Donner mon regard sur le monde, ce qui me réjouit en cela que c'est la seule chose possible de faire.
Il y a décidément des mots qui me collent au corps.
Ou moi qui en use et en abuse.
Des qui sont bons dans ma bouche et que je mâchouille souvent, chewing-gums au goût si tenace que j'ai envie de les goûter longtemps, avec le sentiment que je ne les épuiserai pas.
Les "agencements", sur ma langue, de la langue.
Eh bien justement, agencement fait partie de ma batterie de mots, de ma cuisine sans l'étouffé de la rigueur.
Les mots ont une lumière juste à porter sur les heures,
pour des ombres aux angles morts de la substance lexicale,
quand l'émotion joue à chat perché et à la souris dans son trou.
L'agencement déploie alors ses ailes de géant pour dénicher l'invisible des mots et l'énoncer, filant des fils de soi vers l'autre, des squelettes de mots tirés de la caverne de Platon et tout revigorés par un rayon de soleil rasant le mur de l'antre.
La phénoménologie qui ajuste les perceptions d'un événement pour le lester de sens est ce que, moi, j'appelle "agencement". Je ne sais pas si je fais justement contresens sur le sens, je suis certaine que non.
Un désir se pose.
Tac !
Là sur la table, tu le vois comme moi : je veux m'acheter une lampe verte. Voilà, je me lève et j'ai envie d'une lampe verte.
Et c'est tout un agencement qui oeuvre, dans l'immédiateté lucide de la pensée que tu ignores encore !
"J'ai envie d'une lampe verte", c'est aussi dire (et chacun son histoire avec les lampes vertes, après tout...)
"parce que je n'en ai pas,
parce que je veux éclairer ce coin de pièce plus sombre,
parce que j'en a vu une pas cher et le vert est une couleur déco plaisante
parce que des amis vont venir et cette lampe sera remarquée
parce que X en possède une que j'aime depuis longtemps,
parce que X en possèdait une,
parce que j'ai aimé X et que je pense à lui,
parce que l'amour de X est encore présent en moi,
parce que ce serait supportable maintenant de posséder une lampe verte..."
parce que etc... "
Quand je dis "J'ai envie d'une lampe verte", je parle, par conséquent, en composant avec tout ce que je ne décline pas, qui sont mes agencements.
La phénoménologie est aussi une manière d'agencement. Parce qu'elle donne sens aussi à un désir.
Dire : "J'ai envie d'une lampe verte", philosophiquement parlant, est-ce que ce ne serait pas phénoménologique, hein ?