Donner mon regard sur le monde, ce qui me réjouit en cela que c'est la seule chose possible de faire.
Photo | Isabelle Lagny
Regarde ! Le lit du fleuve n'existe pas.
Les hommes ont cousu la terre.
Les nuages portent des cicatrices.
Le trapéziste n'en finit pas de tomber,
la mer brûle.
Les hommes échancrent seulement des rêves, une cigarette aux lèvres,
accoudés à la table, ils penchent sur des flûtes, des becs à anche,
et des sons emplissent les cages, les chambres,
les toiles peintes, des escaliers,
mon livre à ton chevet.
Une enclave perdue, arrachée à la hache, des familles maudites,
des noms maudits, noyés et maudits...
Le sens unique déserte le fleuve, l'océan, la mer morte.
Je sais, dans le chant de Rouben, sur le bout de son alphabet,
dans le dessin du papillon ou de l'avion jeté par-dessus son épaule,
une litanie de traits, dans sa paille d'enfance.
Nous construisons une maison forestière,
assemblages de tronçons de bois, de rondins à la hâte,
nous perforons des murs d'enceinte,
avec des oeufs durs couleur sienne
et des pelures d'oignon bouillies.
Nous ouvrons notre porte et nos fenêtres
pour entrer chez vous.