Donner mon regard sur le monde, ce qui me réjouit en cela que c'est la seule chose possible de faire.
Je me souviens quand nous lisions "Le poids du monde" de Peter Handke, et qu'il était léger, le monde, à ce moment- là. Je me souviens... Je me souviens... J'ai eu Robert Misrahi au téléphone et lui, ben oui ! je découvre toujours quelque chose, lui, il a écrit sur Perec dans la revue n' 76 de L'ARC. Je m'en suis rendue compte, il y a peu de temps. Je l'avais payée 20 francs, cette revue, elle date de 79. Je m'en souviens, "T'en souviendra-t-il ?" Le temps à la pluie m'est délicieux. Le reste... Faudrait essayer des lunettes de clown et faire le clown, mais non ! mon imagination a des visions bien pâles et ne peut m'exercer qu' à de sombres roulades qui ne feraient jamais rire personne. Ce début d'année pèse des tonnes d'absences, de rêves affadis, de noirceurs dans l'âme. Alors on fait des trucs qu'on ne devrait pas. J'ai feuilleté mon carnet d'adresses et j' ai barré deux noms. Là où Suzanne habite maintenant, c'est un lopin de terre sous une dalle. L'autre, c'est un Gilles, un vivant oublieux que j'ai moi-même oublié. N'empêche, j'ai enlevé deux noms, et il aurait pu y en avoir plus, mais ce n'est pas une chose qui m'est simple ça : enlever, vider, déchiffrer autrement des noms inscrits, des années plus tôt. C'est alors que c'est là, je me demande, avec étonnement, parfois avec terreur, pour d'autres, d'autres noms, comment les circonstances et l'enchaînement des circonstances ont pu conduire nos vies de façon si éloignée l'une de l'autre. A un moment quelque chose se séparait et on ne le savait pas ! Alors ceux-là sont encore là et m'ignorent... Combien de temps encore ? Combien de temps me reste-t-il à être dans un carnet à spirales ? Alors je reprends la revue L'ARC et je lis. "Dans le réseau que -tout cela- tisse comme dans la lecture que j'en fais, je sais que se trouve inscrit et décrit le chemin que j'ai parcouru, le cheminement de mon histoire et l'histoire de mon cheminement."