Je sais qu'il existe plusieurs niveaux de réalité.
Qui bougent avec les êtres, selon les jours, les circonstances, les humeurs, la position du soleil sur le magnolia de l'autre côté du mur du jardin, l'angle du regard, le discours... Des verroux de portes qui sautent, tchac !
Comment comprendre que ce qui a lieu à 5h30 du matin ne sera plus sur le même étage du réel à 2h de l'après-midi le lendemain ?
Le réel était-il endormi à 5h30 ? Qu'avait-il mis à sa place alors ? L'illusion, la fatigue langoureuse, le rêve ? Oui, ce serait joli ça, le rêve, puisqu'il paraît qu'on vit tellement mal sans rêver un peu. Avec lui, les perceptions sont adoucies, décalées, prodigieuses.
Pourquoi, alors, ce réel exténué surgirait-il en une "vérité" qui s'imposerait et éclaterait en une pluralité d'angles de vues "lucides". On est plus lucides à 2h de l'après-midi ?
On baisse la musique, on ne s'entend plus. Trop de bruit dans les étages. Parce qu' on ne mélange pas le rêve et la réalité, ce qui tient de l'étoile et de la terre, les raisons de vivre et de mourir tout aussi bien, les mots d'azur et ceux de la bruine. Le questionnement n'est pas inédit, tourne à l'aigre sur un axe qui rouille. La salive rouille la langue, on dirait. Les mots mordent un peu, se tordent un peu, en malaise un peu. D'abord. La joie devient douloureuse en si peu de place, en si peu d'espace, en si peu de temps. Et Duras qui implorait, elle, le contraire ! "Transformer la douleur en joie," elle disait et, comme son imper, savait ptête pas que la formule était réversible.
Ou bien alors, le réel m'échappe. Il s'est mis entre parenthèses et je n'ai rien vu de moi. J'étais capable pourtant de respirer un souffle et de m'y sentir chez moi. Une fille qui fait son caprice. Tu crois ça, toi ? Vacarme plus haut, crescendo ! Et, au dernier étage de la réalité, un assourdissant silence !
<br />
Je n'apprends rien à personne et n'écris sûrement pas pour cela.<br />
A ce moment-là, oui, il y en avait un, de dernier étage, comme lever les bras et croire toucher le plafond du ciel, vous voyez, quelque chose de cet ordre -là.<br />
<br />
<br />