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9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 15:51

"Une rue lisible.
Une fille
Sortie illuminer la lune.
Et des pays lointains,
Et des pays sans traces....

Un rêve salé.
Une voix
Qui creuse la hanche dans la pierre.
Va, mon amour,
Sur mes cils... ou sur les cordes.

Une lune blessante.
Un silence
Qui brise vent et pluie
Et change le fleuve, en aiguille,
Dans une main qui tisse les arbres."
J'aime la poésie de Mahmoud Darwich et la façon qu'il a d'en parler, sans grandiloquence, sans complaisance, sans la  posture du poète douloureux et forcément maudit.
Qu'est-ce qu'être poète ? Que fait-on quand on écrit de la poésie ? Que se passe-t-il dans la langue ? Qu'est-ce qui chemine en premier lieu, l'inspiration, l'émotion, l'idée, le thème, le son...?
Des questions entendues déjà, ici et là, mal agencées, mal goupillées, pas "justes"...
Mahmoud Darwich répond.

"L'inspiration, c'est quand l'inconscient trouve ses mots. Mais c'est une définition imprécise et abstraite. Il s'agit parfois d'éléments internes, l'esprit qui accède à la clarté, à un état dans lequel le visible devient invisible et inversement, et cela par une mystérieuse alchimie.
Parfois vous êtes pris par un désir pressant d'écrire. Vous vous mettez à votre table de travail et vous ne parvenez pas à écrire un seul mot.
La langue se rebelle contre le poète et il cherche à la dompter. La poète imagine qu'il y parvient mais c'est toujours elle qui le domine, car elle a une mémoire, un système propre, une longue histoire. Ce que peut espérer le poète, c'est revivifier la langue, la sortir du répétitif et du banal.
Pour moi, la vraie question, et la plus difficile, reste la suivante : Où, sur la page blanche, ai-je ajouté du nouveau ? C'est que la véritable poésie est tellement rare ! "

1 novembre 2009 7 01 /11 /novembre /2009 09:19

 
"Des mots que je ne savais pas alors résonnaient d'une  musique qui, d'un mur à l'autre, allait et s'en revenait jusqu'à n'avoir plus d'écho."


Kateb Yacine
25 octobre 2009 7 25 /10 /octobre /2009 20:34


 








Merci à DEB pour cette photo

J'ai fini le livre "Des hommes" de Laurent Mauvignier.
Une splendeur du style porté par une histoire dense, une histoire dans l'Histoire, qui creuse les personnages par l'intérieur.
C'est une écriture qui se rencontre dans ces pages.
L'écriture qui construit les personnages, comme s'ils échappaient d'elle et qu'elle les emportait au creux d'eux-mêmes. Chaque mot est pesé dans un souffle sur les plateaux de la phrase qui balance, qui oscille arqueboutée,  glisse, dérive, à l'arraché, à bout de mots on dirait, lancine, s'interrompt là, une chute, un vertige, toujours un équilibre.
Une justesse des mots qui vont plus loin qu'eux seuls.

Je pensais à cela tout à l'heure, devant la mer. Il faisait beau, une inondation de lumière à cligner des yeux sans cesse et à s'étonner de tout ce bleu délassé du ciel.
Sur la jetée, des gens se prenaient en photo les uns les autres. Souriaient. Quelques-uns ont ri.
Comme je l'ai fait un jour sûrement.
On m'aura dit de sourire pour la photo et j'aurai souri...
Et néanmoins... Voilà que je pensais à cela.
Etaient-ils donc si heureux que cela tous ces gens à mimer le bonheur avec tant d'application ? A se laisser prendre par la situation, -une photo te dis-je !-, fixer l'instant qui devait dire la joie et la légèreté du corps, quand bien même celui-là serait lourd et les muscles tendus par-dessous le tissu ?
Je pensais à cela :

"Rien que je veuille recommencer à entendre, à attendre, à revivre à part que, peut-être, je voudrais savoir pourquoi on fait des photos et pourquoi elles nous font croire que nous n'avons pas mal au ventre et que nous dormons bien."


 

23 octobre 2009 5 23 /10 /octobre /2009 08:59


Je relis ces quelques lignes dans un livre de Philippe Jaccottet

"Que l'effacement soit ma façon de resplendir".


Lire  et relire cette phrase.

L'éclairer étrangement et tout exprès, décalée de la lampe, un peu de biais, vous voyez, pour que l'oscur prenne toute sa lumière et son sens.



ET NEANMOINS,

"L'infime qui ouvre une voie, qui fraie une voie ; mais rien de plus.
Comme s'il fallait bien autre chose, qui ne me fut jamais donné, pour aller au-delà."

Et ce serait frôler ce qui ne tient pas dans les mots... Savoir que ça ne peut pas.
Ou bien alors faudrait user d'une délicatesse en image, en recourir à la métaphore, au symbolique, que sais-je ?
Ce qui ne tient pas dans les mots, précisément.

Comme une peur de toucher un mystère qui ne pourrait s'atteindre.
2 octobre 2009 5 02 /10 /octobre /2009 18:14


Jean Pélégri, je ne sais pas qui c'est, mais il a écrit cette phrase, lue dans un recueil photographique.
Et cette phrase, je la trouve assez belle quand même.
Comme ça que les mystères demeurent où ils doivent demeurer, dans la petite fabrique langagière des oxymores !
Comme ça que les mots montrent d'autres images,
d'autres regards,
d'autres mondes dans le monde !
Comme ça que je comprends le sens de la métaphore
qui entraîne plus loin,
plus haut,
dans un espace à la fois contenant et ouvert.

Ouvert,
le livre,
à cette page,
à cette ligne,
qui recommence toujours
...






"Oh ! si c'était vrai que le soleil, toujours, commence par travailler dans l'ombre.                     

                                           

Si c'était vrai
que c'est ainsi
que vient souvent l'aurore : d'une grande et profonde nuit !"

27 septembre 2009 7 27 /09 /septembre /2009 16:42



Il y a décidément des mots qui me collent au corps.
Ou  moi qui en use et en abuse.
Des qui sont bons dans ma bouche et que je mâchouille souvent, chewing-gums au goût si tenace que j'ai envie de les goûter longtemps, avec le sentiment que je ne les épuiserai pas.
Les "agencements", sur ma langue, de la langue.

Eh bien justement, agencement fait partie de ma batterie de mots, de ma cuisine sans l'étouffé de la rigueur.
Les mots ont une lumière juste à porter sur les heures,
pour des ombres aux angles morts de la substance lexicale,
quand l'émotion joue à chat perché et à la souris dans son trou.

L'agencement déploie alors ses ailes de géant pour dénicher l'invisible des mots et l'énoncer, filant des fils de  soi vers l'autre, des squelettes de mots tirés de la caverne de Platon et tout revigorés par un rayon de soleil rasant le mur de l'antre.

La phénoménologie qui ajuste les perceptions d'un événement pour le lester de sens est ce que, moi, j'appelle "agencement". Je ne sais pas si je fais justement contresens sur le sens, je suis certaine que non.

Un désir se pose.
Tac !
Là sur la table, tu le vois comme moi : je veux m'acheter une lampe verte. Voilà, je me lève et j'ai envie d'une lampe verte.
Et c'est tout un agencement qui oeuvre, dans l'immédiateté lucide de la pensée que tu ignores encore ! 

"J'ai envie d'une lampe verte", c'est aussi dire (et chacun son histoire avec les lampes vertes, après tout...)
"parce que je n'en ai pas,
parce que je veux éclairer ce coin de pièce plus sombre,
parce que j'en a vu une pas cher et le vert est une couleur déco plaisante
parce que des amis vont venir et cette lampe sera remarquée
parce que X en possède une que j'aime depuis longtemps,
parce que X en possèdait une,
parce que j'ai aimé X et que je pense à lui,
parce que l'amour de X est encore présent en moi,
parce que ce serait supportable maintenant de posséder une lampe verte..."
parce que etc... "
 
Quand je dis "J'ai envie d'une lampe verte", je parle, par conséquent, en composant avec tout ce que je ne décline pas, qui sont mes agencements. 

La phénoménologie est aussi une manière d'agencement. Parce qu'elle donne sens aussi à un désir.
Dire : "J'ai envie d'une lampe verte", philosophiquement parlant, est-ce que ce ne serait pas phénoménologique, hein ?

1 septembre 2009 2 01 /09 /septembre /2009 16:56



J'ai fouillé dans mes pensées. Quelle était la question posée par Zarathoustra ? Son éternel retour, vous vous souvenez, de l'éternel retour.
Le mouvement perpétuel, ça doit être autre chose.
Serions-nous prêts à recommencer, encore et pour toujours, la vie que nous avons vécue ?
Encore et pour toujours. Vivre sa vie de telle sorte que nous accepterions de la recommencer éternellement.
Souvent, j'ai entendu des vieux dire que... "si c'était à refaire, je ne changerais rien..." Et moi, ben je ne les crois pas une seconde. Ce qui a été vécu n'est jamais à être renié. Le sujet n'est pas de regretter. Plutôt de questionner un parcours. Ce qui a échappé à soi-même. Ce qui a été subi. Qui donc ne subi pas à un moment de sa trajectoire ?
Chacun sa réalité, sa perception de la réalité, ses oeillères, les franges de son parapluie et sa vie de koala. Remarquez, c'est gentil un koala ! Ca mange des feuilles d'eucalyptus toute la journée avec des pensées de koala qui pense rien. L'éternel retour, il s'en bat l'oeil, le koala ! Encore qu'il sache observer quelques conseils philosophiques d'un Nietzsche écrivant Zarathoustra parlant sur son rocher :
"Consommez votre vie et mourez au bon moment". Consomme et meure la bestiole !
Encore et pour toujours.
Zarathoustra pense lui dans "l'ipséité" de la vie. L'ipséité, ce qui fait qu'une chose est elle-même et pas une autre. 

Que de sa vie, chacun de nous ne dise pas "cela fut", mais "c'est ce que j'ai voulu".

"Faut qu'elle crève de bonheur
ou qu'elle change de godasse
fait qu'elle croule sous les fleurs
change de couleurs
je vais jouer au docteur...
Dites-moi que fout la science
à quand ce pont entre nos panses ?
Si tu as mal là où t'as peur
tu n'as pas mal où je chante..."
30 août 2009 7 30 /08 /août /2009 20:46



      

"Les hommes ne sont impuissants que quand ils admettent qu'ils le sont"
écrit Sartre.

"Ce n'est pas parce que c'est difficile que nous n'osons pas, c'est parce que nous n'osons pas que c'est difficile", disait Sénèque.



Le mouvement, c'est-à -dire la marche, l'acte même de se déplacer, existe par le déséquilibre qu'il implique. On rétablit sans cesse une situation précaire en quelque sorte. On évite chaque fois la chute de justesse. Puis voilà, on n'y pense plus. Un pas après l'autre sans appréhender le pire, sans conscience du gadin dans le caniveau, le nez dans le ruisseau, c'est la faute à... la peur.
Je me prends les pieds dans le tapis, dans les fils du tapis, "Ouille ! C'est bien fait ! T'as qu'à faire attention !" 
Ben oui, mais je peux bien avoir une ivresse, une tristesse, une vigilance mouvante...
Je sais avancer et crac ! je tombe tout aussi bien, quand je ne le voulais pas.

C'est là, tout le problème de la responsabilité humaine. Un mouvement qui a ses défaillances.  
C'est pour cela que j'aime ces deux phrases de Sénèque et de Sartre. Parce que, quitte à se faire mal, faut bien trouver ses conduites. Tant pis si ça ne le fait pas, si le canard est trop petit, trop vilain... Tant pis pour l'erreur avec soi-même, si quelque chose a fait sens. 
 

28 août 2009 5 28 /08 /août /2009 16:43

Freud a montré que nous ne sommes pas les seuls maîtres de notre maison intérieure, et que nos comportements étaient régis par des forces situées hors de notre conscience.
Notre identité se construit sur quelles fondations ? Nous sommes une volonté d'être et un manque à être, et ça nous tient comme ça peut, avec ses couacs et ses mystères, ce qu'on comprend de soi et ce qui nous est étrange. Pas étranger, non, parce qu'on vit avec sa peau, mais seulement étrange. Qui je suis moi ? Un visage dans la glace, une silhouette qui passe, je m'invite au seuil de mes yeux et j'ai toutes les raisons de mon étonnement troublé. "C'est le foutoir, ici !"
Alors voilà que je remonte le temps, puisqu'on le remonte toujours en soi, cherchant la petite bête qui nous aura piqué vilainement, le choc du corps sortant de la bulle pour tomber dans son seau d'eau froide.
Schopenhauer, avant Freud, se savait gouverné par des forces biologiques profondes,  qu'il se fourvoyait en croyant agir en toute conscience. Une "philosophie du réel", il disait Arthur, une existence condamnée à la détresse, obéissant à la loi du père fou en devenant commerçant, et libéré par sa mère qui le remet sur le chemin de la philosophie.

Et c'est là où je veux en venir.
A la mère. Les mères m'intéressent, voyez-vous, quand elles ne sont pas réduites à leur ventre et qu'elles sont des femmes, des amantes, des artistes...  
Arthur Schopenhauer n'a pas été aimé, Johanna Schopenhauer, elle, le fut étonnamment.
A la mort du mari, elle vend tout et part vivre à Weimar, une ville inconnue, mais une ville, quoi ! Elle sait ses talents mondains, son talent tout court. Elle se lie à Goethe, aux artistes. Elle écrit, la mère. Cette femme fut la première femme d'Allemagne à gagner sa vie comme écrivain, romancière réputée. En 1820, les oeuvres complètes de Johanna Schopenhauer furent publiées en 20 volumes.
Contre son fils, contre la morale, contre la bien-pensance, elle s'est emparée de sa vie, en toute conscience. Qui se souvient d'elle ?
Arthur a écrit, lui, deux passages de tendresse destinés à son père qui ne l'aimait pas. "La condition humaine ? Veux plus en faire partie", qu'il disait à sa mère qui l'aimait.
La vie est mal foutue. C'est pour ça que ça donne des beautés, d'ailleurs. Du mal et des comportements qui ne cessent de nous étonner. Des génies et des fous.
"Les fêlures, ça laisse au moins passer la lumière".

25 août 2009 2 25 /08 /août /2009 15:01








Titre un peu choc de cet article. 
"- Mince ! Qu'est-ce qu'elle dit, l'autre ?
Pourquoi aurait-on besoin de la peur ?
Est-ce un ingrédient nécessaire à ajouter dans la pâte à pain du bonheur ?"
 

Non, mais quoi ? Y'a qu'à lire les journaux. Regarder autour de soi. Ecouter des bribes de conversation, là, juste là, la table à côté dans un bar.
Tous les jours, la peur gagne du terrain.
Toutes les peurs, en vrac, mélangées dans son sac à main.
La faille de la peur nous touche tous, parce que la peur est multiforme : sociale, affective, personnelle, existentielle...
Elle habite le désir tout aussi bien, et notre imaginaire galope. Ce qui est à vivre est constitué d'envie et de peur, à celui qui sera le plus fort.  Et parfois c'est si lourd ce qu'il y a à vivre, dans l' ombre  de soi-même.        

Il revient de chez Mollat avec ce livre "Visages de la peur" de Michela Marzano. Il est toujours content quand il a des livres sous le bras, à portée de mains, des lignes sous les yeux. Il a senti les pages et humé, là, dans l'encre une invitation de lecture, l'odeur du talent, une écriture.
Elle, elle en connaît un rayon sur la peur, rayon sociologie, collection La condition humaine chez Puf. Elle écrit et ça me parle, oui :

"La peur est une trace d'humanité. Elle nous renvoie tout à la fois à la fragilité et à la richesse de la condition humaine. Si l'homme a peur, c'est qu'il n'est pas tout puissant et que le danger peut toujours l'atteindre. Mais c'est aussi par cette ouverture au monde et à ses dangers qu'il montre qu'il est vivant. Comment pourrait-il se transformer et s'ouvrir aux autres s'il était une statue de marbre inatteignable et indifférent ? C'est parce qu'on ne sait pas de quoi demain sera fait qu'on nous avons peur. Mais c'est aussi pour cela que dans le même temps, nous pouvons vivre."

Voilà qui me chuchote à l'oreille des choses entrevues, constatées, vécues et éprouvées. Envie d'être aimé et peur de l'abandon... Qui donc s'absente de cela ? Les relations humaines ne sont jamais acquises et l'illusion est de croire en leur permanence. J'y crois, moi, et je me trompe, alors. Michela Marzano me dit que, philosophiquement, je me trompe. Parce que la nature humaine a ses failles, ses défaillances... Oui, elle les a, je sais.  Peur, alors, peur... Parfois, allez savoir, Tout me fait peur !

Et si, dit-elle, cette faille qu on cherche à combler était la porte qui nous préserve de l'étouffement, et non pas une blessure qui nous menace ?

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