Donner mon regard sur le monde, ce qui me réjouit en cela que c'est la seule chose possible de faire.

Toi, tu te tais toujours. Avec des mots humides.
Attends un semeur de tam-tam, une musique brutale à ignorer le vent,
la peau roulée sur son tambour,
des baisers envolés.
La gare, entourée d'un rond tracé au feutre rouge.
Au-dessus du rond... une flèche.
Bordeaux. Gare Saint-Jean. Un rectangle gris sur la carte.
"La musique ici consumera les brumes. On croit s'éloigner de soi, de chez soi, on retend seulement la corde du retour. Ressac inavouable, peut-être."
La ville, plus pesante que moi, à croire qu'elle pourrait m'écraser.
Pourtant, tu te souviens d'elle et du fleuve.
De ses briques lego inventées, d'un pont de fer tourmenté d'une rive à l'autre.
Tu n'as pas oublié qu'elle se déploie aussi dans des impasses,
près des abattoirs qui ont brûlé,
les tags abandonnés aux crevasses des doigts,
des restes de révolte et de suie.
N'as pas oublié que les quais meurent avant la rocade, un grand huit et une ligne droite, Paris tout au bout.
N'as pas oublié que de l'autre côté, après les hangars et le pont du Pertuis, les terrains morts ramènent toujours le va et vient des vagues et des oiseaux.
Une rumeur atténuée que tes yeux pleurent.
Pourtant tu te souviens d'elle.
Tu te souviens d'elle.