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3 décembre 2012 1 03 /12 /décembre /2012 00:18

Une encre avec laquelle écrire. Vient d'où ? D'anciennes blessures, va savoir !

Un genou écorché quand tu étais petit et tu avais saigné.

Pleuré en silence aussi.

Du gravier avait tapissé la plaie qu'il avait fallu nettoyer, lisser, du mercurochrome par-dessus qui parlait tout seul de ce que tu venais d'endurer.

Un sang dans le mouchoir.

Le coeur tisse,

tisse ses pulsations et ses blessures. tisserand-van-gogh.jpg

Tissu, bandage,  pansement, une gaze douce comme un papier de soie. 

Papier où écrire. Sans tricher, toi tout entier dans le texte.

 

 

Un texte.

Du latin textor : le tisserand.

 

 

 

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29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 22:51

058

J'en ai croisé, tout à l'heure, sous la pluie. (Pleuvait-il ? Je ne sais plus.) Mais froid partout.

Deux hommes criaient devant leurs voitures arrêtées n'importe comment, une femme hurlait le plus fort. Pas de tôle froissée pourtant. Je ne distinguais aucun mot, juste une situation tendue et violente qui pouvait exploser. J'ai sagement contourné ce noeud noué au milieu de la route, et je suis passée  avant que le froissement des nerfs ne se déchire d'un coup. J'ai eu froid à ce moment-là.

 

Trois hommes devant un bureau de tabac, place Gambetta. L'un d'eux buvait au goulot d'une bouteille de bière. Il y a avait un gros sac adoosé au mur. Je me suis demandé ce qu'il contenait, et j'étais certaine de me tromper sur la marchandise. J'ai pensé à ce type qui ramassait des crayons à papier pour écrire, et qui est devenu journaliste de rue, plus tard, avec son obstination et sa misère en mots.

 

Une femme, vieille, tellement vieille et voûtée qu'elle ne pouvait plus que regarder le sol. Au carrefour Ravezy. Marche cassée parmi les voitures qui ne la voient pas. Elle a un fichu à fleurs sur la tête. Pourquoi n'est-elle pas à se reposer dans un lit ? Inutile question.

 

Toi, dans ta chambre, tu as retrouvé par enchantement ton vapoteur. Une main généreuse est venue te le poser, bien en évidence, sur ton ordinateur. Le monde n'est pas si moche. Cela faisait deux heures que tu le cherchais partout, les couloirs, les salles, le parc. Tu ne sais pas à qui elle appartient. Comme quoi les mains....

 

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28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 22:02

Il y a des jours, elle n'y arrive pas. A formuler clairement les choses. S'embrouillent même les questionnements... Alors pour les réponses, elle dit qu'elle repassera. 

Elle laisse faire le ciel. Flottant de sacs grisâtres. Tout à l'heure, ce paquet gris tenu par rien vers lequel elle s'avançait lui a semblé étrange.

Présages de l'hiver, ou ...des passes à passer, des péages, des comptes à faire, à refaire,  les cartes distribuées par avance, y'a toujours des erreurs, une distribution pas d'équerre à l'as de pique,  l'imprévisible aveugle.

 

Des arbres, s'égouttent lentement des larmes d'étoiles,

on ne peut pas s'empêcher de les regarder tomber. 

 

 

 

 

 

 

 

 

Demain, plus de coups tordus dans tous les sens. On dira comme ça pour le coeur, le cou et le corps tout entier.
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25 novembre 2012 7 25 /11 /novembre /2012 21:40

Procéder souvent à un renversement capital,

c'est-à-dire inverser l'ordre des choses

et l'ordre des causes.

 

Cela signifie : "Je peux bien continuer à parler, mais c'est ce que je dis qui parle de moi." 

 ou encore

"Je peux bien continuer à rêver, mais ce sont mes rêves qui parlent de moi."

 

On s'échappe toujours, on échappe toujours à soi, 

c'est dans ses failles  que logent les émotions.

C'est là qu'il faudra creuser.

 

 


 

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23 novembre 2012 5 23 /11 /novembre /2012 02:46

Je t'écris dans la nuit. Tu habites un château. Château Lemoine, Rééducation cardiaque. Tu accomplis chaque jour une petite amplitude supplémentaire de tes gestes, ta jambe s'allonge mieux dans la marche, quand même ton souffle est court. Ta fatigue est élastique, on dirait : elle ne te prend pas en traître, tu la connais, et tu y puises une énergie : tu fais ce qu'il faut faire, sans rechigner, sans résignation, mais avec une complaisance et une sorte de détachement intelligent.

Tu prends ce temps à toi, pour toi. Tu flottes un peu. Dans l'apesapour-mon-film-001.JPGnteur de ta chambre. Il y fait chaud. Il y fait bon.

Quand un coquillage se blesse dans la mer, il  fabrique  des perles pour calmer la blessure et la guérir.

Nous, les hommes, quand on est blessé, quelles sont alors nos perles qui cicatriseront le mal ? Ils sont  regrets, un moment, puis  petite mélancolie, et surtout  apprentissage de la vie qui sidère, et vibre lent.

Temps de la réflexion. Là-bas. De ce qu'on crée des douleurs, de ce qu'on invente pour sauvegarder une mémoire de la blessure. Indolore, ça vient peu à peu.

 

Je me demande quelles seront tes perles, les tiennes à toi ?

Et voilà que j'ai l'idée de leur couleur, et de leur forme : et si c'était ...des mots en marche,  consignés sur une page, comme toi-même parcourant, à ton rythme et accompagné, les chemins qui entourent la demeure, plein du ciel, plein du vent.

En surplomb de toi-même... 

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15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 21:22

Les maisons de soin sont le plus souvent situées sur les hauteurs des villes. Un air de campagne s'en dégage. Le ciel y est plus grand. Les corps dans le parc n'évitent pas la lumière, ils ne peuvent pas trembler sur les bancs comme des feuilles cassées.

Le silence accompagne un vieil homme, tenu par presque rien,  des doigts enroulés sur une canne, ou bien sa barbe.

Un jeune homme en pantoufles se branche sur la wifi, sa pâleur portable posée sur la table, à côté d'un bouquet de fleurs.

Toi, toi tu parcours les titres des livres de la bibliothèque,  tu souris... Tu attends l'infirmière, tu n'as pas hâte de voir ta chambre, tu ne redoutes presque rien.

Plus tard, tu trouveras la table un peu petite pour y placer ton ordinateur.

Mais tout sera à sa place : une image photographique sous ta lampe, à ton chevet, flottant dans l'eau du bain

et qui te révèle à ta solitude indolore.

 

 

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13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 21:16

Les êtres les plus savants,  humainement, sont souvent les plus humbles. Ils n'ont rien à prouver, rien à défendre à tout prix.

Ce qui est désespérant, pour moi, ce sont ces comportements égocentrés  de ceux qui croient tout savoir, détenir le vrai absolu,  et qui s'autorisent à tuer l'autre.

 

POLLOCK.jpg

Par un tour de passe passe de mon esprit dubitatif, allez savoir pourquoi je pense à la peinture heurtée, à la fois abstraite et expressionniste, de Jackson Pollock !

 

Des gestes  jetés, tirés d'eux-mêmes, au plus loin de leur limite.

Une amplitude d'oiseau dans le bras. L'oeil qui cingle. Une peinture cinglée, avait dit un prof, (de cInglé ?), comme pour dire la violence et l'incompréhension de ces gestes fous.

Et Jackson, lui,  avait un nom qui sonnait comme une marque

POL

de whisky !

 

Rien à prouver, rien à défendre. Tout à donner. Tu veux voir ? Tiens, regarde, regarde bien !

 

Alors, les yeux s'ouvrent grands, sidérés par le noir de l'encre et l'espace de la toile. Peint pieds nus, mains nues, le corps offert.

 

 

POLL.jpg

Tout le corps parle en même temps que l'encre jaillit, 

la couleur hurle au bout du pinceau son écriture aléatoire et hors des bornes.

La mémoire défait ses nouages. 

 

 

 

Elle est aussi une sorte de peinture charnelle de son histoire, de soi et du monde.

PO

Et, là, j'ai soudain  envie de penser à vide. De laisser les choses se reposer, se coucher sur la toile.

Une fatigue dans les yeux. Finalement, ne pas avoir à justifier de soi. 

 

 

 

"J'ai fait ce tableau parce que je devais le faire. Toute tentative d'explication ne pourrait que le détruire" Jackson pollock

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5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 04:00

Tu creuses le puits du jour

celui de la nuit,

ainsi les yeux fermés sur ta peau,

les ecchymoses du coeur dormantes depuis tant...

Tu brasses un sommeil de papier

qui craque,

tu as peur du bruit de la roue

sauf le vent pour t'en sauver

là-haut.

Te tenir aux bastingages,

du ciel...

 

je te garde-corps avec moi.

 

 

 

 

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28 octobre 2012 7 28 /10 /octobre /2012 13:23

L'homme, par deux fois, est tombé.

Pas plus de bruit que ça !

 

A un moment, on ne sera pas là pour voir...

 

 

 

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26 octobre 2012 5 26 /10 /octobre /2012 22:05

Ne pas regarder derrière soi.

Pour avancer.

Tenir debout. Le coeur battant.

(C'est si important le coeur ! je le sais, j'en connais un qui a flanché d'un coup...Ce qui arrive souvent, paraît-il, à  ceux qui en ont, du coeur. Je veux dire, surtout à ceux-là ! Ceux qui sont constitués ainsi et vivent de son énergie, pour être, pour donner, pour l'avoir trop grand... ou trop gros)

Donc le coeur battant !

Et hier fout le camp,

je l'observe et il se fait la malle. Je regarde dans le rétroviseur. Effet garanti. J'y suis, ou non. J'y suis. Je vois à rebours. Comme une marée d'hier.

 Il s'éloigne de moi,

ou c'est moi qui m'éloigne de lui.

Je regarde dans le rétroviseur, en plein, cadrage décalé.

Je suis là. Ou non. Comme j'aime. J'existe.

Avec ou sans moi. Décider comment.

 

Je regarde le monde à l'envers.

Devant et derrière moi.

Tirer des conséquences émotionnelles qui, à leur tour, me regardent. A moi de les lire. A plat. A plat est-ce possible ? Non, je sais bien cela. Je laisse quand même les choses aller, en me forçant, sinon, je sais que ça ne serira à rien.

Je filme. Droit devant moi, la route. Mon chemin. Des pavés, qu'importe ! Ils brillent sous la pluie de tout à l'heure. Et j'adore ça, la pluie.

Donc les pavés rutilent.

Puis voilà qu'il me parle de ce lieu : un restaurant-brocante. En partant, on peut acheter et emporter sa chaise, son assiette, un cadre, une cueillière, que sais-je encore !

Je trouve cela superbement surprenant. Se reconstituer sur un coup de coeur un décor d'hier qui ne nous jamais appartenu, une relique d'un autre temps, d'un autre lieu, d'une autre histoire dont on pourrait se souvenir, en brodant un peu autour.

Hier, c'est aujourd'hui remodelé, revisité, relu au-dedans de soi, mais avec d'autres gens,

d'autres livres et des fringues, de celles que je n'ai pas jetées aux orties du tempo.

(-Dis, tu aimes mes petits noeuds aux chevilles ?

Dit que oui.

- Oui, c'est mignon, ça te va bien, papillon !)

 

 

 

 

 

 

 

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