Donner mon regard sur le monde, ce qui me réjouit en cela que c'est la seule chose possible de faire.
Quand je l'ai rencontré l'autre jour à Paris, il venait "faire une voix". Il est comédien au Théâtre des Tafurs de Bordeaux, et sa voix allait accompagner les images d' un film chinois, aux longues séquences dépouillées et très lentes.C'était très bizarre de le retrouver dans le charivari du quartier Montparnasse.
Une voix, des voix, la mienne, la tienne : des intonations uniques et des pauses respiratoires, une chaîne sonore accordée à des gestes, faudrait voir, à des mouvements de gorge, à des trebuchements de la langue fourchée fourchue tournée retournée, mise en plis, en déplis, application laborieuse des mots à pelures d'oignon, dévergondage de la diction en contrepoint du sens, en tambourin, en rythmes and blues, en rupture de la syntaxe balancée hors des règles, etc., etc...
La voix comme une métaphore de l'être-même.
Nous avons donc raconté la voix en faits divers bouleversés et bouleversants... Il dit qu'il ui fallait "être" dans sa voix, s'immerger dedans et la triturer comme une pâte à modeler du pain, une matière transportable par l'intérieur... "Fallait être dedans," il a répété.
Suivre sa voix serait bien alors couler à l'intérieur de son chant propre,
de ses mesures insoupçonnées, des vocalises dans les mains, c'est comme tu veux !