Donner mon regard sur le monde, ce qui me réjouit en cela que c'est la seule chose possible de faire.
J'ai trouvé cette anecdote assez troublante sur le : "Est-ce qu'une lettre arrive toujours à son destinaire ?"
On sait qu'il y a des lettres qui n'ont jamais atteint leur destinaire, on se désole de la traîtrise de la vie et du mauvais hasard, on imagine une folie incommensurable, le désarroi, le désordre qui se répand dans les têtes comme lancée de poudre. Le grain de sable qui édifie le château hanté... Tiens, il n'y a qu'à revoir Jean de Florette, Yves Montand sur le banc qui prend conscience à la fois de sa paternité et de sa barbarie. Ah
! Jean de Florette !
Alors je lisais que Lacan eut ce mot fabuleux, considérant, à l'instar d'Althusser, que les lettres trouvaient toujours leur destinaire :
"Mais Althusser n'est pas un praticien !"
Ben non, il est un philosophe. Et alors ? Je veux croire que Lacan ne se trompe pas et pourtant j'en doute.
Si un trouble, une déviance, un cri de l'âme s'adresse toujours à quelqu'un, il n'est pas certain que ce trouble, cette déviance, ce cri de l'âme soit entendu par son destinaire. De la même façon, est-ce que la "parole" du praticien sera entendue par le patient ?(c'est-à-dire est-ce qu'un questionnement trouvera ses résonances ?)
Sans doute ne le sera-t-elle pas tout de suite. Parce qu'il faut du temps pour construire des ponts-levis, d'autres fondations à la fois plus souples et plus stables, pour un meilleur équilibre sur le fil de la vie.
Sans doute que Lacan et Althusser ne se situaient pas, là, tout à fait sur le même palier de la sémantique.