous vivons dans l'inconcevable
avec des repères éblouissants."

31 janvier 2010 7 31 /01 /janvier /2010 14:33

100_3632.jpg C'est quoi le "sacré" ?
Est-ce une histoire idiote, trop idiote, que de s'attacher à des images intouchables ? 
A des valeurs intimes ? 
A des beautés inviolables ?
Ce n'est pas moderne, d'accord ! Ce n'est pas grave ? Non, Pas grave ! comme rien ne l'est, rien n'est jamais tout à fait grave, parce qu'on vit quand même avec. Comme on vit avec tout. Avec les horreurs de la téloche tout aussi bien. Le monde qui part en abjection, aussi. On vit. C'est la donne. On n'y peut rien. La donne, vous dis-je. Comme si tout valait tout. Un corps contre un autre, et rien n'est grave. On n'y peut rien. Echanges d'humains déplacés, d'ici jusque là-bas. Une horreur. Qui a toujours eu lieu. Contre laquelle des hommes se sont battus. Sont morts. Et d'autres ont témoigné. Témoignent encore et c'est très bien.
Pas oublié, non pas oublié !

Puis voilà qu'on y peut quelque chose. 100 3627
Le sens du sacré est né.
On retient des émotions dans sa boîte à émotions.
On garde l'ombre de l'ombre de l'ombre d'une émotion.
On en prend soin. Il le faut. On se dit qu'il le faut.
On se dit qu'on est responsable d'une émotion comme le Petit Prince de sa rose.
Pas beaucoup.
Un peu.
Beaucoup un peu.
On peut, un peu, quelque chose.
Pour la beauté de ce qu'on porte haut.
Pour ce à quoi on croit.
La beauté, je me dis, corrige les bassesses. On n'y coupe pas aux bassesses. Personne.
Tenir à distance le ressentiment pour ne garder que la beauté.
Un travail sans fin.
Pas de colère non plus.
Se dire "La beauté, toujours. Que ça. Que ça pour toi, à entendre, à ne pas oublier.
Savoir la reconnaître, et la remercier."
Le sacré de la beauté, déconnectée du religieux et d'autres absurdités bien pensantes.
Se souvenir. C'est tout.
C'est pour cela que je n'échappe pas à la spiritualité de la vie.
Pour ce sens du sacré de la beauté des choses.
Une mémoire dedans.
Une sorte de fidélité à ce que je crois, à ce dont je me souviens, à ce qui me nourrit.
Une ténacité à ne pas déroger à ces valeurs de la mémoire de la beauté des choses dans la justesse que je leur accorde...
Oui.

Ce que je veux tenir -et cela dit sans aucune grandiloquence- dans le creux de mon écriture quand j'écris.

28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 22:12

"Le droit de dire.
Le devoir de dire ce qui importe pour soi de dire.
Pour ceux qui se taisent, ne se nomment pas, et meurent de même, inconnus sur la liste des passagers de l'histoire.  
Le roman est un phare sur les vagues de l'humain, une audace de s'emparer de la vie, pour la vie."

A que j'ai aimé lire cela !

22 janvier 2010 5 22 /01 /janvier /2010 19:20
9782020046053.jpg
Ah, ce livre-là !
A y bien réfléchir, je n'avais pas tout compris peut-être.

Il s'agirait là d'un seul personnage.
Seul.
Sans son autre.
Un discours discourant sur le discours... amoureux.
Que se passe-t-il dans une relation d'amour ? Dans ces brèches, les échappatoires, les pièges, les torsions et contorsions de l'esprit et des dispositions, des variations, les notes, les thèmes, les anathèmes, les culpabilités, les errances, les meurtrissures, les jalousies, les bonheurs, les grands emportements, grands bouleversements, grands mouvements du coeur alliés au corps, ralliés à la cicatrice des histoires de l'histoire des fragments, bout à bout, en collier de nacre blanche et noire...?

Il s'agirait d'un seul personnage se parlant.

Un seul personnage se racontant raconter un conte sans fée.
Une histoire humaine où les liens se font, une boiserie de noeuds attachés où les attaches se nouent, s'enlisent, craquent et s'enchantent d'un rossignol en gorge émue toute rouge et tant confuse de mots tus puis dits, re-tus, redits, tués tout chauds rôtis de nos ferrailles Cassegrain du coeur à l'âme.

Barthes, ai-je entendu par un de ces hagiographes, vénérait sa mère, cachant ainsi son homosexualité initiée par elle.
Barthes, seul face à sa mère, dans ses "fragments...", une plongée fondamentale vers son propre passé archaïque ?

J'ai lu ceci de Camus "C'est dans l'expérience à sa mère qu'on tire ensuite toutes ses émotions amoureuses."

Faut-il alors que la mère soit aimante pour que la liberté d'amour d'un homme soit à son plus juste ajustement !
17 janvier 2010 7 17 /01 /janvier /2010 15:08

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Je lis et relis le superbe discours de Camus de réception du prix Nobel.
Je me sens toute petite. Dans mes fibres, et mes désespérances, Camus a raison, je le sais. Rien de souffrance humaine ne pourra jamais glisser sur moi. Passer sur un chemin sera toujours apprendre des autres et de moi-même, prendre en moi les cailloux de ce chemin pour en élever, peut-être, une beauté.

"L'art est un moyen d'émouvoir le plus grand nombre d'hommes leur offrant une image privilégiée des souffrances t des joies communes. Il soumet l'artiste à la vérité la plus humble et la plus universelle. Et celui qui, souvent, a choisi son destin d'artiste parce qu'il se sentait différent apprend bien vite qu'il ne nourrira son art, et sa différence, qu'en avouant sa ressemblance avec tous. L'artiste se forge dans cet aller-retour perpétuel de lui aux autres, à mi-chemin de la beauté dont il ne peut se passer et de la communauté à laquelle il ne peut s'arracher. C'est pourquoi les vrais artistes ne meprisent rien ; ils s'obligent à comprendre au lieu de juger. Et, s'ils ont un parti à prendre en ce monde, ce ne peut être que celui d'une société où, selon le mot de Nietzsche, ne règnera plus le juge, mais le créateur, qu'il soit travailleur ou intellectuel.Son rôle, du même coup, ne se sépare pas de devoirs difficiles. Par définition, il ne peut se mettre aujourd'hui au service de ceux qui font l'Histoire : il est au service de ceux qui la subissent."

14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 12:35
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Des inconnus
en lisière d'un naufrage,
des hommes en errance de leur terre
et plus loin qu'elle.
Quelle ligne, seule de sa seule trace,
griffera le sol,
un contrepoint du thème initial, 
une composition sur des pages,
parallèle
au bois instrumental,
à anche double.
Un point dans le temps,
une rencontre au seuil de l'exil
tout à l'heure.

ministeredelimmigrationetdelidentitenationale_1186772653.jpg

http://www.pourlasuppressionduministeredelidentitenationale.org/

Vous pouvez aller voir la pétition et la signer si vous le voulez.
6 janvier 2010 3 06 /01 /janvier /2010 18:36

100_1586.jpgComment définir la poésie ? Je ne le veux pas. Ne pas la réduire. La mettre dans une gangue de peau de chagrin.
Je préfère parler de regards dans la langue.
Ce qui vient rapter le mot.
Le regard en écriture est une chose énorme.

Des signes qui interrogent la pensée, la sienne d'abord, un univers qui la "libère", de sonorités qui l'élèvent.
J'écris.
De la poésie.
Excès d'orgueil de dire que la poésie est la chose la plus élevée en matière d'écriture ? Non. Je m'y attèle.
Je m'accroche à elle en quelque sorte.
Elle est le gage de la liberté de l'humain parce qu'elle cherche dans le langage.
Ma pensée parfois se prend dans les mailles de la langue et des mots la débordent, la doublent, va plus loin qu'elle seule. "Oui, ça, c'est bon signe !" je me dis.
Des mots dans des fils, qui partent ailleurs, vers d'autres terrains d'errance et d'émotions... dénichés où ? je ne sais pas, non, je ne sais pas.
Mais ils seront une terre à la surface de la page, son lopin de terre...

Et j'aime bien ce mot-là, tiens ! un "lopin".
Un lopin de terre, ou son petit bout de fil à tirer, vous voyez, la place que l'on occupe depuis laquelle la langue sera fouillée.
La poésie serait peut-être là alors, toute contenue dans un lopin de terre à gratter.

3 janvier 2010 7 03 /01 /janvier /2010 16:03

stig-dagerman--notre-besoin-de-consolation.jpg936305 2bbf8b0dc2 m 1208694098 366620Je voulais faire un texte plus joyeux aujourd'hui, puis quoi ?
Voilà que je me perds dans ce livre "Notre besoin de consolation est impossible à rassasier" de Stig Dagerman.

 J'avais été très impressionnée quand je l'ai lu, très émue de la justesse de ses triturations  désespérées et exaltées de l'existence, et du pouvoir des mots, de l'écriture qui se donne dans tout son éclat et une espèce de transparence.
Pour lui-même et pour d'autres, pour moi.

Stig était anarchiste, aux pensées lumineuses, le porte-parole, en Suède, des idées existentialistes et, à l'image de Sartre et de Camus, il incarnait la conscience de toute une génération de l'après-guerre, arrogante, lucide et révoltée.
Il aimait respirer l'air de la gare de Stockolm, celui des grands départs.
"Je suis un politicien de l'impossible", disait-il.
Ah, l'impossible, hein ?
L'utopie qui porte et qui rompt, moribonde de l'ordinaire des jours.
Sa rencontre avec Kafka et Faulkner en 45 le met dans un doute sur les possibilités de l'homme à vouloir tant changer le monde ; il s'engage alors plus encore, et d'une façon forcénée, en littérature.

Le thème de l'angoisse, de la solitude, de la culpabilité et de la faute (poison, poison de l'âme !) nourrissent sa fibre créatrice.
Peu avant son suicide, il allait plutôt bien, avec cette conviction que "le salut consiste à ne pas se laisser guider par son angoisse, ni à fuir devant soi-même, mais à affronter le danger les yeux ouverts."

En 1954, à 31 ans, il se suicide dans son garage au volant de sa voiture, asphyxié par les gaz d'échappement.
Sa peur de décevoir était inhibitive, il a suivi sa détresse à petits pas...

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