Donner mon regard sur le monde, ce qui me réjouit en cela que c'est la seule chose possible de faire.
Du film Urga, je passe à ce livre "Liquide" de Philippe Annocque.
Je ne sais quels méandres de la pensée m'y ont conduite.
Peut-être toi, une vague idée de ce qui se perd et se tord comme un linge,
"ce glissant désir rincé, disparu par le rond obscur de l'évacuation."
Je n'ai pas fini le livre, mais allez savoir comment ça prend, le liquide des mots, la liqueur de la langue qui coule, un clapotis du dedans, un goutte-à-goutte infiltré des sensations de ce qui a eu lieu, avant.
Avant quoi ?
Avant que le souvenir ne devienne souvenir et se transforme,
forcément se transforme, en images fluides, floues et fluides.
Une netteté de l'instant de l'eau de vaisselle dans l'évier de la cuisine,
du fleuve aux flots opaques,
des flaques dans une cour de récréation,
un avant-goût de la mer pour le salé des larmes silencieuses de l'enfant gourd...
Des superpositions de liquides jusqu'à la décrue des pas, des passants, d'un corps parfois, sous une douche, pendant la saisons des pluies qui vibre lent et tant rêveusement...
Un roman, un drôle de roman surprenant et magnifiquement écrit, mené on ne sait pas comment pour nous inonder d'une sorte de poétique sous la peau.
Une surface de l'eau grossie sous la loupe de Philippe Annocque, tantôt sale, tantôt irisée de vert et de bleu, traces d'essence, un kaléïdoscope sur le trottoir qui répand ses transparences molles.
"Liquide" par Philippe Annocque, Quidam éditeur