Donner mon regard sur le monde, ce qui me réjouit en cela que c'est la seule chose possible de faire.
Les êtres les plus savants, humainement, sont souvent les plus humbles. Ils n'ont rien à prouver, rien à défendre à tout prix.
Ce qui est désespérant, pour moi, ce sont ces comportements égocentrés de ceux qui croient tout savoir, détenir le vrai absolu, et qui s'autorisent à tuer l'autre.
Par un tour de passe passe de mon esprit dubitatif, allez savoir pourquoi je pense à la peinture heurtée, à la fois abstraite et expressionniste, de Jackson Pollock !
Des gestes jetés, tirés d'eux-mêmes, au plus loin de leur limite.
Une amplitude d'oiseau dans le bras. L'oeil qui cingle. Une peinture cinglée, avait dit un prof, (de cInglé ?), comme pour dire la violence et l'incompréhension de ces gestes fous.
Et Jackson, lui, avait un nom qui sonnait comme une marque
de whisky !
Rien à prouver, rien à défendre. Tout à donner. Tu veux voir ? Tiens, regarde, regarde bien !
Alors, les yeux s'ouvrent grands, sidérés par le noir de l'encre et l'espace de la toile. Peint pieds nus, mains nues, le corps offert.
Tout le corps parle en même temps que l'encre jaillit,
la couleur hurle au bout du pinceau son écriture aléatoire et hors des bornes.
La mémoire défait ses nouages.
Elle est aussi une sorte de peinture charnelle de son histoire, de soi et du monde.
Et, là, j'ai soudain envie de penser à vide. De laisser les choses se reposer, se coucher sur la toile.
Une fatigue dans les yeux. Finalement, ne pas avoir à justifier de soi.
"J'ai fait ce tableau parce que je devais le faire. Toute tentative d'explication ne pourrait que le détruire" Jackson pollock