Donner mon regard sur le monde, ce qui me réjouit en cela que c'est la seule chose possible de faire.
Merci à DEB pour cette photo
J'ai fini le livre "Des hommes" de Laurent Mauvignier.
Une splendeur du style porté par une histoire dense, une histoire dans l'Histoire, qui creuse les personnages par l'intérieur.
C'est une écriture qui se rencontre dans ces pages.
L'écriture qui construit les personnages, comme s'ils échappaient d'elle et qu'elle les emportait au creux d'eux-mêmes. Chaque mot est pesé dans un souffle sur les plateaux de la phrase qui balance, qui oscille arqueboutée, glisse, dérive, à l'arraché, à bout de mots on dirait, lancine, s'interrompt là, une chute, un vertige, toujours un équilibre.
Une justesse des mots qui vont plus loin qu'eux seuls.
Je pensais à cela tout à l'heure, devant la mer. Il faisait beau, une inondation de lumière à cligner des yeux sans cesse et à s'étonner de tout ce bleu délassé du ciel.
Sur la jetée, des gens se prenaient en photo les uns les autres. Souriaient. Quelques-uns ont ri.
Comme je l'ai fait un jour sûrement.
On m'aura dit de sourire pour la photo et j'aurai souri...
Et néanmoins... Voilà que je pensais à cela.
Etaient-ils donc si heureux que cela tous ces gens à mimer le bonheur avec tant d'application ? A se laisser prendre par la situation, -une photo te dis-je !-, fixer l'instant qui devait dire la joie et la légèreté du corps, quand bien même celui-là serait lourd et les muscles tendus par-dessous le tissu ?
Je pensais à cela :
"Rien que je veuille recommencer à entendre, à attendre, à revivre à part que, peut-être, je voudrais savoir pourquoi on fait des photos et pourquoi elles nous font croire que nous n'avons pas mal au ventre et que nous dormons bien."