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17 août 2009 1 17 /08 /août /2009 20:33





"L'étoile a pleuré rose..." d'Arthur Rimbaud le beau



"...Il m'était donc difficile de vous regarder et d'entendre quelque chose de neuf, d'autres mots que j'avais posés moi-même, semblait-il, sur le bout de votre langue, d'autres sonorités rugueuses. J'étais effrayée par ce qui venait doucement de loin, et je ne savais localiser la moindre parcelle de terre de ce paysage brouillé. Je ne reconnaissais ni le mur, ni la couleur de l'herbe, ni la rampe lumineuse  du jardin... Les chaises avaient toujours leurs quatre pieds de chêne, c'était sûr, et je me demandais comment c'était possible qu'elles entourent encore la table. Peut-être, après tout, que les chaises tenaient la table, que la table tenait le mur et que le mur, tous les murs tenaient le monde. Des appuis à n'en plus finir, vous voyez !

...Il m'était donc difficile de vous regarder et, sans ciller, de croire à une normalité de la géographie et à la nécessité de votre discours du renoncement amoureux le plus total que vous m' annonciez comme une nouvelle heureuse, l'air d'entrer enfin dans une grande paix et de n'attendre  plus jamais rien de l'étoile à la nuit.

...Il m'était donc difficile de vous regarder et de sembler vous ménager  des temps de silence et de solitude à partir desquels vous pourriez reposer sur la chaise du jardin, ses quatre pieds de chêne enfoncés dans le sol, chantournés et cirés à l'ancienne, qui dureraient plus longtemps que ma vie."
                                                                        
                                                                                              Sur une idée de Guy de Maupassant

17 août 2009 1 17 /08 /août /2009 00:18






Pour plusieurs raisons personnelles qui n'ont apparemment rien à voir les unes avec les autres, de façon visible, et que pourtant je relie entre elles,
pour l' intensité de la parole entendue, confiée et lue,
pour le retentissement qu'elle a en moi, 
pour l'émotion sidérante,
pour ce que je sais du vacillement qui a lieu parfois,
pour ce qui n'est pas juste d'éprouver dans une vie humaine,
pour l'impuissance à être auprès de celui qui a mal,
pour ce que je peux "faire",
pour tuer l'insensé qui épuise le sens,
pour une impossible consolation qui demeure encore.
pour le mystère au creux des âmes.
pour ce qui empêche de vivre bien quand bien vivre serait si doux,

je retiens cette phrase de Hölderlin, en exergue de "L'homme révolté" d'Albert Camus :

"Et ouvertement je vouai mon coeur à la terre grave et souffrante, et souvent, dans la nuit sacrée, je lui promis de l'aimer fidèlement jusqu'à la mort, sans peur, avec son lourd fardeau de fatalité, et de ne mépriser aucune de ses énigmes. Ainsi, je me liai à elle d'un lien mortel."

Plus loin Camus écrit, ce qui n'est non plus pas sans lien avec ce qui précède :

"Il faut bien que la révolte tire ses raisons d'elle-même, puisqu'elle ne peut les tirer de rien d'autre. Il faut qu'elle consente à s'examiner pour apprendre à se conduire."

15 août 2009 6 15 /08 /août /2009 19:27

 



Je remercie mille et une fois l'auteur de ce texte, , de me permettre de vous faire partager ici cette chanson magnifique, une interprétation originale de Martin Cadeau dans tous les sens du terme, envoûtante et "terriblement" belle. Je vous invite alors à vous rendre sur blogamu :  http://blogamu.canalblog.com/
Je n'avais pas cité tout de suite l'auteur de la chanson . Inélégance ! Inélegance ! Et honte sur moi ! Qu'elle me pardonne en regard de tout le talent que je lui reconnais et qui est une présence indéniable.

Se laisser aller aux heures du jour, à sa fatigue, à ce qui lancine en soi toujours, un compagnonnage de la mélancolie, vous voyez, une façon de se tenir au monde comme à une rampe d'un bateau dans une coursive.
Et puis jouer du regard sur l'écran.
Trouver au hasard des pépites au creux des mots à les faire rouler sur la langue. Des cailloux au fond d'une poche, qui rassurent.
Les mots sont parfois des cailloux rassurants. Pas de mièvrerie, mais une bonne rugosité sous les doigts pour sentir la vie qui écorche et bouge, et vibre lent. D'un doigt à un autre doigt, une étrange sensualité, la peau qui touche le silex et s'y brûle. On pourrait pleurer pour ça, pour un mot et le feu des rives fragiles et précaires. Une pierraille qui pourrait vaciller. Ca vacille quand même. Ca tient quand même. Ca dessine un mur tout autour de la langue. Une forme à l'évidence du rien qui mène la danse des mots.

Les yeux rivés à l'écran.
Aux photographies de Sylvaine Vaucher, passée un jour commme une comète sur mon blog.
Et une sidération me prend. Je me sens en parenté, ici. Elle doit habiter en Suisse, Genève. Je vois, moi, ici, dans ma bibliothèque, ses photos qu'elle fait là-bas. La distance poétise l'émotion renversante de cette beauté offerte. Du noir au blanc, je suis dans un monde de lumières fuyantes, de corps qui dansent et s'évaporent dans des sfumatos sur des musiques magiques.



Sylvaine Vaucher dit :
"Je suis un fossile porté par les vagues de la littérarure, la musique, la photographie et tout ce qui frémit sur les rivages incertains. Je suis dans l'ombre de la lumière que le ciel m'accorde quand mon âme échoue sur les nuages de mon émotion. Je suis une tourmente tourmentée. A force d'aimer, j'ai épuisé mon coeur et je récrée le réel et l'imaginaire. Un besoin de créer encore, créer, me transcender, me stimuler, être à la fois présente et absente. Je ne veux rien transmettre : on me prend ou on me jette. J'ai mis tellement de temps à vivre et être moi et moi-même."

8 août 2009 6 08 /08 /août /2009 15:03

J'ai retrouvé dans le jardin de mon amie, ma Cousette, trois taies d'oreiller et une serviette de toilette qui pendaient sur une corde à linge. Depuis quand ? Oubliées là. Qui pendaient comme des enveloppes vides. Qui avaient été pleines...  et qui étaient vides. Parce qu'elle n'était pas là.
"Des peaux de lézards ! " j'ai pensé. Je les ai décrochées ; elles ont repris leur apparence : trois taies à fleurs et une serviette blanche.
Les cordes à linge m'ont toujours inspirée, allez savoir !
Vont d'un bord à un autre bord, toutes tendues qu'elles sont sur des vêtements qui habillent des corps. Tant de corps en surimpression de l'absence du corps.
Une symbolique de la vie. Un  bord à un autre bord... La rectiligne du trait, vous voyez, une histoire sans histoire qui n'existe pas.
Tout n'est question que de perspective ? Oui. Tout dépend de l'angle de vue et de ce qui agite la pensée. Tout est limpide, on pourrait croire. On se tient à un bout de la corde et on a déjà absorbé l'autre bord. Mais tout cela est faux. On sait bien que ce serait regarder sans rien voir, ni les torons qui s'effilochent, ni les noeuds. L'histoire des hommes n'est jamais lisse.
Très tôt dans mon âge, j'étais effrayée par "l'autre bout de la corde". Devenir quoi ? Je n'avais pas envie de "devenir" quoi que soit, comme si un destin m'était indiqué et qui me désignait déjà l'autre côté.
On "devient" pourtant toujours. Par des hasards, des rencontres, des accidents de vie et de ce qui provient de la vie même.
Ce qu
i nous traverse d'expériences humaines est une construction qu'on sait être là.
"Quelque chose existe, de fort, de grand, de majeur pour moi,et qui retentira sous des formes que je ne sais pas être encore..." Je pourrais me dire ça, oui. 
En écriture, cela se passe peut-être ainsi.





Je relis ce que dit Francis Bacon sur sa peinture : " Lorsqu'on est sur la toile, on ne sait pas où on est, où l'on va et surtout pas ce qui va se passer. Et pourtant tout est sous nos yeux. L'atelier du peintre n'est pas celui de l'alchimiste qui cherche la pierre philosophale, quelque chose qui n'existe pas dans notre monde. Ce serait peut-être plutôt le laboratoire du chimiste où apparaissent des phénomènes inattendus."






Il y a des perceptions qui disent plus que l'image.
Des échos de la perception.

J'avance comme cela.
Ce qui est pousse, vaille que vaille, à l'affût de mes yeux et de mes mains.

30 juillet 2009 4 30 /07 /juillet /2009 23:46


Regarde !



"Ces" grands bras    ne s'imaginent pas sans le corps qui     les constitue et les signifie à l'extrême  (le corps étant le prolongement des bras), et pourtant      je ne connais pas    
de bras plus intensément, plus expressément bras que ceux-là.
                                                               Propos de Jean Genet sur "lhomme qui marche" de Giacometti

21 juillet 2009 2 21 /07 /juillet /2009 15:15






Je rêve d'écrire sur un fil.  
Sur le fil des mots, oui. 
Puis réellement sur un fil, bout de ficelle, en chanvre, une corde.

Un fil.
Un fil à terre duquel il faudrait prendre soin. Parce qu'on pourrait s'y prendre les pieds.
La chute sans cesse possible. Tomber au fond du fil comme dans un trou... L'étoile dans un trou. Aragon en parle de cette étoile. Est-ce la même ?

 

La chute viendra, c'est certain. C'est à peu près certain. Un mouvement dont on prend conscience peu à peu.
La distance entre la chute et soi ne peut que se réduire. 
La longueur qui nous en sépare se divise toute seule, y'a presque rien à faire. Le mouvement est un déséquilibre contenu. Et ça déraille. Ca met du temps, peut-être... Mais ça déraille. L'équilibre veut son contraire, aller là-bas, en quelque sorte, où la corde lisse ne l'est plus. Où les noeuds apparaîssent enfin. On n'est pas dupe du fil ! 

 L'essentiel contenu dans un bout de ficelle, un espace délimité, un territoire offert à arpenter, des pas possibles derrière d'autres possibles, des arrêts soutendus par une pensée, pensée pleine et vide, vide, tellement vide parfois, mais qui est là quand même, dont on ne se départit pas. On ne se défait jamais de la pensée, même vide. La pensée vide est un signe. Elle prévient d'un état à venir un peu étrange et douloureux. Pas le vide pour le vide.

J'écoute d'une oreille un film dont je ne vois pas les images. "Changement d'adresse". M'a pas l'air très bon. Des dialogues flottent.

"- Elle n'a jamais manqué de rien !" Je vous assure, dit la mère. 
 - De rien, vous êtes sûre ?
 - A la voir, on dirait un ange, vous voyez, un corps étranger."

Ben non, rien ne manque. Rien. La bonté du corps étranger est une enveloppe à déchirer.
Un fil à tordre, à soulever doucement pour passer dessous.
Une ligne d'horizon à traverser.
Un fil tendu sur lequel l'ange disparaît. Pouf ! Ailleurs, parti, oublié.
La rugueuse tendresse de la famille inoubliable ! Je pense à Fritz ZornMars aux éditions Gallimard. Savait lui !
 Le fil tendu comme fil de fer, tellement qu'on voudrait une autre forme, modeler ce qui ne se peut pas, une rigidité plus dure que tout, un non-recevoir du dessin et des lignes.
Attention au fil, ma fille ! Attention au fil !

"- Elle a eu le nécessaire. Y'a ici le nécessaire, vous savez !
"- Vous croyez. Oui, vous avez raison, y'a le nécessaire."

Le fil  (Mince, j'ai failli... Putain de fil ! ) que je ne ramasse pas. Le choix de le faire disparaître ? Non. Se peut pas. Fait partie de la donne humaine.

Au lieu de se dire bonjour, "Comment ça va ?" et aucune réponse n'est jamais attendue à ce qui n'est que ponctuation de langage, on pourrait tout aussi bien demander des nouvelles du fil " Tu t'arranges comment, toi ?
Comment tu fais avec ton fil ?"

Je serais alors bien obligée de répondre que je le regarde, que je le pousse du pied, qu'il m'a fait devenir ce que je suis, ligotée comme tous, un peu plus à me débattre peut-être, que je sais cela et que savoir cela ne résoud rien, qu'un désir de vivre peut s'étioler et renaître, qu'on devient fou dans le territoire restreint de la figure géométrique du fil, qu'il faut savoir se sauver et courir vite, vite quand on a du souffle et de l'endurance. Et aucune honte à ressentir ce point de côté qui ralentit la course. Stop !
Est-on jamais sûre d'avoir passé la ligne de "démarcation" ?
La ligne de démarcation existe-t-elle en vrai ? On s'épuiserait peut-être pour que dalle. J'ai souvent eu le sentiment de n'avoir pas de prises et que les mains s'écorchent et saignent. Tellement beau, une main à cause de ça !
On demeure dans ses limites humaines, en élargissant les côtes, en gonflant les poumons, pour sentir le vent du large et observer ce qui est beau et grand et immense.
On veut aimer comme ça. Pareil. 
Donner du sens au non-sens du fil, de tous les fils, avec des mots. Et des émotions à parer le monde et l'autre, à éprouver.
Etre une personne convenable, en somme.
Ce ne serait déjà pas si mal ! 
"C'est un rêve modeste et fou
Il aurait mieux valu le taire
Vous me mettrez avec en terre
Comme une étoile au fond d'un trou."


Attention au fil, ma fille ! Attention au fil !

11 juillet 2009 6 11 /07 /juillet /2009 19:46

On me dit qu'on n'écrit pas un blog pour faire de la littérature...
Certes, cependant dès qu'il s'agit d'énonciation, mieux vaut que la forme y soit et que la langue ne reste pas dans le fossé du tout venant des mots.
Puis enfin, derrière un mot s'en tient toujours un autre qui va creuser l'idée et dévoiler sa texture.
L'image n'apparaît pas tout de suite dans le bain du révélateur. On aperçoit d'abord une ombre, de loin. On prend garde. On est vigilant. On croit que "la chose" est stabilisée, mais on se trompe.
La pensée à l'oeuvre suit un chemin. Jamais fini. La route ne s'achève pas, un ruban déroulé infiniment, au fil des émotions, des angoisses, des fatigues, des murs et de l'immensité de ce qu'on sait et de ce qu'on ignore.
Des "pourquoi ?" toujours, et tellement de doutes dans ma tour d'orgueil.
En avance ou en retard sur le monde.

"En littérature, on progresse à l'ancienneté". J'aime bien cette phrase de Julien Gracq. J'ai oublié d'où je la puise, mais je l'aime bien.

Une pensée, un raccord, un rajout, un trébuchement de la pensée...
Au bout d'un questionnement, c'est une porte qui s'ouvre encore. Gigognes les portes. Et très visuelles. Dans ma tête, j'imagine des portes fermées... à ouvrir.
Un couloir infernal.
Sans fin, les portes, et les questions... La pensée ne sait pas de repos.
Et ça continue d'avancer, en nous, en moi.
Peu importe l'issue du trajet.
Parce que pour l'essentiel, au bout du bout,
et au bout du monde,
on sait bien ce qu'il en sera !

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