Donner mon regard sur le monde, ce qui me réjouit en cela que c'est la seule chose possible de faire.
Le mal court, avec Audiberti, et on ne s' en apercevoit pas tout de suite.
On est en terrain sûr, certain de la confiance partagée qui sauve tout, sauve de tout. Même d'un parapet tout de guingois.
On en a entendu sur soi- même, (vous savez bien comme les gens parlent, moralisent et font rarement de cadeaux !) Donc on est prévenu des vertes, des pas vertes, des pas mures et des mures, qui font des bleus.
On l'a d'ailleurs écrit dans un livre pour elles, les souffrantes : "... Passer son chemin et écouter la mer dans la nacre d'un coquillage."Je suis encore et toujours très fière de livre-là : "Le désespoir amoureux de la vie".
On prend toujours ce qui se trouve dans une langue amie. Ce qui est pour soi, et les mots qui emportent sont des trésors de vie.
Puis, la raison convie quelquefois la violence des mots.
On comprend tout. Toujours tout. On comprend donc aussi la violence amie. Pourtant, ce n' est jamais une amie, la violence... ! On sait bien cela. Depuis longtemps. On sait bien qu'elle détruit l'âme, cette déchirure en soi qui ne se détache pas.
Mais là, on laisse faire, on se laisse faire, parce qu'on aime la bouche amie... Mais quoi ? elle n'est pas l'amie qu'on croyait, les mots de cette bouche amie sont des équarrisseurs, pris à leur propre piège, veulent toucher le cœur et le fendre, en deux, en quinze, et en cent. Non, ce n'est même pas difficile pour les mots.
Mais on les croit, ces mots- là. On ne lutte pas. On les croit.
Et on " devient" peu à peu les mots qui désignent.
On devient le trou noir, l'incapable qui n'a "fait" d'enfant, la malade anorexique qui a besoin de l'hôpital, la lolita vieillissante qui n'en a plus pour longtemps, l'étrangère, la fonctionnaire du sans-papier, en clair celle qui a tout raté...
Pour peu que l 'estime de soi n'atteigne pas des sommets, elle se retrouve d'un coup dans l'escalier de sa cave. Et c'est la dégringolade annoncée.
On ne sait pas où l'amour s'est plié, on ne l'a pas vu filer sur le palier, ni la douceur amie, on n'a pas vu, ou bien, à tant aimer, on ne voulait rien voir.
Toutes les raisons d'agir ont leurs bonnes raisons, les auront toujours. Mais pas la violence. Non, pas ça ! De celle-ci, on peut toujours faire l'impasse. Elle ne sera jamais, jamais, dans la boîte de ses gloires.
Moi je préfère protéger. Quand on aime, on doit cela. On doit, avec une volonté et une douceur enveloppante.