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9 août 2010 1 09 /08 /août /2010 08:00

Défi n°35

Vous êtes une oeuvre en cours d'écriture.

Racontez vos états d'âme avant que ne soit écrit le mot"Fin".

 

 

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Elle n'en aura jamais assez de s'apesantir sur chacun de mes mots.

Une lente rumination.  A croire qu'elle ne sait faire que ça. Ruminer. Répéter les phrases infiniment... Et à voix haute en plus !

Parfois, moi, j'accélère le temps de cette manducation. Et alors, à prendre les choses en main, je sens formidablement les doigts qui écrivent dans une sorte de physique de l'harmonie. Remarquez, je n'aime pas être réduite à une harmonie, un truc qui fleure sa petite musique sur laquelle tout le monde insiste avec l'air dédaigneux des virtuoses du nouveau roman ! Des qui se la pète grave dans la fonction ! Des qui font dans "l'écrivain" sans sourciller d'un poil ! La communauté des Oeuvres, et pas des basses !, à laquelle j'appartiens, en voit de toutes les couleurs, je vous assure.

Ah, on les repère vite, nous, ceux qui se disent poètes, écrivains, dramaturges et j'en passe ! Sans vergogne, oui, oui. Trois mots perdus sur une page et ils se la jouent créateurs ! Pourtant, ils doivent bien avoir lu Flaubert et Rimbaud le beau ! Bouh, ce serait parfois à désespérer de faire ce boulot ! Avec Internet, ça devient de l'abattage. Tout le monde se targue d'écriture... Non, faudrait revenir sur terre, le virtuel est une illusion. Etre dans l'illusion de l'illusion, c'est le pire.

 Je sais bien, moi, l'Oeuvre, qui est celui ou celle au bout de la plume, qui appuie sur les touches du clavier de l'ordinateur. 

Je sais si la langue est chevillée au profond de son âme,

si, sur la page blanche, les lettres deviennent bleues.

Dans la nuit, et dans les veines, un sang coule. 

Je ne veux pas que ce soit Mozart mille et une fois assassiné !

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2 août 2010 1 02 /08 /août /2010 05:35
100 4466

 

Un principe de prévoyance ?
Je lis qu'il convient de le mettre en place. On est bien peu de chose, alors...
Pour vivre bien, pour être mieux.
 
Moi, ça me fait peur. Sortis d'un contexte, ces mots-là me font peur.
On dirait une publicité pour une assurance vie. On "met de côté", dans son bas de laine ce qu'il faut pour l'hiver. La relation humaine, la seule chose qui m'intéresse, échappe à ça, non ?
 
J'ai toujours préféré la confiance. A tort parfois ? Mais non. Non. Je ne peux pas autrement.
"Tout ou rien", on pourrait dire, et voilà qu' un vague sourire se dessine sur mes lèvres, dans ce petit matin...
 
Je ne veux pas prévoir. Cette rationalité, qui mettrait en cases, abcisses et ordonnées, ne me plaît pas.
 
Une échappée plutôt, où les hommes parleraient leurs élans tap tap tap, et la chamade battrait tap tap tap sa mélodie du coeur.
Rien que ça.
Ce vieux voeu pieux, si tu veux.
Ce vieux voeu pieux...
Ce vieux voeu pieux...
Un bel exercice d'articulation que voilà, en tout cas !
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19 juillet 2010 1 19 /07 /juillet /2010 21:42

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Vidéo !

Des visions.

Des visages.

Des figures aussi, pour faire écho au disque de Cantat.

L'inconnu alors.

Des images à écrire, qu'on ne sait pas  lire par avance.

 

Une ambiance va s'échapper. Un sens peut-être, que je ne cherche pas, forcément.

Mais quelques notes. Une voix. Ou bien deux. Qui se répondraient.

Je me souviens de ce film. Je me demande plutôt si je me souviens de ce film : "L'année dernière à Marienbad". Alain Resnais. 1961. Delphine Seyrig.

J'en garde des images. Une voix. Deux. Qui se parlent. Est-ce qu'elles se parlent d'ailleurs ? Est-ce que la femme et l'homme, sur le perron de l'hôtel, sont des figures rêvées qui rêvent qu'elles rêvent ?

Je garde en moi une intonation singulière de silence et de vent se cognant aux tapis, aux fenêtres, et aux pas d'une valse lente.

Je me souviens de tout. Je me souviens de rien. 

Parfois ça veut dire la même chose. 

Alors bientôt vous verrez ma vidéo !

 

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17 juillet 2010 6 17 /07 /juillet /2010 14:43

Une maison a b001-copie-1.JPGrûlé. La terre garde ses traces, cette blessure de feu et de cendre.

Les restes d'un livre, ici et là.

Des mots imprimés sur des pages ont résisté à l'incendie.

Là encore, au nom de tous les autres.

Pour tous les autres.

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Faire, avec ces fragments,

la fin d'une histoire,

ou le début d'une autre.

 

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"Il n'y a rien à voir...

De ton corps à ton âme... En train de penser, quoi ?

Ton corps abandonné, en décalage de ...

...Enfin,  je me disais que le choc

serait un refuge de ta terre mourante...

Tu faisais signe que oui, de la tête."

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15 juillet 2010 4 15 /07 /juillet /2010 14:14
"Un petit bal ", comme ici et là hier soir.
Une improvisation du moment. Un impromptu qui se rencontre.
Les gens qui tournent, mouvements cassés, sous les sDD.jpgun-lights liquides,
la nuit griffée de spots...
Vivre de l'art,  écrit sur un gobelet en plastique jaune,
un tourbillon de la vie alors ?
Quand le "Ville de Bordeaux" défonce le quai,   
sous les étoiles  d'artifice,
les feux filant les mailles du ciel...
Sous les lampes du fleuve,
un oiseau s'est perdu.
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12 juillet 2010 1 12 /07 /juillet /2010 11:21

Pour les "Croqueurs de mots", il convient de relever ce défi d'écriture.

 

1 Pour faire le lien avec la plage, déjà évoquée dans les précédents défis, je vous propose de nous raconter "des vacances".

2 Récit sous forme de votre choix. Seul impératif : utiliser toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, selon Isaac Newton, à savoir, telles les 7 notes de la gamme, les 7 couleurs suivantes :

rouge, orange, jaune, vert, bleu, indigo, violet.

                 

                      X                      X                         X                            X

 

BG 3 FOURAS MAI 2010 010

On disait :" Vacances !"

Moi, je pensais  : "vacant", "coeur vacant".

Je pensais : "vacuité".

"Vide au-dedans", par-dessous ma toile orange amère. 

A bas-bruit, la tranche d'un livre me venait. Ou celle d'un poème :   "la Terre est bleue comme une orange". Eluard. Un questionnement sans fin de ce vers que je tirais dans tous les sens, une sorte d'élastique près de mon coeur, et d'un coup, vlan ! Je basculais chez Rimbaud, le beau...

Des livres ! Les stations service en donnaient, il y a longtemps avec un plein d'essence. "Berrurier au sérail" de San Antonio, le premier sur la pile, sans doute. Une couverture bleue qui suintait le mauvais goût et le comique troupier. Ce type énorme avec une tête d'idiot centré dans l'image ne m'inspirait pas la rencontre au coin d'un bois ! D'ailleurs, même sur une aire d'autoroute, il sentait le négligé et la bêtise.

Moi, je préférais toujours Arthur et son trou rouge au côté droit, le dormeur du val  éclaboussé pour toujours d'un soleil vert, qui n'en finirait pas de lui pleuvoir sur les mains.

Mon père était revenu de la cabine de la station-service avec "Berrurier". Il l'avait tendu à ma mère, ma mère à ma soeur, et ma soeur l'avait balancé sur la lunette arrière de la voiture, où, allez savoir ! il finit peut-être encore de jaunir doucement.

Pour être vraiment sérieux, je me demande bien ce qu'il  est devenu ce livre bleu et jaune que le groupe Esso (oui, c'était Esso !) avait élu comme livre de plage.  

Seulement nous, la plage n'était pas notre direction.

 La plage, on la verrait pas. A moins que... Bah ! On  s'en foutait finalement des châteaux de sable que nos mains ne bâtiraient  jamais, dont les tours et les pinacles seraient emportés par la marée qu'on ne verrait pas non plus.

La marée, je l'ai eue dans le coeur, moi. Léo Ferré sur les lèvres.

On en faisait la remarque, année après année : ça bouchonnait toujours  aux alentours de Bourges. Et Bourges, ça semblait moche ! Y'avait pas de raison esthétique à faire du cul à cul sur cette Nationale. Bah ! On s'en foutait encore. On se racontait des histoires, on avait chaud, on chantait parfois les chansons scout des grandes qu'elles nous avaient apprises. Je me souviens de "Fanny", de "J'étouffe dans la ville", et de celle-ci que j'aimais bien, à faire vriller ma voix et trembler le menton. Je chantais quand même :

" Ils ne sont plus les beaux jours de l'amitié,

tous nos copains ont quitté les cotonniers,

 ils sont partis là où je serai bientôt,

j'entends leurs douces voix chanter

hé ! ho ! Vieux Jo !"

La mère avait acheté un bob  pour chacune de nous, quatre gosses bien sages qui ne demandaient rien, ou si peu, si peu ! Le chapeau sur nos cheveux, elle était sûre que nos têtes ne prendraient pas un coup de chaud. Nous, ça nous leurrait un peu, ce chapeau à la mode de chez nous... On se sentait des airs de privilégiés qui allaient vers un Eldorado lumineux, on se sentait dans le mouvement de la France qui déménage avec ses transats et la bouteille Thermos sous le bras. On cherchait un Routier pour se rafraîchir la gorge. C'était les vacances, je vous dis ! 

Moi, ce que j'aimais, c'était quand on mettait les bouts en fin de soirée. On allait rouler toute la nuit. Mon père faisait la sieste l'après-midi du départ. Quand il s'endormait, on était déjà un peu partis, on bouclait les valises.

Je me disais que, tout à l'heure dans la nuit, je compterai les loupiotes sur des kilomètres,   le regard emporté dans le mouvement des arbres, et je m'endormirai doucement  sur le strapontin de la break, la tête contre la vitre,  posée de guingois   et toute penchée.

L'essentiel des vacances, c'était de partir !  D'être dans "un" mouvement. 

Je savais bien qu'une déception viendrait. Je sentais monter en moi une espèce de chagrin. Mais je ne revendiquais rien, je ne nommais rien, je ne disais rien.

Je pensais à mon amie qui voyait la mer. Qui la voyait pour moi en quelque sorte. Ca me suffisait. Elle m'écrivait de Juan-les-Pins sur du papier violet, où figuraient des vagues et un coin de sable.

Moi, j'étais à Niort, short et bob, assise des heures sur un strapontin chez la grand-mère. J'avais horreur de porter un short. J'ai jamais aimé ce vêtement sans élégance et sans grâce. J'aimais mieux le falbala, les coquetteries, les petites fantaisies introuvables dans le catalogue "Vert Baudet".  

La véranda où on s'installait  bruissait d'amabilités sans amour, celles qui permettaient juste d'affirmer qu'on avait été  voir Grand-mère, accompli le devoir filial, mais,  quand même, ça avait coûté des sous trois semaines de location dans un bled à côté d'une ville  morte. Niort , "ville fleurie", on disait. Pour ma part, je n'en avais rien à battre des pots de géraniums qui pendouillaient aux lampadaires de la grand-place.

Deux, trois fois, durant toutes ces années bénies, on allait au bord de la mer.  Châtellaillon. C'était à Châtellaillon. On avait mis nos maillots entre deux portières ouvertes de la voiture et ma mère tendait une serviette pour nous faire croire à une cabine de bain. On  enfilait le deux-pièces en éponge, qu'on retirerait de la même façon un peu plus tard, des taches de mazout sur la peau. On avait pourtant  regardé où on mettait les pieds pour éviter les galettes de mazout brûlantes sur le sable.

Moi, j'avais surtout regardé les autres gens. "Tout à leur aise", je pensais. Et ce n'était peut-être pas vrai.

N'empêche, Juan-les -pins, c'était ailleurs !

N'empêche, j'avais vu la mer. Et mes soeurs aussi. On avait eu notre tour.  

J'avais vu la mer...

 

 

...Et, allez savoir ! je sentais peut-être encore le vent d'Algérie sur mes jambes, à Oran. 

Mes premiers pas contenus dans une ombre. 

Sur une autre plage.

Devant une autre mer dont je ne savais plus rien. 

Indigo. La mer, là-bas, devait bien être de cette couleur-là, oui.

Indigo. 

A cause du vent des dunes, de la montagne, 

celui des hautes plaines du Hoggar.

 

Et puis celui du Sahara,

du plus loin venu de la terre des hommes : 

le désert... 

Le désert.

Dans ses vagues tremblées

et ses mirages en feu,

sous un arc-en-ciel à ne pas y croire.

 

 

 

 

 

 

 

Published by brigitte giraud - dans Mémoire vive
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7 juillet 2010 3 07 /07 /juillet /2010 20:34

Décalages horair100 4467es, culturels, identitaires, linguistiques.

Puis... décalage entre le rêve et la réalité, entre ce qui est dit et ce qui doit être tu, entre ce qu'on exprime et ce qui est entendu...

On est perdu dans le discours, quand ce qui importe toujours est la relation humaine.

Les décales entre les êtres apparaissent brusquement, c'est là tout d'un coup. On ignore ce qui s'est passé vraiment pour que sa place devienne soudain la question d'une légitimité à démontrer. A qui ? On ne sait trop. Seulement une manière d' isolement, son sable venu d'ailleurs,  d'une autre plage, d'une autre marge.

Lost in translation : décalages, chemin perdu, mouvement en peine.

Peine perdue dans un mouvement du chemin ou un virage en épingle à cheveux.

Un mouvement de la peine dans un chemin perdu.

 

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C'est ça, exactement ça, lost in translation, le titre d'un film dont je ne me souviens plus de rien, sauf des immeubles peut-être, hauts et vides, je crois bien. Un type qui ne comprend pas ce qu'il fait là, les mains entre les genoux serrés à blanc.

"Poetry is what gets lost in translation", le titre viendrait de cette phrase là, j'ai vérifié. Ou "La poésie est ce qui est perdu dans une traduction".

Oui, la poésie est ce qui perdu. Je trouve de la justesse, là. 

Ce qui se perd entre les mots. Peut-être.

Ce qui, à soi-même, échappe et se livre.

 

 

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6 juillet 2010 2 06 /07 /juillet /2010 15:15

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Je sais, je sais... Il est tard souvent !

On est demain et j'ai oublié l'heure.

Noctambule, moi ?

Peut-être.

 D'ailleurs, j'aime bien ce mot.

 

"Se coucher tard nuit", disait Desproges qui ne verra plus jamais clair, lui.

Voir le soleil poindre en matinée, s'avancer comme un chat, prendre son élan...

Ah, pas de temps perdu quand on s'éveille au monde

et qu'on l'aime un peu ! 

Se couler dans les heures du jour,

et les ensemencer pour qu'elles fleurissent.

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3 juillet 2010 6 03 /07 /juillet /2010 02:56
J'ai déjà mis cette vidéo, je sais. Ce soir, je ne me souvenais plus des paroles.
 Il y a des chansons comme celle-ci qu'il ne faudrait pas oublier.
Des événements qu'il ne faudrait pas oublier.
Des gestes. Des mots aussi.
Et puis des moments.
Souvent, je me dis  : "Ce que tu vois , là, ce que tu vis, là, ce que tu entends, là, il ne faut pas, jamais, que tu l'oublies".
Mais je sais que les choses s'éparpillent. J'essaie de les fixer.
De garder la joie.
De mettre dans mes poches les grâces que je trouve et qui m'étonnent, quand "tenir la route" ressemble d'abord à un défrichage de son terrain.
"L'étonnement, c'est la connaissance", disait Socrate.
Alors...
L'étonnement pour le meilleur du bon et le pire du mal.
La connaissance ou l'état de réceptivité de l'humaine comédie humaine, un questionnement, toujours, pour donner du sens à l'histoire.
Son histoire au coeur de la grande Histoire. 
 
Alors, on peut écouter le texte de "Nuit et brouillard". 
 
 
28 juin 2010 1 28 /06 /juin /2010 05:15

Défi n° 32

Pour «  LES CROQUEURS DE MOTS  »


 

Vous êtes journaliste, rubrique faits divers. On attend votre article pour la prochaine édition.

Les éléments dont vous disposez: La plage, un animal inattendu, une vieille dame,  des enfants .

Brodez, tricottinez, crochetez, calligraphiez...

 

BG FOURAS MAI 2010 011

 

 

Je n'arrivais pas à écrire mon papier. A cause de ce papier justement. Trouvé à mes pieds, apporté par le vent qui vibrillonnait l'air. Personne sur la plage à cette heure : le monde bouffait sa pitance sur les midis. Le monde désertait le monde  dans les pâleurs du jour ou dans celles de la nuit. Et moi, ça me convenait comme ça. Je vivais en décalé, j'aimais me situer dans la marge. 

 

"T'es pas journaliste pour que dalle !", je me disais, "tu traces ta trace là où il n'y en pas. Rien à voir, rien à entendre et la vie chuchote quand même."

 

Je savais bien, moi, que  l'ombre de l'ombre en est une autre,  plus noire que la bille de charbon que mon père jetait tous les matins dans la chaudière, un chapeau de papier sur la tête, qu'il se confectionnait à la va vite avec le journal de la veille, une espèce de bateau à l'envers tenu par ses oreilles. 

Je le revoyais le dos courbe, penché sur le tas noir carboné. 

Je revoyais aussi le chien, pas avare d'amitiés,  tout arrimé à lui,  les pattes sur ses reins, des tonnes d'amour flairées dans les paluches de son maître, rêvant d'avoir des bras pour enserrer dedans ce corps qui lui manquait toujours, quand pourtant, partout, il le suivait.

 

Ce chien ! Voilà que je pensais à ce chien et à mon père ! 

A cause  de cette histoire de trace, de cette boule de papier que je venais de ramasser sur la plage, de... Allez savoir pourquoi les images s'animent ! Elles me rendaient un homme et un chien, morts tous les deux, depuis hier, depuis presque dix ans, c'était pareil ! 

 

Une tétanition prenait en moi comme une cire.

 

Je devais faire un article. Je devais faire un article, puisque j'étais journaliste. J'étais journaliste... J'étais, je suis, je suis ? Non. Rien. Rien à être. Rien à dire. Il n'y a personne sur la plage. Une vieille dame, des enfants ? Non, je ne vois rien. je ne veux rien voir. Que l'homme et le chien dans ma tête. Un papier sur la plage. Un chapeau dans un journal. Un chien. Faits divers. Ils sont morts. Paix aux morts. Aux hommes de bonne volonté. Paix aux chiens toujours perdus. Aux perdants. Paix.

Il n'y a pas d'enfant sur la plage.

Je ne vois pas la vieille dame.

Juste un papier froissé qui roule sur le sable.

Du sable au vent.

Le papier.

Le vent.

Rien.

Le chien et le sable.

Un homme ? Oui, un homme.

Puis rien.

Des oiseaux ? Oui, des ortolans peut-être.

Et puis le sable.

Et puis le vent.

Un chien.

Et puis...

Rien.

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