C'est le
matin que ça se passe quelquefois. Surtout le matin. Dans la perception que j'ai de moi-même demeure toujours un enregistrement des motifs archaïques de sensations et de pensées. (Un mauvais échange de courants électriques et chimiques, peut-être, composé de molécules croupies, si, si !) Je n'ai pas déniché la bonne mécanique dans la brocante. Elle déraille et j'enrage de cette tôle froissée. Je l'observe en coin, la guette de tous mes quinquets éperdus ouverts, arrêtée, le nez à ma fenêtre à travers laquelle je veux voir l'océan, moi !
... Tantôt un allègement de la densité mentale, tantôt une surcharge de tensions de l'optique vitale. Trop collante. Encore ce "trop" ! Mais ce "trop" a ses lucidités de l'existence : une conscience du léger -qui est tellement doux à s'en mettre plein la figure-, et une conscience des lourdeurs déposées dans le coffre. La glaise alors se triture avec les doigts et le corps tout entier, la pensée tout de suite aux limites de la sensation, vilaine, vilaine ! Et une espèce de vérité s'infiltre, comme une présence, absolument physique, absolument nauséeuse, du lait aigre-doux sur la première cigarette.
J'oublie ? Je vais vite (il le faut il le faudrait) oublier ces vibrations alternatives du plus au moins, ce mouvement de balancier d'horloge interne qui bat la courbe du soleil au travers de mes cils. Dosage de ses limites. Mais ça ne se dose pas, les limites ! Ca se contient, comme on le peut et au mieux, dans un périmètre, dans son pré en quelque sorte, et qu'un autre, oui, puisse y venir.
Les déplacements ne devraient être que reliés à la géographie. Ils seraient juste des paysages dans une campagne heureuse, un bar ici, des rues dans une ville d'eau. Les yeux, aux clartés éternelles, seraient des chercheurs d'ombres, et ils auraient des mains.