Donner mon regard sur le monde, ce qui me réjouit en cela que c'est la seule chose possible de faire.
La pièce en angle ovale. Une figure géométrique qui n'existe qu'ici. La rondeur d'un angle, un lieu contenant qui ne ressemble à rien. A rien d'autre, connu et identifié clairement.
Une brume, ou bien est-ce le ruban de fumée de ma cigarette, s'immobilise au-dessus de ma tête. Ca fait des années qu'elle est là, à jouer au nuage pâle, des années que je suis du doigt ses contours flous. Y'avait jamais d'image précise, vous comprenez, pouvais voir des yeux peut-être, la forme d'une bête sortant d'un bois, des grands bras perdus, des mains au bout... Pouvais voir des trucs bizarres dans les volutes, mais jamais de certitude dans le dessin. Faut dire que pour la certitude, je ne suis pas bien née, serais davantage liée à l'incertain, à l'émotion qui passe, à l'imprévu dans l'ordonnance des choses et des passions !
L'éprouvé de la vie (la vie éprouvée, là dans la fumée, pareil, c'est pareil !) a modelé peu à peu ses motifs tordus, de part et d'autre d'une ligne du temps.
Et je vois les mêmes yeux, des grands bras qui se pendent à des bêtes.
Moi, je suis du même assemblage, de tous les mystères à entrevoir dans la grisaille et qui n'en finissent pas d'interroger le monde, s'il le veut bien, le monde, de toutes les bêtes par-dessus les marais.
De part et d'autre de la ligne du temps, je flotte quelque part, n'importe où, là et là, dans une idée, me semble quelquefois. Je ne suis peut-être après tout qu'une idée. L'illusion d'une idée.
La vie m'invente, qui sait,