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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 19:24

Je trouve très pertinent le texte de Jean-Claude Guillebaud.  Alors voilà, n'étant pas une bonne chroniqueuse politique, je ferai dans la facilité, et ne résiste pas à l'envie de le partager là. Mélenchon donne du coeur à cette campagne grise. Heureusement qu'il est là !

 

"Ce thème de l'adaptation, rabâché depuis des années et repris en chœur dans la campagne électorale, en devient désespérant. Pas un commentaire, pas un discours qui ne répète inlassablement la même injonction : s'adapter, s'adapter, s'adapter.   Mais il faut savoir jusqu'où ce simple constat peut nous amener. À renoncer à la lutte contre les injustices ? À ne plus protéger les plus faibles ? Là est bien la question. Nous risquons de ne plus avoir de « projet » du tout, et de nous contenter de gérer le présent.   

Consensus libéral, prévalence de l'argent, thésaurisation précautionneuse et vision du monde désabusée : tel est le nouveau paysage. Quant au reste… Les idées porteuses de desseins collectifs semblent évanouies. Elles suscitent la moquerie des gens « sérieux ». La représentation de l'avenir s'est brouillée, l'immédiateté prévaut (disons, le court terme) et le grand marché triomphe.  

Allons ! Les riches n'ont plus beaucoup de raisons d'avoir peur, et les pauvres s'habituent déjà à ne plus rien espérer. C'est peu de dire que le projet d'un monde meilleur a cessé d'être d'actualité.

En vérité, l'espérance historique elle-même est souvent présentée comme un concept dépassé.

Espérance et volonté : rien ne nous paraît plus étranger à la nouvelle marche de l'Histoire que ces deux anciennes prétentions de l'esprit public.

Sans nous l'avouer, nous sommes tout près d'accepter l'idée selon laquelle le monde est principalement gouverné par des fatalités sur lesquelles nous avons peu de prise : marchés financiers, commerce international, réseaux immatériels. Tout se passe comme si des forces incontrôlables venaient limiter nos ambitions et désenchanter nos rêves.  L'heure n'est plus au changement programmé mais aux adaptations consenties. À la place de ce mot, on pourrait employer celui de « capitulation ». Il serait plus juste. Le mérite individuel ou collectif ne s'évalue plus selon la capacité de résistance au réel, mais en fonction d'une plus ou moins grande docilité dans l'accommodement. Accepter le monde tel qu'il est ; apprendre à rengainer son énergie ; donner la préférence aux souplesses modestes et aux sacrifices obéissants : le nouveau catéchisme occidental est sans ambiguïté. Il nous enjoint de faire contre mauvaise fortune bon cœur et d'obéir aux injonctions du monde. Avant-hier, c'est le monde lui-même que nous entendions faire plier. Aujourd'hui, nous sommes encore plus fiers de nos accommodements que nous ne l'étions, naguère, de nos révoltes.  

Nous ne sommes pas loin de croire que l'histoire du monde elle-même n'obéit plus qu'à d'obscurs déterminismes anthropologiques ou marchands,  et non point à la « naïve » volonté humaine."

 

 



 

 
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8 avril 2012 7 08 /04 /avril /2012 23:26

Je reviens sur la place. J'en fais le tour méticuleusement. Il y a peu de monde. Le grand bonhomme a l'air de s'emmerder tout seul sur son piédestal.

Combien de temps passé ici, les bras ouverts et vides, le regard qui piétine ?

Je me gare là où, un jour, j'ai passé une nuit dans une voiture en panne.

Un jour, une nuit... C'est pareil. Pareil,pas pareil... Ca se mélange dans la tête à Tourny qui regarde rien, les yeux fixes sur les allées. Immobile comme une pierre à briquet.

J'en avais un, moi, au fond de mon sac. Je ne suis pas partie. A cause du briquet. Des flammes dedans. Du feu qui brûle les doigts et tout le coeur.

- Alors, hein, on fume des clopes ?

- Yes !

On a tous les droits. La liberté, parfois, c'est pas plus que ça : fumer une cigarette dans la nuit qui va. Et qu'est-ce que c'est bon !

"Bordeaux est la plus belle ville du Royaume", c'est écrit dans le marbre, sur une plaque. Là, sous nos pieds. On ne la voit pas, la plaque. Mais il a drôlement raison Tourny, à nous tourner le dos, au milieu de sa place.

Trois siècles nous regardent.

On va mourir demain, trois siècles nous regardent  Et on s'en fout.

Il fait nuit, la voiture est en panne, et on s'en fout.

Le matin n'arrivera jamais.

La ville est immense,  

rien qu'à nous. 

On est la nuit-même.

Et même...

 

 

 

 

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1 avril 2012 7 01 /04 /avril /2012 02:00

Tout fait lien. Tout fait corps.

Rien n'a d'importance.

Et s'engraine pourtant. 

En un sens inversé aux choses inversées.

Et je suis là, où je ne suis pas.

Et je ne suis pas là.

 

n'a pas d'importance.

Pourtant, d'une chose à l'autre,

d'un rien à un autre rien,

tout fait sens, et,

contre soi,

engraine le coeur.

 

Ca engraine...

ça engraine, tu sais.

 

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28 mars 2012 3 28 /03 /mars /2012 02:29

Des vagues qui viennent encore. Comment dire ça ? Par où prendre les mots ? Comment les arranger, les suspendre au fil, au fil, l'un après l'autre, pour qu'ils sèchent ?

 

 

 

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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 01:01

On aurait dit 

c'était la route

elle avait une mine de papier Job  toute fine 

toute fine

 

 

 

 

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25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 17:00

La tension est un état de vigilance.  Au travers des déchirements, dans unEN-BOIS.jpge forme ajourée de révolte. C'est la révolte qui tourne, contourne, retourne la vie, et qui, paradoxalement, bute chaque fois contre la vie. Le trébuchement est aussi mouvement dans un espace : on tombe, on lève les yeux. ...On lève les yeux. On croit sauver le monde. On ne sauve rien. On improvise juste un regard. On n'est pas trop vieux pour ça. Je pense à toi.  Une mémoire à l'écorché. De l'écorché autour. Un Oscar  articulé/désarticulé. Je pense à toi. Comment faire autrement ? Un homme en bois. Un bonhomme en bois à esquisser un dessin. Un dessin pour une histoire. Donner forme au corps de l'histoire. Une forme qui reste sur la page. Créer un mouvement. Adorer le bras et la jambe en marche. Mettre des yeux. Les mêmes que l'on a vus. Un jour. Et qui collent à la rétine.

 

 

 

 

 

 

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23 mars 2012 5 23 /03 /mars /2012 01:41

A l'IUFM cet après midi, des jeunes enseignants, un prof, un auteur.

 

Elle a dit : "La mort est dans la vie et ne pas en parler est pire."

Elle a dit : "La mort est une chose qui doit être tue. Il faut protéger les enfants et ne pas les confronter."

Elle a dit : "Ils la connaissent sans qu'on la nomme. Ils en parlent très bien, et autrement que les adultes."

Elle a dit : "C'est préoccupant quand même."

Elle a dit : "On n'a pas le droit de leur interdire la parole, même pour dire la mort."

Elle a dit : "Ils ne peuvent pas comprendre. Ils ne doivent pas comprendre ça."

Elle a dit : "Ils lui donnent leurs odeurs et nous apprennent la question. On ne peut pas les priver de leurs questions."

Il a dit : "Le vide et aussi le rien... Ils écrivent dessus."

 

 

 

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18 mars 2012 7 18 /03 /mars /2012 02:55

Tu es assise. API 1077Tu écoutes.Tu regardes autour de toi. Tu es d'ailleurs venue pour ça : écouter et regarder. Tu n'entends pas grand chose. Ton oreille n'est pourtant pas fermée, pas oisive, ni aveugle. Mais ton attention est distendue par une autre attention, dont tu n'as, d'abord, pas tout à fait idée, qui oeuvre malgré toi, qui travaille malgré et contre toi-même. Quand tu t'en rends compte, tu clignes des yeux et fronces le front. Tu marques une pause. Tu te reprends. Tu reprends là où tu as perdu le fil. Tu seras toujours en retard d'une séquence.

Tu bois ton café crème au bar de la place. Tu accompagnes des déambulations amoureuses qui bousculent d'autres lèvres. Tu aides les mots à s'enfouir de leur gangue. Tu en reconnais quelques-uns. Tu sais qu'ils brûlent sur la langue. Tu secoues la tête pour ne pas penser à la brûlure. Tu penses seulement que tu as mal au bras droit depuis deux jours, et tu trouves d'impossibles justifications  à l'engourdissement de ton épaule. Tu dois, pourtant, t'en tenir à cela : tu es toute entière dans un engourdissement.

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16 mars 2012 5 16 /03 /mars /2012 03:59

La revoilà ! La chasser loin loin de soi,

la jeter dans l'eau et

elle tomberait au fond tout droit,

une grosse pierre très lourde,

on serait bien débarrassé de son cabas

de zinc, et d'enclume qui

bat les jambes, les yeux, même

les yeux surtout...

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15 mars 2012 4 15 /03 /mars /2012 22:48

Ca fera dynamique et jeune comme le titre d'une chanson des Doors. "Les portes",  quand il n'en suffirait que d'une. Colloques sur la précarité et le logement. Mobilisation unanime des partis politiques, on croirait. N'empêche, oui, on en parle davantage du mal logement, du mal logis, et du mal que c'est. Les associations sont débordées. La trêve hivernale se termine cette nuit. Ensuite, c'est la déroute. Les boulons et les vis desserrés... Chacun se ressert le bébé et il n'y a plus d'eau. Plus beaucoup. La réflexion, oui. L'analyse, oui. Les besoins à répertorier, l'action à penser et à repenser, autrement. Tout le monde s'y met :   sociologie, philosophie, travail social, le monde de l'entreprise ricoche sur celui de la précarité, l'exclusion s'invite à la table pour penser et agir :  actionner la pensée et penser l'action. Tout cela est très important. Complexifier les données qui ne sont pas simples. Pour pouvoir comprendre. De fait, tout est compliqué. D'un service à l'autre, comprendre qui fait quoi, pourquoi, comment ça bloque ou non, ce qui est dans l'angle ou dans le mur, en suivant quel schéma... Voilà pour les structures sociales.

Enfin, il y a l'Autre, celui qui attend avec son désir d'exister vraiment et qui ne fait pas beaucoup de bruit, en fait. On ne l'entend presque pas... Il s'en remet à ce qu'on lui dit, croit ce qu'on lui dit, attend quand on lui dit attendre, se débat parmi les associations diverses, attend à un guichet, brinqueballé de l'un à l'autre, attend encore, passe du temps dans les transports pour arriver avant la fermeture du guichet où il attendra un tour : deux personnes devant lui, deux de trop, devra revenir demain, attendre... 

L'abbé Pierre avait compris ça avant tout le monde et il y a longtemps : le logement est prioritaire. Il n'y en a pas. Pas assez. Le trousseau est trop petit. Sans toit, pas de travail. Faut fournir des quittances de gaz et d'électricité.  Pas de travail, pas de quoi payer de loyer. Donc pas de travail... Etc... 

Il raconte, lui, qu'ils ont été reçus par une assistante sociale. Finalement, ils ont demandé "s'ils pouvaient alors, dans ce cas, avoir une tente."

Actionner la pensée et penser l'action. Et, sur le terrain des hommes, il serait grnd temps, "pouvoir" passer à l'étape suivante.

 

 

 

 

 

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