Donner mon regard sur le monde, ce qui me réjouit en cela que c'est la seule chose possible de faire.
Il est des êtres qui m'enchantent, qui ne sont pas pour autant enchantés, dans l'enchantement des jours, je veux dire.
C'est bien tout le contraire, parfois.
La vie a écorché la peau, a laminé le coeur, a équarri les os. Et pourtant l'aigreur n'est pas venue ternir les lentilles du regard, les yeux sont devenus des loupes posés sur le monde. Ce qui est là autour est plus important que jamais, avec ce réticule de vide pendu à la ceinture et qui accompagne les pas.
Je suis toute petite devant ces êtres qui savent ce que signifie "souffrir" et qui, à traverser la douleur, se sont constitués d'autres vies, on dirait. Pour rester vivant, avec ce compagnonnage quotidien, invisible, une évidence pourtant.
Il faut écouter. Prêter l'oreille. Entendre.
Deuil après deuil, les mots ont entretenu la gravité d'une drôle de légèreté, et j'imagine les hélices aériennes qui les portent. Tout glisse et pourra glisser infiniment.
A se demander ce que c'est qu'une vie ?
Peut-être en faut-il plusieurs pour que le sens advienne et les réunisse en une seule ?
Il fait chaud. Très chaud aujourd'hui. Une lourdeur de l'air que tu creuses.
Comme un hydroglisseur sur les eaux de l'océan.
Mon amie, Isabelle B.